SOS ESCLAVES MAURITANIE

 

RAPPORT 2001

 

Membre de l’Organisation Mondiale Contre la Torture ( OMCT)
Observateur auprès de la Commission Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples (CADHP)

Note introductive à l’esclavage en Mauritanie :

historique et enjeux actuels

 

 

À la veille de la pénétration de l’Islam, l’esclavage en Mauritanie est un fait déjà bien établi. Or, à défaut de le modifier ou de l’éliminer comme le recommandent les enseignements du Prophète, les groupes dominants se préoccupèrent surtout de bâtir un édifice juridique et idéologique susceptible de légitimer et de perpétuer la condition servile. Le commerce atlantique, inauguré par les Portugais au XVe siècle, imprima une intensité nouvelle à la traite des esclaves et conforta les groupes dominants dans leur entreprise de pérennisation du système : plus que jamais l’esclave devenait une marchandise dont le trafic apportait richesse et puissance. La suppression du commerce transatlantique puis l’abolition de l’esclavage suite aux révolutions et mutations sociales qui s’opèrent en Europe au XIXe siècle, entraînèrent un regain d’activité de la traite vers les débouchés sahéliens et sahariens dont la Mauritanie constituait un axe essentiel.

 

Malgré quelques velléités de réforme, la colonisation française s’accommodera parfaitement de l'ordre social préexistant. Le pays, devenu indépendant, ne dérogera pas à la règle consistant à se réfugier derrière les textes pour nier la réalité du phénomène. Au demeurant, l’indépendance se traduira par un transfert de pouvoir aux forces traditionnelles qui, derrière l’édifice républicain, continueront de reproduire les rapports de domination anciens. Les esclaves, principalement localisés dans les campagnes, sont exclus des programmes de développement et, dans l’indifférence générale, l’esclavage continu d’être pratiqué sur une large échelle. Il faut attendre la fin de la première décennie de l’indépendance pour voir enfin la revendication d’émancipation s’exprimer au grand jour. La terrible sécheresse des années 1970 provoque un exode rural qui renforce et élargit la prise de conscience des victimes. C'est en 1980, lors du procès d'une vingtaine de militants clandestins du mouvement El Hor, qu'est portée, pour la première fois sur la place publique, la lutte pour la libération des esclaves.

 

 

Qu'est-ce que l'esclavage en Mauritanie ?

 

En Mauritanie, comme ailleurs, l’esclavage est d’abord le droit d’user, de disposer et parfois d’abuser des services d’une personne qui ne peut exprimer librement sa volonté. À l'opposé des formes contractuelles où le consentement et la volonté créent l’obligation juridique, on a affaire, ici, à un engagement dicté par un rapport de forces historique et matériel, légitimé par l’idéologie traditionnelle et la mentalité dominante et, au bout du compte, toléré par les autorités de l’État. En outre, l’existence d’une mentalité d’exclusion propre aux sociétés de castes, donne à l'esclavage mauritanien une spécificité propre : l’esclave n’y est pas seulement un domestique taillable et corvéable à merci, c’est aussi un être socialement inférieur.

 

 

L’esclavage est-il assimilable à une simple servitude économique ?

 

Certes, aujourd’hui, la condition servile se manifeste, généralement, sous la forme d'une domination économique, mais cette situation ne résume pas à elle seule l'ensemble des rapports qui continuent de lier les esclaves à leurs anciens maîtres. À l’exploitation économique, s’ajoute, en effet, une mentalité d’exclusion qui, associée aux solidarités tribales, permet de pérenniser les diverses relations d’asservissement. Dans le milieu rural mauritanien, l’esclave n’est pas un simple métayer cultivant la terre d’autrui, c’est avant tout un être dépossédé de sa personne. Considéré comme un bien, il est classé dans le patrimoine de son maître, au même titre que les biens mobiliers et immobiliers.

 

 

N’y a-t-il que des séquelles de l’esclavage ?

 

Certains avancent l'idée de la seule persistance de séquelles de l’esclavage et non d'une véritable survivance du phénomène. Nier une réalité qui crève les yeux, parler de séquelles permet en réalité de justifier le peu d’empressement des autorités à se pencher sur un phénomène supposé disparu ;ceci légitime la dénégation officielle du problème. Cette posture ne vise qu'à mystifier l’opinion internationale. Le fait que, dans ce pays, des hommes et des femmes continuent à souffrir quotidiennement de formes d'assujettissements qui, pour être multiformes n’en sont pas moins réelles, dément catégoriquement de telles affirmations. Les rapports annuels de SOS Esclaves apportent la preuve flagrante de cette persistance.

 

 

L’esclavage répond-il à une simple division du travail dans une société de castes ?

 

C’est une autre idée reçue. Certes, l’esclavage peut être comparé, par certains aspects, à la domination que vivent d’autres castes, dites inférieures. Il pourrait entrer dans le schéma d’une division du travail où chacun se verrait, dès sa naissance, attribuer une fonction sociale précise et un rôle économique déterminé. Ainsi le guerrier disposerait du fusil, le marabout du livre et de la plume, le forgeron de l'enclume et du marteau, le griot du luth et de la guitare et l’esclave de la houe. En réalité, l’esclavage est bien plus qu’une simple division du travail dans la société traditionnelle. L’esclave, en effet, n’occupe pas une profession précise qui s’hériterait de génération en génération ; il remplit, au contraire, toute fonction que son maître juge bon de lui attribuer. Enfin, à la différence des membres des autres castes, l’esclave ne peut ni disposer de son héritage ni témoigner devant les tribunaux face à des contradicteurs nés libres.

 

 

Les esclaves ont-ils la propriété effective des terres qu’ils cultivent ?

 

Dans la société mauritanienne traditionnelle, la possession de la terre relève de la tribu. Il n’y avait pas de propriété individuelle, mais une propriété tribale indivise. Au sein de la tribu, c’est le chef et « les fils de grande tente ou de grande case » qui exercent l’essentiel des droits. A eux les meilleures terres, à eux également le pouvoir de distribuer le reste aux autres, les cadets sociaux, sans doute plus nombreux mais dépourvus de personnalité autonome. La législation traditionnelle donne notamment, aux maîtres, le droit de percevoir une dîme sur les récoltes de leurs esclaves. L'ampleur du prélèvement varie alors d’un cas à l'autre, d’une région à l’autre. Une loi, prise en 1983, portant réforme foncière et domaniale, avait pour objectif de démanteler la propriété tribale et de permettre une individualisation des parcelles. Simultanément, l'obtention d'un crédit agricole devait être facilitée afin d’assurer une exploitation optimale des superficies cultivables. En fait, la loi n’a généré que de timides tentatives d’applications. Parallèlement à la survivance de la propriété féodale, l’exploitation des nouveaux périmètres irrigués dans la vallée du fleuve Sénégal et la distribution des crédits agricoles ont fait la part belle à l’agro-business, au détriment d'une main-d’œuvre composée, pour l’essentiel, des « anciens » esclaves et des paysans Négro-africains. Ceux-ci ont été transformés, dans le meilleur des cas, en salariés, rarement en propriétaires.

 

 

Les esclaves jouissent-ils réellement de leurs droits civiques ?

 

Depuis l'indépendance, la Mauritanie a adopté une forme républicaine de gouvernement qui, en principe, garantit la jouissance des droits civiques à tous les citoyens dans le cadre de l’égalité. Depuis 1991, la nouvelle Constitution est allée au-delà en consacrant l’ensemble des libertés publiques. Qu’en est-il réellement aujourd’hui ? Les esclaves jouissent-ils effectivement de leurs droits civiques ?

En fait, si les proclamations légales sont claires et ne prêtent pas à contestation, la société traditionnelle a su récupérer ce que l’État a voulu concéder. Ainsi, l’esclave est-il resté, l’ignorance aidant, otage de ses « anciens » maîtres qui, contre rétribution du pouvoir, peuvent manipuler et marchander son expression civique et son vote. Dans ces conditions, la démocratie semble uniquement bénéficier aux « grands électeurs » tribaux qui ont seuls les moyens de faire et de défaire l’opinion de leurs « anciens » esclaves. D’ailleurs, les scrutins, eux-mêmes, sont systématiquement frauduleux, en l’absence d’une institution indépendante pour contrôler leur transparence.

 

 

Les esclaves bénéficient-ils de l’égalité des chances ?

 

Malgré des réformes juridiques positives, la démocratie sociale marque le pas face au renforcement des exclusions. C'est ainsi que les « anciens » esclaves ne bénéficient toujours pas des mêmes conditions éducatives, économiques et sanitaires qui leur permettraient de faire prévaloir la mobilité sociale. Ils souffrent, dans tous les domaines, d’un retard préoccupant ; aucune priorité particulière ne leur est accordée afin de favoriser leur émancipation. Les adwaba, ces villages essentiellement peuplés « d’anciens esclaves, » demeurent largement sous-scolarisés. Au plan économique, peu d’entre eux ont accès aux facilités de crédit et à la redistribution des privilèges budgétaires qui, en Mauritanie, créent les fortunes. Faute de partager les mêmes opportunités que les autres, ils sont écartés de l'égalité de chances qui est la clef de toute émancipation effective.

 

 

L’esclavage existe-t-il aussi dans les communautés négro-africaines ?

 

Contrairement à une idée fort répandue, l’esclavage n’existe pas seulement dans la société arabe. Certes, pour des raisons évidentes d'épiderme il y est plus visible ; cependant, sous une commune couleur de peau, il perdure également, dans ses manifestations symboliques et de préséance, parmi les Négro-Africains. Qu’ils soient Wolofs, Peuls ou Soninkés, ceux-ci connaissaient un esclavage, à bien des égards identique à celui qui sévit encore chez leurs compatriotes arabo-berbères. C'est pourquoi, contrairement à ce que voudraient faire croire certains milieux, l'esclavage n'est pas un problème racial. Il s'agit d'une pratique caractérisant un ordre social indifférencié. Toute autre explication relèverait de la récupération et non d’une saine volonté d’améliorer la condition des victimes.

 

 

À combien estime-t-on le nombre d’esclaves ?

 

Les questions relatives à la composition socioculturelle de la population relèvent, en Mauritanie, du secret d’État. Les autorités craignent, semble-t-il, que la divulgation des données du recensement puisse servir des intérêts particularistes ; mais en fait, cette réserve officielle vise, essentiellement, à ne pas avoir à reconnaître l’ampleur du problème posé par l'existence de l’esclavage. El Hor évalue le nombre des h’ratine à, au moins, 45 % de la population du pays, la plupart d'entre eux ne vivant plus une situation effective d’esclavage mais souffrant, en majorité, de discriminations fondées sur leur statut de naissance. Selon l’ambassade américaine (Rapport sur les droits de l’homme 1994 ), il y aurait entre quelques milliers et 90 000 esclaves en Mauritanie, ces chiffres ne prenant pas en compte les communautés négro-africaines. Quelles que soient les estimations des uns et des autres, et bien que SOS-Esclaves préfère ne pas avancer d'estimations chiffrées, l'association est convaincue - compte tenu de sa connaissance du pays, de son expérience et de ses relations avec les couches déshéritées - que cette proportion est loin d'être négligeable.

 

 

Y a-t-il encore des ventes d’esclaves ?

 

La société traditionnelle reconnaissait (elle continue de le faire), au maître, le droit d’utiliser et de disposer à sa convenance de ses esclaves. À l’instar des autres biens, ils étaient cessibles et aliénables. Si l’abolition officielle de l’esclavage rend aujourd’hui illégale tout commerce d’esclaves, il n’est pas rare cependant de voir des esclaves, généralement jeunes, légués ou « donnés » à titre de présent. Par ailleurs, une autre pratique plus subtile permet de s’adonner de manière masquée au « commerce » des esclaves. C’est la pratique du mariage blanc : sous couvert de cérémonies de noces et du versement traditionnel d'une dot, il est possible de marchander le prix d’une esclave. Vendue en réalité, celle-ci est formellement mariée. Entre les deux situations qui peut savoir ? Quelques cas soulevés par la presse n’ont malheureusement pas eu la suite attendue : les jeunes « mariées » esclaves, soumises à de fortes pressions, déclarent, après coup et sous les  pressions,  qu’il s’agissait d’un mariage normal, y compris dans les cas où les marchandages entre maîtres ont été rendus publics par la presse, comme en juin 1994 à Nouakchott.

 

 

Pourquoi la question de l’esclavage dérange-t-elle à ce point ?

 

L’esclavage reste un sujet tabou. Ni les autorités traditionnelles, ni les pouvoirs publics ne veulent être mis sur la sellette et désignés du doigt. Aussi, pour éviter l’accusation de complaisance sinon de complicité, les uns et les autres s’efforcent-ils d’étouffer toute tentative de poser le problème sur la place publique et d’en débattre. Faire silence sur les problèmes tiendrait lieu ainsi paradoxalement de solution. Or, cette politique du silence crée les conditions mêmes de la pérennité de l’esclavage. Derrière ce mutisme défensif, se profile la crainte de voir les esclaves revendiquer une plus grande participation à l’exercice du pouvoir.

 

 

La promotion des descendants d’esclaves dans l’appareil d’État contribue-t-elle à résoudre le problème de l’esclavage ?

 

On considère généralement que la nomination de hauts responsables, recrutés parmi les esclaves ou leurs descendants, constitue la preuve qu’il n’y a plus de servitude forcée dans le pays. En fait, si les esclaves doivent, comme les autres citoyens, bénéficier de l’égale admissibilité aux emplois publics, il s’agit, dans ce cas, de l’arbre qui cache la forêt. À l'évidence, le problème se situe ailleurs : dans l’éducation pour tous, l’accession à la propriété de la terre, la reconnaissance et le partage des richesses du pays, etc. Acceptera-t-on de prendre enfin ces éléments en considération ?

 

 

L’administration reconnaît-elle l’abolition de l’esclavage ?

 

Des affaires récentes ont permis de constater qu’en dépit de son abolition officielle, l’esclavage continue d’être reconnu par des agents de l’État, notamment au niveau du département de la justice. Ainsi, les cadis ( juges de droit musulman ) continuent-ils, sous couvert d’une interprétation discutable des prescriptions islamiques, de tenir compte des pratiques esclavagistes. Sur les questions d’héritage comme à propos de la valeur des témoignages, les juges de formation traditionnelle acceptent souvent de recevoir les revendications des maîtres d’esclaves. Ils profitent de l’ambiguïté du préambule de la Constitution qui cite l’Islam comme « unique source de droit » dans le pays. Or, comme la tradition islamique n’est pas clairement codifiée, on peut lui faire dire tout ce que l’on veut.

 

 

Est-il vrai que les esclaves ne veulent pas de l’émancipation et préfèrent rester avec leurs maîtres ?

 

Dans leur immense majorité, les esclaves continuent de vivre dans l’ignorance. Celle-ci, entretenue par les effets des mentalités dominantes, conforte des formes de relations qui permettent de maintenir les esclaves dans la servitude. On constate une véritable résignation face à un rapport de force écrasant, tant dans sa dimension historique que matérielle. Mais cette soumission ne peut être, d'aucune façon, assimilée à une acceptation libre et éclairée. L’esclave est un être aliéné. Il vit dans une société qui non seulement considère sa situation comme normale mais qui légitime l’inégalité. Dès lors, comment pourrait-il choisir l’émancipation ?

 

 

Pourquoi la lutte contre l’esclavage doit-elle se faire sur le terrain de la société civile ?

 

La lutte contre l’esclavage doit se faire sur tous les fronts. Et s’agissant d’un phénomène de société, l’esclavage concerne celle-ci dans sa totalité. C'est pourquoi il est indispensable d'impliquer, dans cette action, le plus vaste éventail possible d'hommes et de femmes pour rejeter cette hideuse institution sociale sous ses diverses manifestations. L’esclavage est le problème de tous et chacun doit s’atteler à son éradication.

 

 

 

 

Formes actuelles de l'esclavage en Mauritanie

 

Les attributs d'un homme libre sont notamment : disposer de sa personne et agir selon sa volonté ; faculté de posséder des biens et d’en jouir librement ; liberté de travailler et de choisir son travail ; hériter de ses parents ; se marier et d’avoir des enfants ; avoir une autorité sur ceux-ci. En Mauritanie, au XXIe siècle, il existe encore des hommes, des femmes et des enfants qui ne bénéficient pas de ces droits. Ces êtres humains appartiennent à d'autres qui disposent de leur personne et de leur vie. Cette condition ne relève en aucun cas des séquelles d'une situation antérieure : il s'agit de l’esclavage au sens strict. Il concerne une frange importante de la population et se retrouve, à des degrés divers, dans toutes les composantes ethniques. À côté des aspects conflictuels projetés épisodiquement sur le devant de la scène - qui ne sont rien d’autre que l’exacerbation des tensions entre maîtres et esclaves, la partie visible de l’iceberg - l’esclavage est une pratique concrète, silencieuse, massive et permanente. Mieux que des mots, les faits sont révélateurs de la situation que vivent toujours les victimes de l’esclavage. Voici quelques illustrations, non exhaustives, de la douloureuse réalité de l’esclavage :

 

 

Aliénation idéologique

La religion, jusqu'alors monopole des maîtres, est instrumentalisée pour justifier l’esclavage, perpétuer la domination et endiguer toutes velléités de révolte ou de volonté de libération. On inculque ainsi à l’esclave que son salut dépend du maître, que son accès au paradis est lié à l’obéissance au maître. Du coup, la soumission de l’esclave est érigée en devoir religieux.

 

 

Aliénation économique et politique

En Mauritanie, les maîtres sont connus et revendiquent ouvertement leur statut de maîtres. Ils exercent « leurs droits » sur l’ensemble de leurs esclaves, principalement à la campagne. Le maître possède plusieurs esclaves qu’il maintient sous sa domination, soit subtilement (en ville) soit à la manière forte (à la campagne, et parfois aussi en ville), assuré jusqu’ici d'une totale impunité de la part des pouvoirs publics. Le maître dispose de la personne et des biens de son esclave ; il décide de son travail, de sa nourriture, de sa liberté ou de sa libération. À la campagne, les maîtres sont propriétaires des points d’eau et déterminent l’accès aux terres de culture de la tribu. En ville, comme ils constituent l’essentiel de la classe dirigeante, ils commandent l’accès à l’emploi et la jouissance des droits civiques.

 

 

Du travail servile

 

L’esclave (homme, femme ou enfant) est astreint à tous les travaux sans aucune rémunération, sans son consentement ni aucune forme de contrat écrit ou verbal. La nourriture qu’il prend chez son maître ne peut pas être considérée comme un salaire en nature en contrepartie du travail fourni. En ce qui concerne les terres, la répartition des récoltes s'effectue selon la volonté du maître. Des esclaves — aussi bien ceux dont l’établissement de manière autonome remonte très loin dans l’histoire que ceux dont l’autonomie est consécutive à la sécheresse — vivent en apparence indépendants et libres. En réalité, ils restent très liés au maître qui s'arroge tous les droits chez eux : être bien reçu et entretenu pendant un séjour aussi long soit-il, imposer ses exigences, s’approprier au besoin ce que bon lui semble. Il dicte et décide du vote de ces esclaves-là comme de celui de ceux qui vivent avec lui. À la campagne, l’esclave cultive les terres du maître, entretient sa palmeraie, garde ses troupeaux, effectue tous les travaux que le maître juge utile. Il peut être objet de sévices et de tortures (physiques ou morales) si le maître n’est pas satisfait des services rendus.

 

 

Quelles mesures ont été prises pour en finir avec l’esclavage ?

 

La déclaration du 5 juillet 1980 proclame la volonté du gouvernement d’en finir avec l’esclavage et l’ordonnance 81 234, du 9 novembre 1981, prononce son abolition définitive par le gouvernement de l'époque. Ce dernier, enfin, a procédé à une réforme foncière et domaniale avec l’ordonnance de 1983. Ces mesures ne créent pas, à elles seules, le cadre juridique propice à une émancipation effective des esclaves. De fait, en l’absence d’une réelle volonté politique, ces textes resteront lettre morte.

 

Cependant, les défenseurs de la politique d'éradication des seules séquelles de l'esclavage mettent en avant l'effet des lois. Ils pensent principalement à la Constitution de juillet 1991 - elle proclame l'égalité de tous les citoyens devant la loi -, et à celles qui l’ont précédée (1959, 1961). Les circulaires confidentielles (1966, 1969, 1983) ne semblent pas avoir été prises en compte par le gouvernement actuel, tout comme l’ordonnance de 1981 platement évoquée par certains mais presque jamais par des voix officielles. Le gouvernement aurait-il désavoué cette loi sans pour autant l’annoncer publiquement ? La question mérite réponse.

 

L’ordonnance de novembre 1981, proclame bien que « l’esclavage sous toutes ses formes est aboli définitivement sur toute l’étendue du territoire de la République Islamique de Mauritanie » (article 1er). L’article 2 précise : « Cette abolition donnera lieu à une compensation au profit des ayants droit ». Ainsi, cette loi contient, dans sa conception même, certaines des raisons de sa non application. Car reconnaître l'indemnisation des « ayants droit » (euphémisme pour désigner les propriétaires d’esclaves) c’est reconnaître la légalité religieuse originelle de l’esclavage dans le pays. En cela, cette ordonnance est en net recul par rapport aux circulaires de 1966 et de 1969 ; celles-ci, à juste raison, rejettent toute légitimité religieuse à l’esclavage dans notre pays. Les propriétaires d’esclaves n’étant pas favorables à une décision qui visait à les exproprier, il leur a été facile de contourner l'ordonnance de 1981 : il suffit simplement de ne pas demander de compensation ! Qui veut et peut les y obliger ? Or, sans compensation pas de libération d’esclaves !

 

La décision d'abolition de l'esclavage et la loi la proclamant ont été prises et conçues sans participation aucune des premiers concernés, c’est à dire les militants anti-esclavagistes. Jusqu’à présent, d'ailleurs, nombre d'esclaves ignorent toujours que l’esclavage est aboli. L’adhésion et la participation du peuple à toutes les décisions qui le concernent ne sont-elles pas une loi fondamentale de la démocratie et un gage de succès ? Cette attitude pleine de mépris, du pouvoir à l'égard du citoyen, n’est pas sans rappeler celle du maître vis-à-vis de son esclave. Ce dernier doit toujours éprouver une reconnaissance indéfectible à son seigneur. Les esclaves mauritaniens devraient seulement remercier le pouvoir d’avoir bien voulu prendre des mesures en leur faveur et c’est exactement ce que suggère le Président de la République dans son discours du Ramadan 1997 : « La lutte contre les séquelles du passé continuera à faire l’objet d’une attention permanente, dans tous les domaines, notamment au niveau de la justice et de l’administration, conformément aux lois ». Silence la plèbe, le seigneur veille à tout !

 

 

Fidèle à sa politique de camouflage de la vérité sur les pratiques esclavagistes, le régime crie au complot dès que des informations crédibles sur cette question paraissent à l’étranger. Constatons que si, à l’intérieur du pays, le régime contrôle d’une main de fer les médias, il lui est impossible de surveiller la conscience de chaque citoyen et moins encore celle de ceux qui croient en la démocratie. Tout comme il lui est impossible d’empêcher les organes d’information, à l’extérieur, de publier des informations sérieuses sur la situation en Mauritanie. Or, les « comploteurs » aux yeux du régime sont ceux qui dénoncent les pratiques esclavagistes et réclament leur abolition effective.

 

À Durban, la communauté internationale elle-même, en limitant la revendication de compensations à la seule traite négrière, a participé à l'occultation de l'esclavage traditionnel dans le monde contemporain. Cette occultation de pratiques esclavagistes actuelles dans nos pays, procède de la volonté des États africains et du Moyen-Orient, d'accréditer l'idée que l'esclavage est un phénomène historique uniquement européen ou américain.

 

Vingt années se sont écoulées depuis l'ordonnance d'abolition de l'esclavage. En cette date anniversaire, S.O.S.-Esclaves réitère ses dix propositions pour traduire dans les faits cette abolition formelle et engager la lutte pour l’éradication du phénomène :

 

• Application effective des lois en vigueur qui prohibent les pratiques d’esclavage. Des décrets d’exécution doivent être édictés. Il faut également révoquer les juges ou tout autre fonctionnaire qui refuse d’exécuter les textes légaux. Approfondissement de la législation applicable, notamment par la pénalisation des faits de pratiques d’esclavage. Les responsables doivent pouvoir être déférés devant les tribunaux pour que justice soit rendue.

 

• Reconnaissance des organisations mauritaniennes de promotion et de défense des droits humains, notamment celles qui se consacrent à la lutte pour l’éradication de l’esclavage.

 

• Création d’un observatoire national des libertés qui aurait pour mission de s’assurer de la collaboration réelle des administrations de l’État dans la lutte contre l’esclavage.

 

• Réparation sous forme de dommages et intérêts pour tout préjudice avéré du fait de pratiques esclavagistes.

 

• Individualisation de terrains agricoles au profit de ceux qui travaillent effectivement la terre, car celle-ci doit revenir à ceux qui la cultivent.

 

• Démocratisation du crédit bancaire et des moyens de mettre en valeur les exploitations agricoles ainsi que l'égal accès à toutes les opportunités économiques.

 

• Radicalisation de la lutte contre les mentalités et les forces rétrogrades par une déconstruction de la légalisation religieuse de l’esclavage.

 

• Éducation et formation professionnelle pour tous, avec, notamment, une priorité aux zones de concentration d’esclaves et anciens esclaves, tels les adwaba, en vue de rattraper les retards accumulés par plusieurs générations ;

 

• Éducation aux droits de l’homme et à la lutte contre l’esclavage dans le cadre des programmes scolaires.

 

• Utilisation des médias publics, radiophoniques et audiovisuels, pour développer des campagnes de sensibilisation, dans toutes les langues nationales, contre les pratiques d’esclavage et contre la survivance du phénomène.


 

 

 

 

 

SOS ESCLAVES MAURITANIE

 

RAPPORT ANNUEL 2001


SOS ESCLAVES MAURITANIE

RAPPORT ANNUEL 2001

 

 

Le présent texte a pour objet de faire le point des activités de SOS-Esclaves, la situation de l’Organisation, ses actions et ses rapports avec les autorités mauritaniennes. Notre association, bien qu’interdite par une décision judiciaire depuis 1998, refuse de se soumettre et présente l’ensemble de ses travaux et conclusions au Gouvernement mauritanien, qui ne leur donne, hélas, aucune suite. SOS-Esclaves, à cause de la précarité de ses moyens constitués des seules contributions des volontaires actifs, ne peut faire face à l’infinie misère de l’injustice en Mauritanie. Les cas traités n’en traduisent qu’une infime part ; en effet, seules les situations de servitude dénoncées par des victimes courageuses ou désespérées font l’objet d’un traitement. Suivent, ensuite, les violations « conventionnelles », telles les entraves aux libertés d’expression et d’association, la torture et les discriminations ethniques, toutes pratiques désormais massives et banalisées, depuis le milieu des années 1980. SOS-Esclaves est la seule ONG nationale à présenter un rapport annuel sur l’état des droits de l’Homme en République Islamique de Mauritanie.

 

 

I - Le cadre général des activités

 

Au cours de la période janvier 2000 - octobre 2001, SOS-Esclaves a mené plusieurs activités tant pour l’élargissement de son implantation dans le pays que pour assurer le suivi des cas qui lui sont soumis. Faut-il rappeler que l’organisation assiste les victimes qui ont pris conscience de leur situation et sont déterminées à en sortir. Dans le cadre de l’assistance aux victimes de violation des droits humains, l’organisation a dépêché quelques missions à l’intérieur de la Mauritanie. Au plan extérieur, une intense activité d’information a été menée dans plusieurs pays.

 

Le contexte, par comparaison aux années précédentes, s’est durci un peu plus ; les autorités manifestent davantage d’obstination à refuser de reconnaître l’existence de l’esclavage dans le pays. Cette attitude devient la position la plus dogmatique dans tous les rouages de l’Etat. Les autorités publiques ont accentué les pressions et les intimidations sur les ONG et la presse indépendante, pour les réduire au silence ou obtenir d’elles un black-out sur la question de la servitude par contrainte. Même les organisations internationales, représentées à Nouakchott, évitent même d’évoquer les séquelles de l’esclavage, au prétexte que le Gouvernement considère une telle intervention comme une offense. Aux fins de cette censure, les journalistes et touristes sont étroitement surveillés. Ainsi, officiellement, il n’y a que des problèmes de pauvreté et d’ignorance, là où les discriminations, fondées sur la naissance et le statut de caste, continuent à marquer, par leurs manifestations quotidiennes, les rapports sociaux.

 

En Mauritanie, comme dans toute la zone de l’Ouest africain, l’esclavage relève de pratiques traditionnelles, très anciennes, intériorisées et assimilées par des générations successives d’hommes et de femmes totalement aliénés et n’ayant comme repère identitaire, dans la fraction, la tribu et l’ethnie, que la famille des maîtres.

 

Ici, la remise en cause de la condition d’esclave, comme la dénonciation de son statut social, sont considérés comme une contestation de la nature des choses, des êtres, voire de la volonté divine. On est en présence de victimes soumises et résignées qui participent de l’occultation de l’injustice subie par elles. A l’intérieur du clan, parmi les ethnies Pulaar, Soninké, Wolof et Bambara, comme au sein des fractions de tribus arabo-berbères, chaque individu est connu pour être de naissance un noble (guerrier, marabout, descendant du prophète), un casté (griot, bijoutier, cordonnier, forgeron, bûcheron, pêcheur), un tributaire (ancien esclave, courtisan) et, à la base de la pyramide, un esclave. Ces entités dépendantes ou catégories hiérarchiques n’ont pas de traits distinctifs observables, à l’exception des tribus où les esclaves et anciens esclaves sont noirs ; d’ailleurs, parmi les esclaves, certains, une infime minorité, ont la peau « blanche ». L’on rencontre aussi quelques tribus constituées de noirs arabophones mais ayant gardé les structures sociales propres aux ethnies négro africaines.

 

 

II - Les actions

 

-         l’enregistrement, la dénonciation et le suivi des anciennes et nouvelles plaintes relatives aux violations des droits de l’homme en général et, plus particulièrement, les cas de pratiques esclavagistes et de torture ;

 

-          l’assistance et l’accompagnement des victimes ; 

 

-          la mobilisation de l’opinion publique sur la persistance de l’esclavage en Mauritanie.

 

Au cours des vingt derniers mois écoulés, les activités de l’organisation se sont développées conformément aux objectifs que lui assigne sa mission de défenseur des Droits de l’Homme.

 

 

II - 1. Assistance aux victimes

 

A - Les cas résolus

 

 

Captation d’héritage et usurpation de propriété :

 

Bilal Ould Abeid

 

Bilal O/ Abeid, esclave de statut, était le père d’une fille unique. Jusqu’en 1990, Bilal habitait dans le département de Boghé où réside encore son ancienne épouse, Modième Mint Ramdane, avec leur fille Aminetou Mint Bilal.

 

En 1990, après avoir divorcé de Modième Mint Ramdane, il vient s’installer à proximité de son demi-frère El Maaloum Ould Abeid (du même père) dans le bidonville du département d’El Mina, à Nouakchott. Là, il bénéficia de l’attribution d’une parcelle de 10m x 15m où il y édifia une baraque. Cette parcelle est mitoyenne de la concession de El Maaloum Ould Abeid. Après une longue et douloureuse maladie, pendant laquelle il était assisté par M’Barka Mint Saleck dite Mah, sa belle-sœur (l’épouse de El Maaloum), Bilal décéda en juin 2000, laissant comme biens matériels un terrain, une baraque et de petits effets personnels.

 

Peu après sa mort, deux dames, Marième Mint Brahim Ould Ahimdi et Ouméira Mint Naji Ould Ahimdi, de la tribu Idekchemma, fraction Ehel Ewguetchalla, se présentèrent pour dire que Bilal était leur esclave et que, par conséquent, tout ce qu’il a laissé leur revient de droit. Ceci suscita la colère de son ex-épouse venue de Boghé pour les condoléances et de la belle-sœur, M’Barka mint Saleck. Toutes les deux chassèrent les prétendues propriétaires de Bilal. Le lendemain, les deux dames reviennent accompagnées du fils de Marième Mint Brahim, un jeune soldat en tenue militaire, pour remettre à l’ex-femme et à la belle-sœur de Bilal, une convocation à se présenter immédiatement devant le cadi1, président du tribunal de El Mina. Arrivés au tribunal, ils furent rapidement introduits dans le bureau du cadi qui demanda, aux deux parties, de lui dire, chacune, quelle parenté la liait au défunt Bilal :

 

-         Modième Mint Ramdane la première, dit : « je suis l’ex-épouse de Bilal et mère de sa fille Aminetou Mint Bilal dont je viens défendre les intérêts » ;

 

-         M’Barka mint Saleck à son tour, dit : je suis l’épouse de El Maaloum Ould Abeid, frère aîné de Bilal, un mal voyant qui est resté à la maison » ;

 

-     Marième Mint Brahim Ould Ahimdi, la prétendue maîtresse, déclare : « je suis l’ayant droit des biens laissés par Bilal, qui est mon esclave de naissance et que je n’ai jamais affranchi ».

 

Aussitôt, le cadi, embarrassé, fit sortir de son bureau tout ce monde en disant : « on ne traite pas de l’esclavage devant moi ! »

 

Seule M’Barka mint Saleck rechigna à sortir du bureau et s’adressa au cadi en ces termes : « c’est bien vous le cadi, qui êtes indiqué à trancher les litiges et nous sommes venus sur votre convocation pour être départagés. Puisque vous nous renvoyez, dites nous à qui d’autre nous devons nous adresser ».

 

Il lui répondit : « aller voir l’administration ». 

 

C’est à partir de ce moment que M’Barka et Modième sont venues poser le problème à SOS-Esclaves, pour lui demander assistance, afin d’affirmer leurs droits, suite à l’esquive du cadi.

 

Le Président de SOS-Esclaves les accompagna voir le Directeur Régional de la Police, lequel ordonna au commissariat d’El Mina de suivre l’affaire, pour dissuader Marième Mint Brahim Ould Ahimdi, sa cousine et son fils, de continuer leurs démarches en vue d’usurper les biens du défunt. Le lendemain, quand les maîtresses et leur suite revinrent chez El Maaloum, ils trouvèrent un agent de la police d’El Mina qui les conduisit au commissariat, où le commissaire les mis en garde de revenir chez les parents de feu Bilal, étant donné que l’esclavage est interdit.

 

Sans l’intervention de SOS-Esclaves et la menace que notre ONG ne porte l’affaire sur la place publique, la police ne serait pas intervenue avec autant de fermeté. Malheureusement, ce genre d’issue aux litiges, qui nous sont soumis, demeure exceptionnel.

 

Rassurée par l’intervention de la police, la famille de Bilal procéda au partage des biens entre les héritiers légitimes : la fille Aminetou Mint Bilal et son oncle, El Maaloum Ould Abeid.

 

 

B - Les cas non résolus

 

 

B. 1. H’meïdou Ould M’BARECK

 

Au cours de cette année, le cas du groupe de h’ratine2, dont H’Meïdou Ould M’BARECK est le porte parole, a été soumis au ministre de l’intérieur comme au wali3 de la région du Brakna. Les autorités administratives du département de Magta Lahjar continuent d’interdire l’exploitation des terres défrichées par H’meïdou Ould M’BARECK avec une trentaine d’autres h’ratines, les empêchant ainsi d’entreprendre des cultures de façon indépendante de leurs anciens maîtres, de la tribu Legouatite. Cette attitude est intéressante à plus d’un titre : lorsque les autorités constatent que les h’ratines sont dans leur droit mais craignent que la satisfaction de celui-ci ne déstabilise, par contagion, les clientèles arabo-berbères du Pouvoir, le Ministère de l’Intérieur donne consigne au wali de bloquer le dossier, renvoyant ainsi les deux parties dos-à-dos.

 

 

B. 2. Captation d’héritage et usurpation de propriété

 

Les cas de captation d’héritage de Tabta Mint Mohamed Salem et Mohamed Ould Malick, en 1997, dans la localité d’Amourj, acceptés par les victimes et les véritables ayant droit, n’ont soulevé jusqu’ici aucune réaction des pouvoirs publics. Ainsi, il arrive, dans des situations rares en milieu urbain mais fréquentes en zone rurale, que des esclaves, terrorisés par la crainte d’aller en enfer, acceptent de céder leur héritage aux maîtres.

 

 

C Les cas en instruction

 

Depuis la publication du Rapport 1999-2000, des cas nous ont été soumis. Ceux-ci portent sur :

 

a ) travail servile

b ) esclaves en fuite

c ) trafic d’enfants

d ) enlèvement, séquestration et disparition

e ) dépossession de terres

f ) captation d’héritage et usurpation

g ) répression spécifique et torture

 

 

Les victimes sont :

 

a ) travail servile

 

a - 1 ) Zaïda Mint M’BARECK et sa fille Vatma

 

Zaïda Mint M’Bareck et sa fille Vatma Mint Zaïda demeurent au service de leurs maîtres respectifs, Haïmed Ould Haïmed et Eydde Ould Haïmed. Soueïlim, l’autre enfant de Zaïda, a préféré fuir. Le commissariat aux Droits de l’Homme, institution officielle, a été informé par notre Rapport 1998, que l’Organisation lui a transmis. Il n’a toujours pas réagi à ce cas comme à tous les autres qui y sont exposés. ( Voir Rapport d’activité 1997-98, points 1-2 chap. II).

 

SOS-Esclaves, faute de moyens, n’a pas pu faire accompagner Soueïlim, à la recherche de sa mère et de sa sœur. Soueïlim est toujours décidé à tenter de convaincre sa mère et sa sœur de quitter, comme lui, leurs maîtres.

 

a - 2 ) Chedaha Mint MOHAMED EL ABD

 

Nom de l'esclave : Chedaha Mint Med El Abd

Date de naissance : 1945

Lieu de naissance : Noual (dans la région du Hodh El Chargui)

Famille maîtresse : Ehel Soudany

Tribu : Kunta

Fraction : Oulad El Bah

Lieu de résidence et adresse actuelle (de Chedaha) : secteur 18, Dar Naïm, Nouakchott.

 

Nombre d'enfants de Chedaha : 8 dont 2 garçons

 

*          Eguida Mint Baba, née en 1964 environ

*          Mohamed Ould Baba, en 1966     

*          M'Bourika Mint Baba, en 1968     

*          Lalla Mint Baba, en 1970   

*          Leya Mint Baba, en 1972   

*          Mohamed Ould Baba, en 1974     

*          Mahicheïna Mint Yarg, en 1977, décédée en 1989

*          Enaïma Mint Saleck, en 1979       

 

Voici son témoignage tel qu’elle l’a transmis à SOS Esclaves : « Je me nomme Chedaha, née esclave. J’ai vécu longtemps sous le joug de mes maîtres, la famille Ehel Soudani ; à cause de leur pouvoir mystique, j’ai ainsi vécu jusqu’aux années 70. C’est ainsi qu’avaient vécu et moururent ma mère, ma grand mère et la mère de celle-là.

 

Avec les années de sécheresse et de famine, pour survivre, je fus de ceux qui prirent le chemin de l’exode avec mes enfants, à la mort de leur père. Je réussis, loin de l'emprise des maîtres, à m’établir à Néma4.

 

A la sueur de mon front, j’ai alors pu nourrir mes enfants, me constituer un petit troupeau de moutons et réaliser une maison en banco. Cette situation, relativement aisée, fit de mon domicile, le point de chute de tous mes maîtres, venant à Néma. Je les logeais et nourrissais, afin d’obtenir, en contrepartie, leur bénédiction, la Baraka.

 

En 1987, je reçois la visite de Monsieur Sidaty Ould Meneya, cousin de mon propre maître que j’accueillis, naturellement. Durant son séjour, Sidaty tomba malade ; il fut traité et suivi jusqu'à guérison, par mes soins. Rétabli, il m’emprunta une partie de mes moutons et une somme d'argent en s’engageant à me rembourser, sous peu de temps. A la longue, il s'avéra qu'il s'agissait d'une escroquerie. Après m’avoir longtemps trompée, à propos du remboursement de cette dette, Sidaty fit recours à mon maître avec lequel, à mon insu, il s'accorda sur l’arrangement suivant :

 

- Sidaty achète, auprès de son cousin, l'esclave Chedaha et ses enfants qui restent donc, de ce fait, toujours attachés à Ehel Soudany ;

 

- Tous les biens de Chedaha reviennent à Ehel Soudany ;

 

- En contrepartie de Chedaha et ses enfants, Sidaty doit verser 100 moutons au propriétaire initial des esclaves ;

 

- Cette vente a été faite en présence d'un juge traditionnel et à l'insu de Chedaha.

 

A la suite de ce marché, je devenais donc sa propriété et il me contraignit, à devenir sa concubine, par la menace de faire tomber, sur moi et mes enfants, les pires malédictions, dont il avait le pouvoir, croyais-je. Et dans mon dos, il abusait sexuellement de ma fille Mahicheïna Mint Yarg, alors qu'elle n'avait que onze ans, avant son décès en 1989.

 

Quand j’ai découvert les relations de Sidaty avec Mahicheïna, j’ai eu un choc, j’ai paniqué de savoir que ma propre fille était également réduite à avoir, comme moi, des relations sexuelles avec ce vieillard pourri ; j’ai eu une dépression et au niveau psychique je suis tombée gravement malade.

 

A la suite de ce choc, je n’avais plus peur de cette ordure et l’ai chassé. Pendant 6 ans, il ne s’est jamais présenté devant moi, à la grande satisfaction de mes enfants.

 

Cependant, en 1995, Sidaty revint me retrouver, alors, qu’entre temps, je m’étais installée à Nouakchott. Je l’ai, de nouveau, renvoyé sans ménagement, mais il revint encore à mon domicile, en 1999, pour me demander, en vain, de le suivre et me réinstaller à Néma ».

 

 Voilà le récit du calvaire de Chedaha raconté par elle-même :

 

Il révèle comment, étant établie de façon « autonome et indépendante sur le plan matériel », elle était exploitée, asservie et enfin vendue sans que cela ne soulève aucune indignation dans la société.

 

Toutes ses démarches auprès de Chedaha ayant échoué, Sidaty fait appel aux autorités judiciaires pour l'aider à la récupérer.

 

Le 26 juin 2000, Sidaty et un agent de police se présentèrent au domicile de Chedaha et la conduisirent devant le cadi du tribunal de Dar Naïm, à Nouakchott ; le juge, après l'avoir interrogée avec mépris, la renvoya au lendemain.

 

Présents à cette audience aujourd’hui inconcevable dans une nation civilisée, des militants de SOS Esclaves n’ont pas pu s’empêcher de protester contre la légèreté avec laquelle le problème de Chedaha avait été examiné. En fait, Sidaty, annonçant au juge l’objet de sa plainte, avait précisé : cette créature, Chedaha, est mon esclave, dont j’ai fait une « épouse » ; elle s’est enfuie du domicile à Néma pour venir s’établir ici à Nouakchott sans mon autorisation ; aujourd’hui, j’entends que vous me rendiez justice, en la contraignant par la force de la Charia5, à me suivre. 

 

Le cadi, qui avait bien compris la gravité du problème en entendant le mot « esclave », a corrigé le propos de Sidaty en l’interpellant : « vous vous plaignez de votre épouse pour abandon de domicile conjugal, et rien d’autre, n’est-ce pas ? »

 

Chedaha, réagissant à son tour, s’écria : « cet individu ne m’a jamais épousée, je le défie de vous présenter un seul témoin de notre mariage. Plus tard, le militant de SOS Esclaves, El Houcein Ould M'Boïrik, a pris contact avec Chedaha pour s'enquérir de son problème. Celle-ci l’a alors mandaté pour l’assister à l’audience prochaine fixée au 28 / 06 / 2000. C’est ainsi que nous avons été informés de ce cas et notre ONG a décidé de le prendre en charge. 

 

Ce jour du rendez-vous judiciaire, le cadi, à notre stupeur, proposa, comme solution amiable, que Chedaha, accepte de repartir, sans histoires, avec son mari et de reprendre la vie commune. Cette solution fut rejetée par Chedaha et ses assistants El Houcein et Joumoua. Le cadi déclara que dans la mesure où Chedaha persistait à ne pas suivre son mari, elle serait condamnée à lui reverser une somme importante, dont le montant reste à déterminer, en guise de dédommagement.

 

Enfin, il renvoyait tout le monde, pour une audience le 8 juillet 2000, à laquelle Sidaty devra présenter ses témoins. Cette solution dénaturait le problème et le posait en termes de conflit conjugal et non en terme de pratique esclavagiste, alors qu’il n’y a jamais eu de mariage. Sidaty, exerçant son droit de propriété acquis sur Chedaha, avait profité et abusé d’elle et, à son insu, de sa fille mineure.

 

Face à cette situation, SOS-Esclaves a pris contact avec l’avocat militant des Droits Humains, Maître Mohameden Ould Ichiddou qui s'est porté volontaire pour défendre gratuitement Chedaha.

 

Le 8 juillet 2000, jour où le cadi avait invité Sidaty à venir avec des témoins pour attester de son mariage avec Chedaha, l’avocat Mohameden Ould Ichiddou et Boubacar Ould Messaoud président de SOS Esclaves, se présentèrent devant le cadi avec la lettre de constitution de maître Ichiddou pour défendre les intérêts de Chedaha. Comme réaction, le cadi refusa de prendre acte du document relatif à l’engagement de maître Ichiddou à défendre Chedaha. Le cadi soutient que le cas de celle-ci n'a jamais été enregistré et que Chedaha n'a pas été convoquée par lui ; aussi il ne voyait aucune raison de recevoir la constitution d’un avocat dans une affaire qui n’existe pas.

 

Alors, maître Ichiddou accompagné de Boubacar o/ Messaoud se rendit au bureau du Secrétaire des Greffes qui refusa, à son tour, d'enregistrer la lettre puisque le cadi l'a rejetée.

 

Ainsi, le problème de Chedaha fut résolu : grâce à cet éminent avocat, notre ONG réussit à mettre en échec la magouille orchestrée, en sourdine, par Sidaty et le cadi qui, sans notre intervention, allaient contraindre cette pauvre dame à reprendre la vie d’esclave au service de Sidaty.

 

Pire encore, le juge s’apprêtait, comme moyen de pression, à lui infliger le paiement de dommages et intérêts dont elle ne pouvait s’acquitter. Voilà comment cette affaire s’est achevée …jusqu’à quand?

 

Après la discussion avec le greffier en charge de la juridiction, qui a renvoyé Sidati et Chedaha, en déclarant que l’affaire n’est pas enregistrée, Maitre Ichiddou et Boubacar O/ Messaoud ont pu, dans la cour du tribunal, s’entretenir avec l’unique témoin que Sidaty voulait produire devant le juge.

 

En fait de témoignage, ce vieil homme déclare pouvoir affirmer, seulement, qu’à une certaine époque, avant 1989, il avait connu Chedaha et Sidaty vivant ensemble à Néma, comme des époux. Aux questions «est-ce que vous avez assisté à leur mariage ou connu quelqu’un qui aurait assisté à cela», le fameux témoin répond : « non » !

 

Chedaha vit aujourd’hui en toute liberté, dans sa maison à Nouakchott. Elle jure maintenant de ne plus accepter de se soumettre à un quelconque maître.

 

 

b ) esclaves en fuite

 

Dans la campagne, particulièrement parmi les populations d’éleveurs nomades ou semi-nomades, les esclaves, sans distinction de sexe ni d’âge, constituent encore l’essentiel de la main d’œuvre pour le gardiennage, les travaux agricoles, l’entretien des troupeaux, la corvée d’eau, la préparation des repas…

 

Le seul moyen qu’ils ont d’échapper à cette vie est de s’enfuir, le plus loin possible, de disparaître dans l’anonymat des bidonvilles, aux abords des grands centres urbains ou se réfugier dans les adwaba, villages pauvres, habités uniquement par les h’ratines.

 

M’bareck OULD BILAL

 

M’bareck O/ Bilal, agé de 15 ans environ, est l’ aîné de cinq enfants : trois frères : Brahim, Boilil, Laghdaf ; une sœur : Sleima ; avec leur mère, Kroumania, muette et sourde de naissance, ils sont les esclaves de la famille des Ehel Ousmane : les maîtres sont Khoureichi, Saadna, Yahevzou, Ahmed et Naji des éleveurs de la tribu Kunta, fraction Zaghoura ; tous sont établis dans la localité de Rouébina, dans l’arrondissement de Leksaïba, région du Gorgol.

 

Les maîtres possèdent 5 troupeaux de moutons et chèvres, 1 troupeau de vaches et deux troupeaux de chameaux ; Kroumania et ses quatre fils sont les bergers chargés de garder, chacun, l’un des cinq troupeaux de moutons.

 

M’bareck et sa mère sont esclaves de Khoureichi, ses autres frères sont, chacun, esclave de l’un des maîtres chez qui il vit. Le jour, les esclaves sont dans les troupeaux ; ils y sont tous les jours et restent jusqu’au soir. Ils ne mangent pas dans la journée ; le soir, leur mère, après avoir ramené le troupeau, prépare le repas pour tous et ses enfants mangent leur unique plat de la journée. Elle leur sert invariablement le gâteau de farine de mil arrosé de lait frais.

 

Les maîtres prennent les repas de la journée, préparés par l’épouse ou une autre femme appartenant à leur propre famille.

 

M’bareck, s’expliquant sur les raisons de sa fuite, soutient qu’il est parti à cause du gardiennage sans relâche du troupeau et le mauvais traitement qu’il subissait, avec des injures, des bastonnades et des coups de fouet. «Depuis un certain temps, j’envisageais d’abandonner cette vie et m’en aller vivre libre, loin de là. C’est ainsi, qu’un soir où, en rentrant les animaux, il s’avéra qu’une chèvre a dû s’égarer dans la journée, j’eu droit à toutes les injures que mon maître connaissait et je me suis caché pour ne pas recevoir de coups ; bien avant l’aube, quand tout le campement dormait encore, je partis de Rouébina, dans l’intention de ne plus y revenir. J’ai marché toute la journée et passé une première nuit à Leksaia, puis le matin, je repris mon chemin pour mettre le maximum de distance entre mon maître et moi. J’arrivai, le soir du second jour de marche, au village de Gouroujma, où j’ai passé la nuit. Je suis arrivé, très tôt dans la matinée, à Kaédi.

 

Là, après une journée d’errance, M’bareck lie connaissance avec un garçon de son âge qui l’amena chez lui, dans la maison d’un boulanger, sympathisant de SOS-Esclaves. C’est ainsi que le Bureau Exécutif, à Nouakchott, fut rapidement informé. Le Président se rendit sur place et, le 3 et le 4 avril, interrogea M’bareck sur ses conditions de vie chez ceux qu’il appelait «mes maîtres», et les raisons qui l’ont conduit à s’enfuir. Le 5 avril, le Président de SOS Esclaves le conduisit, auprès du Wali, pour que l’autorité régionale prenne acte du cas et délivre les frères, sœur et mère du fugitif, encore exploités. Le Wali a reçu le Président seul dans son bureau et n’a pas voulu rencontrer le fugitif qui attendait  avec son hôte dans le secrétariat.

 

Le Wali a pris note de l’information et a appelé le commandant de la compagnie régionale de gendarmerie qui se trouvait alors dans les locaux de la Wilaya. Il le chargea de voir le jeune M’Bareck et de procéder à une enquête sur sa situation. L’Etat n’intervient que dans le cas des enfants mineurs retenus par des personnes qui ne seraient pas leur parents. Ce n’est pas le cas des frères et sœurs de M’bareck, puisqu’ils vivent avec leur mère. Sur l’enquête, jusqu’ici rien n’a filtré si ce n’est que les gendarmes ont interrogé le boulanger sympathisant de notre ONG, sur ses rapports avec SOS-Esclaves et lui ont demandé : «qui a informé l’Organisation de la présence de M’Bareck chez vous?»

 

Le Wali du Gorgol a été rencontré incidemment, le 1ier octobre 2001 dans les couloirs du Ministère de l’Intérieur par le Président de SOS-Esclaves, venu voir les autorités pour le cas de Tislem à Atar. Il a tout simplement soutenu que l’enquête menée par la gendarmerie a révélé qu’il ne s’agissait pas d’un problème d’esclavage !!!

 

 

c ) trafic des enfants

 

c - 1 ) Hamady OULD ELY

 

Agée d’environ 40 ans, Teslem n’a fréquenté ni l’école moderne ni l’école traditionnelle. Elle s’est mariée plus de trois fois et prend, à sa charge, une famille de sept enfants, dont l’aîné a 14 ans. Elle habite une pauvre hutte dans un bidonville du quartier Zaatar, département de Dar Naim à Nouakchott.

 

A la fin de juin 1994, Teslem Mint Bilal avait remarqué que beaucoup d’enfants de ses cousins et ceux des quartiers proches se rendaient aux Emirats Arabes Unis, pour y travailler, comme monteurs de chameaux de courses. Teslem fut contactée par un voisin qui prétendit connaître un homme, parmi les meilleurs, lequel cherche des enfants pour les mener avec lui aux Emirats Arabes Unis. Considérant que cette nouvelle est un don du ciel, Teslem décida d’envoyer les plus jeunes de ses enfants. Ainsi, deux jours après, l’informateur et deux hommes inconnus d’elle, parmi lesquels un dénommé Maaly Ould Sidi, se présentèrent à Teslem. Une copie d’un contrat, non légalisé, entre Teslem et Maaly a été présentée au président de SOS Esclaves.

 

Les termes du contrat stipulent que monsieur Maaly Ould Sidi doit amener, aux Emirats Arabes Unis, l’enfant Hamady Ould Ely âgé de 9 ans, et faire parvenir à Teslem le gain de son fils, dés que celui-ci aura un emploi. Par ailleurs, l’enfant Hamady reviendra chaque année passer les vacances avec sa maman Teslem. C’est ainsi que Teslem à fourni à Maaly une procuration le reconnaissant comme tuteur de son fils Hamady. C’était le 3 juillet 1994. Au cours des préparatifs du voyage, Teslem à été mise en contact avec El Mamy Ould Dow, policier domicilié à Nouakchott, en face de la Maison de la Culture : Il l’informa que, par son intermédiaire, elle recevra l’argent et le courrier et qu’elle peut aussi envoyer des lettres à Hamady. A moins d’une semaine, les préparatifs avaient pris fin et plus de vingt enfants s’étaient rassemblés chez El Mamy Ould Dow et acheminés aux Emirats, par l’aéroport de Nouakchott, sans que cela n’attire l’attention des autorités.

 

Quatre mois plus tard, Teslem commençait à recevoir des salaires par l’intermédiaire d'El Mamy Ould Dow. La situation devait durer jusqu’au moment où, en 1997, surgit l’affaire des enfants arrêtés puis rapatriés du Mali alors qu’ils étaient à destination des Emirats Arabes Unis. Depuis cette époque, elle ne reçoit aucune nouvelle ni photo de son enfant, alors que l’argent continue à lui parvenir.

 

Un soir, alors qu’elle rentrait tard, elle vit, devant chez elle, un car de la police, duquel descendit un officier qui lui demanda si c’est bien elle Teslem Mint Bilal. Cet officier la conduisit au car où elle retrouva plusieurs personnes, parmi lesquelles elle reconnut son voisin par le biais de qui elle avait connu Maaly Ould Sidi. Elle apprit que la police recherche les parents des enfants envoyés aux Emirats. Arrivée, avec tout le groupe, au commissariat central de police à Tevragh-Zeina (quartier résidentiel de Nouakchott), Teslem fut acheminée au Ksar, endroit qu’elle ne connaissait pas : là, elle subit l’interrogatoire où elle expliqua que la pauvreté l’oblige à envoyer son fils aux Emirats ; elle révéla aussi la responsabilité de la police dans l’affaire. Plusieurs jours durant, Teslem était transférée de commissariat en commissariat ; enfin elle fut relaxée et sommée de se présenter, tous les matins devant la police. Au cours de ces rendez-vous obligatoires, elle rencontra le policier El Mamy Ould Dow, auprès duquel elle insistait pour faire revenir l’enfant mais en vain. Elle décida, en 1999, de contacter le Secrétariat d’Etat à la Condition Féminine ( SECF ). Là, elle fut reçue par Madame Lekbeïde Mint Soule et d’autres fonctionnaires de ce département ministériel qui, selon elle, ont fait preuve de bonne volonté pour l’aider à résoudre son problème.

 

Convoqué par le SECF, El Mamy Ould Dow refusa de donner toute information concernant Maaly Ould Sidi. Suite aux pressions exercées sur El Mamy, par les fonctionnaires de ce département, celui-ci leur remis les versements restés entre ses mains, afin de les donner à Teslem. Comme solution pour le retour de l’enfant, les fonctionnaires promirent de contacter l’Ambassade de Mauritanie aux Emirats. Mais, jusqu’à présent rien de concret n’a été fait dans ce sens. Découragée, Teslem s’est alors adressée à SOS-Esclaves.

 

Dans cette affaire et dans celle de Cheikh Ould Mohamed ( ci-dessous ), on retrouve, impliqué, le dénommé El Mamy Ould Dow qui serait un agent de police à Nouakchott. Cet individu est souvent cité par Matalla Ould Mohamed Ould Bilal, comme intermédiaire facilitateur des formalités de voyage d’enfants aux Emirats Arabes Unis. (cf note d’Information sur l’Esclavage en Mauritanie , SOS-Esclaves, Nouakchott, octobre 1995).

 

SOS-Esclaves estime que l’Etat mauritanien, dont l’un des ressortissants est porté disparu, doit entreprendre des recherches aux Emirats Arabes Unis, pour retrouver Hamady Ould Ely. Cela demande des moyens importants et l’appui d’un réseau de relations dont  notre ONG ne dispose pas. Aussi, nous adressons un appel à toutes les organisations de défense des enfants, pour nous assister, retrouver Hamady Ould Ely et lui venir en aide.

 

c – 2 ) Cheikh OULD MOHAMED

 

Après avoir passé quelques jours dans la campagne, la famille regagne Nouakchott où est actuellement son petit domicile situé à Dar Naïm. Le père, Mohamed Ould Messaoud, né en 1966 à Nouakchott, et Madame Mena Mint Ahmed Mowloud, apprirent que leur fils aîné, Cheikh Ould Mohamed, né en 1989, a été envoyé aux Emirats Arabes Unis par son grand père, par le biais du nommé Maaly Ould Sidi. Ahmed Maouloud Ould Messaoud ; le grand père, a envoyé son petit-fils alors que celui-ci n’avait pas encore cinq ans.

 

Pour plusieurs raisons sociales, Mohamed Ould Messaoud ne pouvait pas contester un acte de ses beaux parents et quand bien même il le déciderait, auprès de qui et de qui se plaindre ? Mohamed, le père, ne savait rien de l’affaire concernant l’expédition de son enfant aux Emirats. Il n’a jamais vu ni connu l’intermédiaire Maaly Ould Sidi Hamoud. Ainsi, il ne savait comment faire pour récupérer cet enfant jusqu’au jour où surgit, en 1997, le problème des enfants rapatriés du Mali alors qu’ils étaient en escale pour les Emirats. Depuis, Mohamed envoie des correspondances (lettres et cassettes magnétiques) demandant à Maaly Ould Sidi de lui renvoyer son enfant. Exception faite de la lettre datée du 8/11/1997 et adressée à Ahmed Mowloud, le grand père, aucune réponse ne lui a été adressée. Par cette lettre, Maaly prétend avoir perdu la procuration qui le reconnaît comme tuteur de l’enfant Cheikh Ould Mohamed et demande à la famille de lui faire parvenir une autre portant les indications suivantes :

 

 

Ceci, comme on le constate, n’est pas conforme aux données relatives à l’enfant de Mohamed Ould Messaoud. L’âge a été augmenté pour ne pas attirer l’attention des polices d’aéroports. Cependant, l’acte demandé par Maaly lui fut envoyé. Une copie de cet acte, non légalisé, a été présentée au président de SOS-Esclaves.

 

Jusqu’à ce jour, l’enfant n’est pas revenu et Mohamed Ould Messaoud continue l’envoi de correspondances à ce sujet et reçoit les versements des salaires de son fils. Il enregistre les dates de réception et les décharges auprès de l’intermédiaire El Mamy Ould Dow, agent de police à Nouakchott. Maaly et lui sont les associés de ce trafic.

 

Le jour où il prend contact avec SOS-Esclaves, c’est à dire le 23/07/2000, Mohamed Ould Messaoud revenait du domicile de Ould Dow. Ce dernier l’avait informé que son fils Cheikh Ould Mohamed dit Moustafa et celui de sa voisine, Teslem Mint Bilal, nommé Hamady Ould Ely, sont tous les deux arrêtés pour vol présumé de motocyclette et devront être jugés le 27/07/2000 aux Emirats Arabes Unis.

 

L’organisation avait suggéré à Mohamed Ould Messaoud de le faire accompagner auprès des autorités judiciaires, en vue d’engager la procédure relative au rapatriement de son fils. Pour cette démarche, une nouvelle rencontre était convenue, avec, au préalable, un entretien avec un avocat conseil. Nous attendons toujours que les parents de ces victimes reprennent contact. Il n’est pas à exclure qu’ils aient subi des pressions policières pour les éloigner de SOS-Esclaves.

 

 

c – 3 ) Mohamed Mahmoud OULD MOUSTAPHA

 

Nasra mint Sid’Ahmed, ancienne esclave, mère d’un garçon, Mohamed Mahmoud ould Moustapha né en 1980 et de deux filles, Nebghouha mint Hassen, née en 1986 et Tajeb Mint Ely, née en 1996. Commerçante, elle vendait des voiles. Un jour, une mauresque (bidhania) du nom de Maata mint Hadou, de la tribu Messouma, fraction des Tlamid, lui a proposé de l’amener, elle et ses filles, en Arabie Saoudite. Nasra accepta sans hésiter, Maata étant la fille de leur ancienne maîtresse. Celle-ci offrait en cadeau les billets des deux filles et proposait que Nasra lui rembourse le sien, dés qu’elle aura trouvé du travail à Djeddah, capitale de l’Arabie Saoudite. Maata avait un cousin boutiquier, dénommé Baba Ould T’Fel. Elle demanda à Nasra de lui remettre, 20.000 ouguiyas6, pour lui faire établir un passeport dans lequel seront portés les noms de ses filles qui l’accompagnent.

 

Nasra Mint Sid’Ahmed remis la somme à Baba Ould T’Fel, qui revient l’informer, deux semaines plus tard, que le passeport est établi et les billets achetés. Il lui demanda de se préparer, vite,  pour prendre l’avion le lendemain matin. Voilà comment la mère et les sœurs de Mohamed Mahmoud Ould Moustapha seraient parties, selon lui, en janvier 1998. Deux semaines après, on le fit venir à la boutique de Baba Ould T’Fel, pour recevoir une communication téléphonique, l’informant que sa mère et ses soeurs sont bien arrivées à Djeddah mais que Nasra souffre de terribles maux de tête. Quatre jours après, un second appel téléphonique vient lui annoncer le décès de sa mère et son enterrement. Tout ceci s’est passé en janvier 1998. L’événement parut étrange à Mohamed Mahmoud, car sa mère était bien portante. Ensuite, il a tout fait pour entrer en contact avec ses sœurs et avoir des informations sur les conditions de la mort de sa mère. A toutes ses demandes d’aide adressées au boutiquier, pour entrer en contact avec ses sœurs, il n’a reçu qu’un «nous ne pouvons rien faire car notre ligne téléphonique est sélective, elle reçoit mais n’appelle pas l’étranger». Ils ont enfin dit que le numéro sur lequel on appelait Maata ne répond plus, car suspendu ou résilié. 

 

Désespéré, il prit contact avec SOS Esclaves, afin d’obtenir conseil et assistance.

 

 

c - 4 ) Fatimetou Mint AHMED

 

Le lundi 25 juin 2001, des militants anti-esclavagistes ont conduit au siège de notre ONG, une jeune fille âgée de 14 ans environ, nommée Fatimetou mint Ahmed, victime de mauvais traitements et d'exploitation par le travail des enfants. Elle était employée comme domestique (bonne à tout faire, y compris l'entretien et la garde des enfants) depuis 5 mois, par une famille aisée, domiciliée à Nouakchott, quartier Arafat, qui l'a amenée des environs de Kankossa ( Wilaya de l’Assaba ), avec l'accord de sa propre mère, pour la faire travailler à Nouakchott, contre un salaire mensuel de deux mille cinq cents (2500) ouguiya. Elle affirme n'avoir jamais perçu son salaire, en dépit du fait qu’elle l’a réclamé plusieurs fois. Voici les protagonistes directs et indirects de cette affaire :

 

- Ghalia Mint El Moutapha, est l’employeur de Fatimetou, à Arafat, quartier périphérique de Nouakchott.

 

- Lala Mint Ahmed est la mère de Fatimetou. Elle vit près de Kankossa. Son mari est le berger salarié du bétail de El Moustapha Ould Khattri, le père de Ghalia.

 

Fatimetou ne connaissait personne à Nouakchott en dehors d'une tante maternelle, Lala Mint Ahmed, avec laquelle elle n'a jamais rétabli le contact ; Ghalia ne lui permettait pas de sortir de la maison. Lala de son coté ignorait la présence de sa nièce à Nouakchott.

 

C'est dans ce contexte que Fatimetou s'est enfuie, après explique-elle, avoir été frappée, une énième fois, par sa «patronne». Elle a quitté, en cachette, le foyer de ses employeurs, le mercredi 20 juin, à la recherche d'une personne charitable qui l'aiderait à retrouver sa tante et échapper au calvaire subi. Le boutiquier du coin, face à la maison, avait depuis longtemps remarqué les actes de violence à l’encontre de Fatimetou ; quand, ce jour-là Fatimetou s'est précipitée, en pleurs, dans sa boutique, pris de pitié, il a tout de suite fermé son petit magasin, pour l'accompagner dans la ville, à la recherche de secours. Tous deux, ils partirent en quête de h'ratines appartenant à la même tribu (Messouma) ou de toute personne originaire de la localité de Kankossa et susceptible d’aider Fatimetou à retrouver sa tante.

 

Après avoir recueilli auprès de Fatimétou et de ceux qui l’accompagnent, toutes ces informations, il fut retenu de saisir, d’urgence, le ministre de l'intérieur, pour obtenir l'assistance de l'autorité publique, avec un constat des faits et le déclenchement du processus de sanction contre les personnes impliquées dans cette affaire, que l’on pourrait qualifier, valablement, de trafic d'enfants.

 

Le Ministre, saisi, demanda, au Président de SOS Esclaves, de conduire la fille auprès de la Direction régionale de la police. C’est ainsi que le 26 juin 2001, le directeur régional de la police a reçu, ensemble, les personnes suivantes : Boubacar Ould Messaoud, président de SOS Esclaves, Fatimetou, sa tante, un homme que celle-ci présente comme son oncle et que la tante a fini par reconnaître comme leur "taleb"(«celui qui nous a affranchis» dit-elle, se trouvant incapable de préciser, après insistance du policier, le lien exact de parenté), le boutiquier et 2 sympathisants de SOS-Esclaves qui avaient retrouvé la tante. A la suite de cette audience, El Ghalia Mint El Moustapha et son mari Sidna Ould Khal Laamar ont aussi été convoqués et entendus le 27 juin. Avec Fatimetou, ils ont été retenus, sur place, toute la journée du mercredi 27 juin. Ensuite, la police a ouvert une procédure et nous a tous fait auditionner par un agent. Le jeudi 28 juin, après la signature de nos auditions, la fille a été remise, avec ce dossier, à la gendarmerie, chargée de l'acheminer vers la localité de Kankossa et de poursuivre l'enquête avec sa mère et le mari de celle-ci. La patronne, malgré que cette enfant mineure a fuit sa maison le 20 juin, n'a jamais déclaré cette disparition, ni à la police, ni à la gendarmerie et n'a  visité ni les salles d'urgence, ni les morgues des hôpitaux, pour s'assurer que Fatimetou, dont elle est l’unique responsable, n'a pas été victime d'accident. En revanche, Ghalia a bien indiqué, dans sa déposition, qu'il était bien entendu avec les parents de Fatimetou, que les salaires ne doivent pas être remis à l’enfant mais gardés pour sa mère, Lalla Mint Ahmed. C’est ici la preuve que nous sommes bien en présence du cas d’une enfant louée, contre le versement mensuel de la somme de 2500 um.

 

Ghalia affirme n'avoir frappé la fille qu'une seule fois, parce qu'elle l'avait surprise, avec un homme, dans une «mauvaise posture», formule pudique pour désigner des gestes à visée sexuelle. Elle dit qu'elle la soupçonne d'être en état de grossesse et que, le jour où Fatimetou s'est enfuie, elle envisageait de la conduire devant un médecin pour s'en assurer. Enfin, elle a indiqué avoir été, à plusieurs reprises, victime de vols, de la part de cette fille qu’elle accuse d’ailleurs de lui avoir emporté un collier durant sa fuite.

 

Ces accusations, très classiques, sont portées habituellement par les employeurs pris en défaut et qui, forts de la complaisance des services de police, obtiennent ainsi l’arrestation de leur employés domestiques, souvent mineurs, avec des gardes à vue prolongées. Dans les commissariats de Nouakchott, par la torture quasi systématique, surtout envers les prévenus Hratines, beaucoup d’enfants et d’adultes avouent des crimes qu’ils n’ont pas commis.

 

Vraisemblablement, c’est le cas d’une grande partie des détenus déférés, pour vol, devant le procureur et qui, par groupes, sortent de son cabinet, jetés en prison, avec mandat de dépôt. Ils n’en sortent, souvent, que grâce à l’assistance judiciaire dispensée aux détenus mineurs par l’ONG Terre des Hommes ou un retrait de plainte négocié, par les parents, avec l’employeur malhonnête.

 

Fatimétou, quant à elle, aurait été ramenée auprès de sa mère dans la localité de Kankossa par la gendarmerie. Il est à regretter, qu’ici encore, c’est toujours la victime qui est traitée comme une délinquante : garde à vue au commissariat central et à la gendarmerie, pendant cinq jours, avant d’être rapatriée chez elle, manu militari, dans un véhicule de la gendarmerie, sous bonne garde pour, a-t-on dit, poursuivre l’enquête auprès de sa mère, devenue accusée à son tour.

 

En guise d’effets personnels, Fatimetou est venue à la police, chaussée et habillée simplement d’une jupe, d’un soutien gorge et d’un voile léger. Du domicile de ses employeurs, son «oncle» lui a rapporté, à la Gendarmerie, un petit baluchon contenant trois voiles, une jupe, un pagne et une paire de chaussures légères en plastique. Il faut noter que ni à la police, ni à la gendarmerie, il n’a été procédé à une confrontation entre Fatimetou, enfant mineur qui se plaint de mauvais traitements (bastonnades, enfermement, salaires non payés) et son employeuse qui, de son coté, est venue l’accuser de plusieurs vols dont le dernier serait un collier, l’accuse de s’être livrée à la débauche et la soupçonne même de grossesse, tout cela sans en avoir jamais saisi la police auparavant !

 

 

d ) enlèvement, séquestration et disparition

 

d – 1 ) Taher Ould SIDNA

 

Madame Fatimétou Mint Taleb Ould JARRA et son frère jumeau, Abdel Maleck Ould Taleb Ould JARRA sont venus demander à notre organisation aide et assistance pour retrouver leur fils et neveu, Taher Ould SIDNA, né en 1985 à Monguel, Wilaya du Gorgol. Ce dernier aurait été pris au domicile de sa mère à Kaédi, et amené à l’insu de celle-ci, depuis le mois d’août 1999, par le sieur Yarba Ould Ely BEÏBA, un ancien haut fonctionnaire et notable tribal.

 

Fatimétou Mint TALEB est une paisible hartaniya, née à Moït, dans le département de Monguel ( Wilaya du Gorgol ), appartenant à la tribu Lemtouna, veuve-mère de trois enfants, dont deux jumeaux. Le frère jumeau de Taher étant décédé très jeune, Alioune, l’aîné des enfants, âgé de vingt et un ans, à la recherche d’un travail, avait rejoint son oncle, à Nouakchott, où il es actuellement employé dans une boulangerie. Aussi, Fatimétou n’avait auprès d’elle, à Kaédi, que Taher. Avec son fils, elle subsistait de son propre travail de vendeuse de charbon de bois, du maigre produit de son petit champ ainsi que du soutien en argent envoyé de temps à autres, de Nouakchott, par Abdel Maleck le frère et par Alioune l’autre fils.

 

Yarba Ould ELY BEÏBA est une personnalité bien connue, dans tout le pays, pour avoir occupé de hautes fonctions dans l’administration mauritanienne, jusqu’à son admission. En effet, M. Yarba, un des premiers policiers de la Mauritanie indépendante, a gravi tous les échelons de la hiérarchie ; inspecteur puis commissaire, il a servi dans tous les coins du territoire ; il assura, pendant plusieurs années, la redoutable fonction de directeur général de la sûreté nationale, pour finir sa carrière gouverneur de région.

 

Selon Fatimétou, M. Yarba ne résistait jamais à la tentation d’exploiter Taher, comme domestique, avec le vieil et cynique argument de la «parenté». Cette prétention-là repose sur le fait que le père de Taher, Sidna Ould BEUROU, décédé en 1991, était l’esclave de Yarba. Taher était en 6ème année de l’école primaire et, toujours selon sa mère, il se préparait à l’entrée en première année du secondaire, dés l’ouverture scolaire d’octobre 1999.

 

Ayant appris au retour des champs que Yarba a emporté Taher dans son domaine à Monguel, et ne pouvant elle-même se rendre sur place, elle lui fait dire, par l’intermédiaire de personnes devant se rendre dans cette localité, de lui ramener son fils. Par la suite, elle l’aurait sommé, elle-même et à plusieurs reprises, de lui rendre Taher. Yarba n’ayant jamais obtempéré, il finit par lui dire, en octobre, que son fils était mort. Elle s’est rendu au bureau du Procureur de la République à Kaédi, pour porter plainte contre Yarba Ould ELY BEÏBA, l’accusant d’avoir enlevé son enfant sans son autorisation et l’avoir fait disparaître. Le procureur la reçut, l’écouta et lui demanda d’aller chercher un homme, parmi ses proches, pour la cautionner. Ce magistrat, comme la plupart des juges de droit musulman en Mauritanie, considère que les femmes sont mineures devant la loi.

 

Fatimetou fit appel à son frère, Abdel Maleck, résident à Nouakchott. A l’arrivée de son frère, le 7 décembre à Kaédi, elle se représenta, en sa compagnie, devant le Procureur qui les renvoya au commissariat de police pour l’enregistrement de la plainte. Au commissariat de police de Kaédi, la déposition de Fatimétou contre Yarba Ould ELY BEÏBA aurait été entendue et enregistrée, après une longue attente et des allées et venues, le samedi 10 décembre 1999. Toujours selon Fatimétou, elle s’est rendue, depuis cette date, presque quotidiennement au commissariat de police, pour demander des nouvelles de son fils et la suite réservée à sa plainte. Elle attendra, en vain, pendant deux mois.

 

Le 23 janvier 2000, Fatimétou et son frère Abdel Maleck ont choisi de soumettre leur problème à notre organisation et pris contact avec son président, auquel ils ont fait les révélations, ci-dessus ; ils ont aussi sollicité notre assistance, pour obtenir la restitution de leur enfant vivant, ou s’il est mort, justice et réparation.

 

Le 24 janvier 2000, le Président de SOS.Esclaves a introduit Fatimétou et son frère auprès du Ministre de la Justice qui, après les avoir reçus et écoutés, a saisi le Procureur Général, pour faire procéder à une enquête, sur place, à Kaédi et Monguel. Le Ministre a demandé, à la plaignante et à son frère, de lui donner le temps d’avoir les informations sur la situation exacte de l’enfant ; il leur recommanda de revenir le voir, en fin de semaine, le 26 janvier. Le Ministre n’a reçu Fatimétou et son frère que le 30 janvier, sur intervention du Président de SOS.Esclaves, qui les accompagnait, également, ce jour-là. Tout en reconnaissant qu’il lui a été confirmé que Taher Ould SIDNA était effectivement pris par Yarba, le Ministre a souligné qu’il n’avait pas encore les informations suffisantes sur cette affaire ni sur la situation exacte de l’enfant. Il ajouta que l’enquête a été confiée à la gendarmerie de Monguel. Aussi, le Ministre a fixé un nouveau rendez-vous, au jeudi 10 février.

 

Le 10 février, Fatimétou et son frère, accompagnés du président de SOS.Esclaves, ont été reçu, successivement, par le Ministre de la Justice et par le Procureur Général près la Cour Suprême à Nouakchott.

 

Le Ministre leur annonce que le rapport établi après enquête fait ressortir que «Taher Ould SIDNA est effectivement mort le 12 octobre 1999, dans les locaux du centre de santé de Monguel, où il était admis souffrant d’un neuro - paludisme cause de son décès.»

 

Pour connaître ce rapport, dans les détails, et en recevoir une copie, le Ministre demande à Fatimétou et à ceux qui l’accompagnent de se présenter au bureau du Procureur Général qui les attend à cet effet. Ils s’y rendirent, directement en sortant de l’audience du Ministre. Dès qu’ils furent introduits, le Procureur Général ouvrit une chemise contenant trois documents distincts qu’il  lut à Fatimétou, Abdel Maleck et Boubacar O/ Messaoud, Président de SOS-Esclaves :

 

-          un rapport en arabe ,d’une page et demi, établi par le Procureur de la République de Kaédi ;

-          un document d’une page manuscrite en français dénommé Rapport d’expertise médicale.

 

Ce document, daté du 04/02/2000 est établi et signé par l’infirmier-major du centre de santé de Monguel, Mamadou Seydou dit Lamine (... ), la suite du nom étant illisible ;

 

-          une attestation en arabe établie par le médecin responsable du centre datée, également en date du 04/02/2000.

 

Fatimétou et son frère n’ont pas manqué de contester, avec véhémence, devant le Procureur Général, plusieurs informations contenues dans le rapport du Procureur de Kaédi, notamment ce qui concerne la prétendue parenté entre son fils Taher et Yarba Ould ELY BEIBA et le fait que l’éducation de Taher était prise en charge par Yarba. Après discussion, Fatimétou maintient ses déclarations, à savoir que son fils a été enlevé par Yarba qui l’a pris chez elle pendant son absence et l’a fait disparaître, qu’ elle n’a jamais entendu parler de son neuro - paludisme et qu’elle conteste la thèse du décès pour cause de maladie ; elle entend poursuivre Yarba Ould ELY BEIBA pour l’enlèvement et la mort de son fils.

 

Le Procureur Général consentit à remettre à Fatimétou, uniquement les photocopies, d’ailleurs illisibles, des deux derniers documents établis par l’infirmier-major et le médecin - chef de la circonscription médicale de Monguel.

 

En ce qui concerne le rapport du procureur de Kaédi, le Procureur Général a souligné que ce document, étant interne et donc confidentiel, ne peut être remis à Fatimétou ; il a précisé, concernant la plainte, que Fatimétou devra la déposer à son bureau.

 

Fatimétou a demandé à S.O.S.-esclaves de continuer à l’assister, pour faire toute la lumière sur les violations flagrantes et criminelles dont son enfant a été victime et engager les poursuites, contre leur auteur, devant les tribunaux, afin d’obtenir justice et réparation. Dans ce sens, l’organisation a contacté deux avocats défenseurs des droits de l’homme qui s’engagent, avec nous, à lui apporter gratuitement leur assistance dans cette affaire.

 

 

d – 2 ) Teslim Mint Soueilim et ses enfants

 

Les derniers jours du mois de septembre 2001, ont été marqués par les rebondissements d’une cession d’esclave, survenue à Atar, capitale de la wilaya de l’Adrar. Depuis le 21 septembre, SOS Esclaves est saisie de ce dossier, dont elle a suivi, jusqu’au bout, le développement. Pendant deux semaines, un groupe parmi nos militants a accompagné les frères et le mari de Teslim, dans leurs démarches, en vue de la faire sortir, ses enfants et elle, de la cour de son prétendu maître, auprès duquel elle s’était rendue librement et qui les aurait retenus par la contrainte.

 

Teslim Mint Soueilim, aujourd’hui âgée de 35 ans, avait été offerte, à son insu, dés l’age de 10 ans, pendant la guerre du Sahara, au grand notable religieux Ely Cheikh Ould Moma. M. Abdallahi Ould Oumar, soldat de l’Armée Nationale, alors blessé lors de l’attaque de Aïn Bin Tili, aurait promis de consentir ce cadeau, au grand marabout dont il était le disciple, si ce dernier parvenait à lui assurer la guérison et la vie sauve à l’issue de la guerre. En 1984, définitivement rescapé, il écrivit une lettre dans laquelle il informait Teslim et sa famille qu’il confirmait son engagement envers Ely Cheikh Ould Moma.

 

L’information avait circulé à l’époque mais les parents de l’intéressée n’y ont prêté qu’une attention relative, tant que leur fille demeurait chez eux. En 1992, Ely Cheikh leur a envoyé un émissaire, porteur d’un courrier à Teslim, pour réclamer son dû mais la démarche resta sans suite. Entre temps, Teslim s’est mariée et donné naissance à sept enfants.

 

Cette affaire s’est enclenchée après que Teslim, résidente à Nouadhibou avec son mari, a décidé de se rendre, avec ses enfants, à Zouerate pour visiter sa mère, puis à Atar pour y voir son frère, Déhim Ould Soueilem , résident à Tawaze (environ 17 km d’Atar). Elle avait laissé ses enfants sevrés en compagnie de leur grand-mère.

 

A partir d’Atar, où elle est arrivée avec son dernier-né, El Hassen, âgé de quelques mois, il s’avéra que le départ de Teslim, risquait d’être sans retour : Le doute fut levé, lorsqu’elle envoya un message à sa mère, qui se trouvait à Zouerate, de lui expédier tous les enfants, à Atar. Elle expliquait sa demande par le fait de n’être plus autorisée à quitter la cour de Ely Cheikh Ould Moma. Elle y était rentrée, selon tous les témoins, le 8 ou le 9 août, pour n’en sortir que le 1ier octobre, grâce à l’intervention des représentants de l’Etat et après une épreuve de force avec le puissant Ely Cheikh. Jusqu’à ce jour, les circonstances exactes de l’entrée de Teslim dans la cour du notable demeurent obscures. SOS Esclaves n’a pu les établir avec certitude.

 

Devant cette situation, Kenina Mint Mahmoud, mère de Teslim, choisit de la rejoindre avec les enfants, laissant derrière elle, Nass’ra Mint M’Boïrik fille aînée de Teslim, née en 1980 à Nouadhibou.

 

Kenina est donc arrivée, dans la cour de Ely Cheikh, en compagnie de cinq (5) enfants de Teslim, dénommés:

 

Mohamed Ould Isselmou Ould Bilal, né en 1983 à Nouadhibou

M’Leikhir Mint Isselmou Ould Bilal, née en 1986 à Nouadhibou

Mahmoud Ould Isselmou Ould Bilal, né en 1993 à Nouadhibou

Maata Ould Isselmou Ould Bilal, né en 1996 à Nouadhibou

Ibrahim Ould Isselmou Ould Bilal, né en 1998 à Nouadhibou

 

A son arrivée, elle s’adressa directement à Ely Cheikh Ould Moma qui retenait sa fille. Celui-ci l’informa que Teslim est son esclave, depuis la guerre du Sahara, parce qu’elle lui avait été cédée par l’ancien maître, Abdellahi Ould Oumar, ex- adjudant chef de l’armée nationale, (il est allé à la retraite au mois de février 2000, après 35 ans de service) appartenant à la tribu Mechdhuf de l’Adrar, fraction Limba’Ja ; son frère aîné, A’Lenatt Ould Oumar serait le chef actuel des Mechdhuf de l’Adrar.

 

Par conséquent, Ely Cheikh Ould Moma décide que Teslim et ses enfants devraient rester auprès de lui. Le Cheikh parvint à convaincre Kenina de retourner à Zouérate et de lui envoyer Nass’Ra, qu’il veut voir. Son exigence fut satisfaite : Nass’ra arriva à Atar, accompagnée de S’Ghair Ould Ahaïmed, son mari.

 

Et de cette situation, Kenina informa les frères de Teslim, Selman Ould Soueilem (docker à Nouadhibou), Ahmed Ould Soueilem (ouvrier mouleur à Zouérate) et Mohamed Ould M’Boïrik (instituteur à Zouérate). Isselmou Ould Bilal (ouvrier maçon à Nouadhibou), le mari de Teslim, détenteur de la Carte Nationale d’Identité n° 0115 CP NDB, établie le 14 / 9 / 94 à Nouadhibou, fut aussi mis au courant de l’appropriation de sa femme et de ses enfants par Ely Cheikh Ould Moma.

 

Aussitôt informés, les frères se rendirent, à Atar, le 20 septembre 2001. Ils seront rejoints par Isselmou Ould Bilal, arrivé le 24 septembre 2001. Ensemble, ils tentèrent de rencontrer l’illustre Ely Cheikh Ould Moma, qui accepta de les recevoir, au prix d’une longue insistance. Il leur déclara que la personne et ses enfants, qu’ils viennent chercher, sont bel et bien sa propriété, comme cadeau, fait à lui, par l’un de ses disciples, ancien maître de Teslim. Ely Cheikh leur déclara que le mariage de Teslim et celui de sa fille, contractés hors de son consentement, sont des actes non avenus, car illégaux au regard de la Charia.

 

Dès lors, les frères et le mari de Teslim décidèrent de porter l’affaire devant les autorités judiciaires et déposèrent une plainte auprès du Procureur de la République, signée par Isselmou Ould Bilal, en date du 30 septembre 2001, dans laquelle il rend compte de leurs vaines démarches auprès de Ely Cheikh Ould Moma et des allégations de ce dernier.

 

A la suite de cette plainte, le Procureur, Monsieur Dah Ould Sidi Yahya porta l’affaire au niveau du Wali, puis au niveau du Ministère de la Justice, en présence des plaignants, auxquels il demanda de patienter durant deux jours afin qu’il puisse trouver une solution au problème.

 

Quant au Wali, M. Mohamed Ould Didi, après avoir reçu copie de la plainte, il refusa de s’entretenir avec les plaignants au motif qu’il n’a rien à leur dire mais qu’il s’occupera de régler le problème.

 

C’est ainsi que le 1ier  octobre 2001, à 15h 30, les autorités officielles en les personnes du Procureur et du Directeur Régional de la Sûreté, firent sortir la femme esclave et ses enfants, de la cour du Cheikh. Il s’agit d’un domaine privé qui accueille, par an, des milliers de visiteurs dont une majorité de gens simples, mais aussi des hommes d’affaires, des hauts fonctionnaires, des officiers des forces armées et de la police. L’autorité de l’Etat s’arrête aux portes de cette demeure vénérée par de nombreux fidèles partout en Mauritanie. Des gardiens, généralement non armés, veillent aux entrées et sorties.

 

Au deuxième jour, après la libération de Teslim et ses enfants, le Procureur de la République et le Directeur régional de la sûreté, tentèrent de convaincre les plaignants de l’inopportunité de la plainte, puisque l’affaire était réglée et que le Cheikh aurait démenti qu’il s’agissait d’un cas d’esclavage. Selon les autorités, Ely Cheikh Ould Moma prétend que Teslim et ses enfants ne sont que des disciples venus à la cour comme le font tous leurs semblables.

 

Voilà une femme et ses sept enfants qui, sans la fermeté de ses parents et l’insistance de son époux, assistés et encouragés par El Hor et S.O.S Esclaves à Nouadhibou et Atar, seraient restés enfermés, comme serviteurs involontaires, chez ce grand Cheikh que tout le monde respecte ou craint.

 

Ici, une fois encore, la justice s’est bien gardé, comme dans tous les cas d’esclavage qui lui sont soumis, de procéder à la confrontation des plaignants avec les accusés. Le parti-pris des autorités, visant à nier l’existence de l’esclavage en Mauritanie, relève de la raison d’Etat et peut aller jusqu’à couvrir des crimes, pourtant manifestes.

 

Face à ce problème précis, l’attitude de l’administration a revêtu un caractère d’hésitation et de duplicité, procédant de la volonté du silence et du reniement d’un anachronisme social qui affecte encore notre société.

 

Le présent cas illustre clairement que cette forme d’exploitation et de mépris de l’homme continue de prévaloir encore dans notre pays. Que dire alors, des milliers d’autres parias, dont des victimes «consentantes» ou intimidées, qui ne trouvent aucun secours auprès de la loi? L’absence de la moindre mesure pénale rend aléatoire la dissuasion des actes esclavagistes, d’autant que la majorité du personnel dirigeant au sein de l’appareil d’Etat se recrute parmi les tribus des anciens maîtres, un milieu sociologiquement connivent et soudé par la conscience forte de ses intérêts, garantis par un système de domination multiséculaire.

 

 

Dans ce domaine comme dans d’autres, l’on se trouve froidement confronté à cette culture de l’impunité qui distingue la Mauritanie de son environnement sahélo-maghrébin.

 

Le cas de Teslim démontre qu’il ne suffit pas  d’une abolition officielle, ni de déclarations de conformité aux droits humains, pour mettre un terme à l’esclavage. Un esclave peut se trouver géographiquement très éloigné de son maître et continuer à subir son influence. C’est pourquoi, la solution des cas avérés nécessite qu’il y ait échange contradictoire et dialogue entre les victimes et les auteurs. Pendant que cela est possible, la société entière apprendrait, ainsi, à neutraliser ses démons potentiels. La lutte pour l’égalité des mauritaniens n’en sera que plus pacifique, sincère et efficiente.

 

 

e ) - dépossession de terres

 

Aujourd’hui, en Mauritanie la terre, est à l’origine de conflits nombreux et parfois sanglants entre les Maures blancs ( bidhanes ), maîtres et donc détenteurs des terres – et les h’ratines qui les cultivent. Cette situation conflictuelle est entretenue et attisée par le manque de volonté manifeste des autorités qui rechignent à appliquer la loi relative au patrimoine foncier. En effet, cette loi stipule que l’Etat est le propriétaire unique de la terre non exploitée. Mais dans la pratique, l’unicité de la propriété étatique préserve les règles foncières traditionnelles qui attribuent la terre aux maîtres.

 

Par conséquent, l’esclave se voit exclu, car relevant de la catégorie des biens du maître, il ne peut avoir de patrimoine propre. Cette dangereuse pour la paix civile nourrit, aujourd’hui, dans toutes les zones agricoles, de fortes tensions. Nous allons en citer quelques épisodes.

 

 

e – 1 ) Ehel Bangueit

 

Il s’agit d’un conflit foncier dont les causes sont controversées et contraires au bon sens.

 

Le conflit concerne la famille Bangueit, dont l’arrière - grand-père Sidi Ould SAMBA NIARKA avait défriché un terrain non occupé à l’époque, situé dans la «Coula» de Bella d’Olo Logo. Ce terrain de culture fut dénommé le «champ de Laoueja». Il avait été hérité par plusieurs descendants de Sidi Ould SAMBA NIARKA qui continuèrent à l’exploiter en tant que propriété familiale, cela sans jamais faire l’objet d’une quelconque réclamation par une personne tierce.

 

Mais, les jours et les nuits passant, il arriva que Sid’Ahmed Ould El Bar, se considérant le maître du grand-père de la famille Bangueit, se mit à revendiquer la terre de ces derniers, en vertu du droit coutumier, qui fait du maître l’héritier de son esclave.

 

En fait, Sidi Ould SAMBA NIARKA était l’esclave de Mohamed Ould Limam, grand père maternel de Sid’Ahmed Ould El Bar. Agé d’environ 25 ans, Sid’Ahmed Ould El Bar réside à Agchourguit et appartient à la tribu Djeidjba, fraction Tchfagha Bréhim ; selon les frères Bangueit, il est poussé et soutenu par son oncle, Mohamedou Ould El Bar, commissaire principal de police, actuellement directeur régional de la Sûreté Nationale à Sélibaby (capitale de la wilaya du Guidimagha) qui serait le véritable instigateur de cette tentative de spoliation.

 

C’est ainsi que, même après l’abolition de l’esclavage en 1980, les autorités administratives (Préfet)  et judiciaires (Cadi) se rangèrent du côté du maître, renforçant ainsi la tendance à trouver une solution dilatoire au conflit, selon l’un ou l’autre de ces deux cas de figure :

 

-dans le pire des cas, déposséder la famille Bangueit au profit de Sid’Ahmed Ould EL BAR, au seul motif qu’il est le petit fils du maître de leur grand père maternel ;

 

-dans le meilleur des cas, imposer le démembrement de la terre, afin d’en attribuer une part au maître, comme le stipule implicitement la loi 127/83.

 

Mais du fait que l’un des fils de la famille Bangueit récusa toute forme d’arrangement au détriment de sa famille, un jugement du cadi fut rendu à Aleg (capitale de la Wilaya du Brakna), à l’avantage de Sid’Ahmed Ould El Bar.

 

Et le Préfet, voulant faire semblant de respecter certaines formes préalables au jugement, décida de mener une enquête sous la conduite de la gendarmerie. Le procès verbal (n° 678IBGI96) de la dite enquête serait globalement favorable aux Bangueit. Le Préfet demanda à la gendarmerie de reprendre l’enquête qui donnera, cette fois-ci, un résultat inverse, donc à l’avantage du maître.

 

Le refus du fils de la famille Bangueit, le Caporal Brahim Ould Bangueit, d’accepter les résultats de la dernière enquête, a servi comme prétexte, au Préfet, pour le jeter en prison, avec cinq de ses frères et confier le champ à une personne tierce.

 

Faute d’autres recours, le Caporal Brahim Ould Bangueit, se résout à prendre contact avec SOS Esclaves, qui l’aida à mener de très importantes actions, dont deux audiences avec le Ministre de la Justice ; Ces entrevues ont permis le transfert du dossier au Procureur Général auprès la Cour Suprême, qui recommanda à Brahim, au terme de deux mois écoulés, d’introduire une plainte auprès du Procureur d’Aleg, pour réexamen de l’affaire en suspens. SOS Esclaves a mis Brahim Ould Bangueit en relation avec un avocat militant, pour lui rédiger la plainte et l’assister devant la justice.

 

 

e – 2 ) Mamadou Ould Bilal

 

«Je me nomme Mamadou ould Bilal. J’avais des terres, que j’exploitais depuis longtemps, à Achram ( wilaya du Tagant ). Le 2 août 1995, Mohamed Lemine Ould Hadrami, son frère Henoune Ould Hadrami, ses deux fils Henoune Ould Mohamed Lemine, Abderahmane Ould Mohamed Lemine et un nommé Sid’Ahmed Ould Sid’Ahmed, sont venus me voir. Mohamed Lemine et son frère étaient, chacun, armés d’un fusil. Tous sont des guerriers, tribus Abakak, fraction Oulad Khayar et parents de l’Emir du Tagant. Mohamed Lemine Ould Hadrami me somma de quitter les terres immédiatement ; j’avais bien vu les armes que ces gens pouvaient bien utiliser contre moi mais je n’avais l’intention ni de quitter mon champ, ni d’abandonner cette terre, à qui que se soit ; aussi, je fis celui qui n’a rien entendu. A quelques mètres de moi, Mohamed Lemine Ould Hadrami se couche et me tire dessus. J’ai été touché au tibia. Ayant accomplit leur forfait, ils se retirent ; Alertés par le coup de feu, les gens arrivent et appellent les gendarmes. Ceux-ci conduisent les belligérants à Moudjeria. L’affaire va jusqu'à Aleg (capitale de la Wilaya du Brakna, frontalière du Tagant). Mohamed Lemine Ould Hadrami et son frère furent arrêtes et écroués ; ils n’ont dû leur libération qu’au versement d’une caution de 100 000 UM.

 

Par la même occasion, le wali interdit l’exploitation de cette terre. Mais Mohamed Lemine Ould Hadrami ne s’avoua pas vaincu ;il envoya des gens pour la cultiver. Je saisis le Préfet, un certain Bâ, lequel dit que les terres appartiennent à Mohamed Lemine Ould Hadrami. »

 

 

e – 3 ) Ahmed Ould Mohamed Salem

 

En 1982, deux maîtres, en l’occurrence Mohamed Lemine O/ Hadrami maître du père et Teyeb O/ Mohamed Lemine O/ Amar maître de la mère, sont venus pour prendre leur terre. Le couple refusa de se laisser faire.

 

«Moi, Ahmed Ould Mohamed Salem je me plains, ici, contre Mohamed Lemine Ould Hadrami de la tribu d’Ehel Khayar et Tiyeb Ould Mohamed Lemine de la tribu Tejekante.

 

Mes parents et moi cultivions une terre vierge que nous avions défrichée. Nous y avions planté des clôtures, des palmiers et y vivions en paix. En 1978, Mohamed Lemine O/ Hadrami (le maître de notre père) armé d’un fusil, était venu prendre 6 vaches, 60 chèvres, un chameau et la production de plusieurs palmiers dattiers qui nous appartenaient. Nous n’avions pas réagi, habitués à ces prélèvements.

 

Au début, nous lui avons acheté un lopin de terre de 200 coudées, dont la moitié appartient à mon père Mohamed Salem et l’autre moitié à ma mère Aîcha mint Mohamed Salem

 

Pour les animaux, Mohamed Lemine Ould Hadrami estima qu’il s’agit de biens de son esclave qui lui reviennent, donc, de plein droit.

 

Le champ, acheté par ma mère, figure sur un papier d’acquisition, fait par Mohamed Yahya Ould Cheikh El Housseine, un notable reconnu et homme de parole. Ma mère l’avait confié à son maître Teyeb Ould Mohamed Lemine Ould Amar qui l’a égaré délibérément.

 

En 1982, les maîtres de mon père et de ma mère, en l’occurrence Mohamed Lemine Ould Hadrami et Teyeb Ould Mohamed Ahmed dirent que le champ de ma mère était pour son maître et la moitié de l’autre champ, celui de mon père, appartient à Mohamed Lemine Ould Hadrami. Mes parents ont refusé et les maîtres ont porté plainte chez le Préfet Kane à Moudjeria qui les a renvoyés vers le cadi. Ce dernier a tranché en faveur des maîtres. Le Préfet, à son tour, suivit ce verdict. Apres quelques temps, en mon absence, les maîtres ont apporté le jugement en question. C’est alors que j’ai fait appel devant la justice ; l’affaire reste pendante.»

 

 

e – 4 ) Merzoug Ould Soueilim Ould Ely Ould Blal

 

Ce rapport est relatif à un litige sur des terres de culture, objet d’exploitation par le même groupe de h’ratines, constitué de certains parmi ceux qui les auraient défrichées, il y a près de cinquante ans, auxquels s’ajoutent les descendants de ceux qui sont morts entre-temps. Merzoug Ould Soueilim, âgé de 65 ans environ, son frère ainé M’Bareck (décédé) et leur mère aujourd’hui vieille et impotente, sont les premiers à y cultiver, tous les ans, depuis bien avant l’accession de la Mauritanie à l’indépendance, leur champs de mil, de mais et de haricots. Maintenant, avec les moyens d’irrigation, ils y font pousser des légumes et plantent des palmiers dattiers.

 

Les terres de culture sont situées à une douzaine de kilomètres au sud-est de Chegar Gadel, sur la rive gauche de Wad Labiad ( Gorgol Blanc, cours d’eau de pluie ) qui se prolonge dans la wilaya de l’Assaba ; la rive droite appartient à celle du Brakna (Département de Magta Lahjar). Il faut noter, qu’en face, sur cette rive droite, les terres sont exploitées en co-propriété, par les mêmes h’ratines et ne font pas encore objet d’une contestation. On est en présence d’un de ses nombreux cas survenant chaque année, particulièrement dans ces deux régions, où des h’ratines qui ont trouvé des terres sauvages les ont mises en valeur et en tirent leur nourriture depuis des dizaines d’années, pour ne pas dire simplement pendant des générations. Du jour au lendemain, ils se trouvent menacés dans leur droits de propriété et interdits d’exploiter la terre.

 

Ces informations ont été recueillies, à Nouakchott auprès de Didi, un ressortissant de Chegar Gadel et confirmées par Merzoug, sur les terres en litige, à Wad Labyad ;

 

Il s’agit d’une bande de terre longue d’environ 3 km et demi avec une largeur variable de 80 m à 300 m exploitée en co-propriété indépendante, depuis plus de cinquante ans, par des familles h’ratines, établies d’est en ouest selon l’ordre suivant :

 

Balla Ould Rabya,

Biram Ould Rabya, décédé

Mohamd’El Abd Ould Yarg,

El Id Ould M’Bareck,

Bilal Ould Bahat, décédé

Boilil Ould M’Bareck, décédé

Ahmed Salem Ould M’Bareck, décédé

Merzough Ould Salim,

M’Bareck Ould Salim,

Merzough  Ould Kmoyche,

Djiby Ould Ely;

 

Tous appartiennent à la tribu Tagatt , fraction des Idawach, connue à la fois pour sa religiosité ainsi que ses pratiques esclavagistes particulièrement rigoureuses.

 

Cette communauté h’ratine, selon les membres interrogés, assume totalement sa liberté depuis 1980. Ils n’obéissent plus à la féodalité tribale de laquelle ils vivent séparés dans l’adebaye de Chegar Gadel. Ils ont donné mandat à Merzoug, leur doyen d’âge et militant anti-esclavagiste de la première heure, connu dans toute la région, pour avoir défendu leurs terres.

 

Ces terres, relativement fertiles, leur ont été contestées, en 1956, au temps de la colonisation française, par un maure blanc ( bidhani ) de la tribu des Tiyab, qui était venu s’établir en dressant sa tente, sur les terres défrichées et mises en valeur par les seuls h’ratines ; ce conflit s’éternisa pendant quelques années, mais les h’ratines tinrent bon. A cause de cela, Merzoug fut même arrêté par les gendarmes, sur ordre du préfet, et détenu quelques jours. Enfin, une Jemaa7 les avait amenés à un accord, dont Merzoug détient encore le texte dans lequel il serait précisé ceci :« les h’ratines concédaient au dénommé Mohamed Djéry Ould Ahmed Deida, qui l’accepte, le petit lopin de terre sur lequel il avait édifié sa demeure à la limite sud-ouest du domaine». Ce monsieur a depuis longtemps quitté les lieux et n’a plus fait parler de lui.

 

Il est parti, il y a exactement dix sept ans, précise Merzoug. Mais voilà que survient Mohamed Ould Brahim Ould Jidou, autre bidhani, de la tribu Kunta, qui, à son tour, prétend que les terres lui appartiennent.

 

Dans ses tentatives de s’en emparer il s’est même livré à des actes de vandalisme sur des jeunes palmiers. En effet les premiers palmiers plantés seraient tous morts parce que Mohamed Ould Brahim, pendant les périodes d’absence de Merzoug, les arrosait à l’eau bouillante. Au passage de mission de SOS Esclaves, les traces du feu pour faire chauffer l’eau sont encore visibles près des pieds de palmiers asséchés.

 

Mohamed Ould Brahim Ould Jidou aurait, dans un premier temps, réussi à obtenir des autorités locales de Barkéol (wilaya de l’Assaba) la décision d’appliquer un vieux jugement datant de la période coloniale et dont on ne disposait que d’une version en arabe, laquelle serait la traduction de l’arrêt original rédigé en langue française, aujourd’hui introuvable !!!!

 

Il réclamait la délimitation de sa propriété, dans quoi il englobe le domaine de Merzoug et de ses compagnons. Mais lorsque l’on a regardé ce document de plus près, les limites de la propriété n’étaient pas indiquées ; à ce fait, s’ajoute que les terres de culture des h’ratines de Chegar Gadel et celles occupées par Mohamed Ould Brahim Ould Jidou sont éloignées de quelques kilomètres occupés et exploités par des personnes tierces !!!

 

Le calcul de Mohamed Ould Brahim est simple : dans cette zone qu’il veut annexer, le seul qui peut lui tenir tête est Merzoug ; quant celui-ci sera chassé des terres, les autres ne constitueraient pas de problème d’autant que la délimitation réclamée par lui engloberait automatiquement tout ce qui se situe entre Merzoug et lui.

 

C’est ainsi que le Préfet n’a pas voulu faire procéder à une délimitation sans données de base et avait fait remettre à Merzoug copie du document.

 

Dans la première quinzaine du mois de juillet 2001, Merzoug s’était rendu à Kiffa, pour y rencontrer les autorités régionales. Ainsi, il a présenté le document aux Procureur de la République et au Wali ; selon lui, les autorités auraient, par la suite, reconnu que Merzoug et les siens doivent rester sur leur terres et cultiver comme par le passé. Les prétentions de Mohamed Ould Brahim, fondées sur une traduction d’un arrêt relatif à un domaine non délimité, ne seraient donc pas recevables.

 

Hier, ils étaient maîtres de la terre parce qu’elle était défrichée et cultivée par leurs esclaves incontestés ; aujourd’hui, malgré une abolition formelle que leur système a concédé, ils veulent demeurer maîtres des «anciens esclaves» et même en soumettre de nouveaux parce qu’ils se considèrent «propriétaires naturels et à vie» de la terre et des autres moyens de production dans le pays.

 

 

f ) Captation d’héritage et usurpation de propriété.

 

f – 1 ) Mijrya Mint SEN’VAA et ses filles

 

L’affaire concerne le cas de figure où, à la mort d’un des conjoints esclaves, les enfants et l’autre conjoint sont exclus de l’héritage. Ceci est une règle appliquée, aujourd’hui, dans les campagnes et à la ville ; le respect de cette pratique esclavagiste est présenté par plusieurs notables religieux, imams et cadis traditionnels, comme le devoir de tout bon musulman. Elle est une application du principe en vertu de quoi, en aucun cas, l’esclave n’a le droit d’hériter. Dans le cas présent, le défunt était homme libre alors que son épouse et leurs sept filles sont, à l’exception de l’aînée, de statut esclave, parce que leur mère l’était à leur naissance.

 

Abdi Ould Baboya décède des suites d’une longue maladie. Alors, son frère cadet, El Hassen, après consultation du cadi traditionnel de la localité, procède, en sa qualité d’héritier libre, au partage des biens entre lui-même, ses autres frères et ses sœurs, leur mère et la fille aînée de Abdi, celle-là ayant été affranchie par rachat auprès du maître. Dans la Mauritanie traditionnelle, un esclave pouvait acheter sa liberté, en contrepartie de biens offerts au maître ; cela arrive encore de nos jours pour sortir du statut d’esclave et devenir un affranchi.

 

La veuve de Abdi et ses filles de statut esclave sont donc évincées de la succession. Cette spoliation s’est faite, de façon naturelle au mois de juin 2001, dans le village de Louass’a, à quatre vingt kilomètres de Magta-Lahjar ( Wilaya du Brakna ), sans que personne n’élève la moindre protestation. Par ailleurs, l’usurpation a été perpétrée, avec la bénédiction du cadi traditionnel de Ouneidje, Mohamed Cheikhna Ould Mohamed Lemine, de la tribu Lemtouna, issu d’une famille dont les descendants seraient de grands juges de droit musulman, respectés et reconnus, par tous, dans la région. Il a consigné, sur une feuille remise à El Hassen Ould Baboya, la répartition des biens entre Mahjouba, ses oncles, El Hassène, Brahim, Radhi, ses tantes Khouédej, Salka, Oumslama et Messouda Mint Bougouffa, sa grande mère paternelle, précisant ce qui revient à chacun. il concéda à la veuve, pour rétribuer sa peine dans l’entretien et le gardiennage des animaux, une brebis et trois chèvres.

 

Les faits ont été rapportés à un militant de l’organisation, Joumoua Ould Maissara, originaire de Louass’a.

 

Le Bureau Exécutif s’est saisi de l’affaire et envoya, sur les lieux, à environ quatre cents kilomètres de Nouakchott, une mission, pour convaincre la veuve de protester et lui proposer de l’accompagner partout où cela est nécessaire, afin qu’elle obtienne l’annulation de cette captation d’héritage dont ses enfants et elle subissent l’injustice flagrante.

 

La mission s’est rendue à Magta Lahjar, Louass’a et Ouneidje. Les militants ont retrouvé Mmijriya Mint Sen’Vaa qui leur a confirmé les faits relatifs à la captation d’héritage. L’événement lui paraissait normal ainsi qu’à la communauté parmi laquelle elle vit, où les esclaves sont de tous temps exclus de l’héritage. Les militants lui ont expliqué que, de nos jours, ce que les frères de son défunt mari ont fait est illégal, que l’esclavage est interdit sous toutes ses formes sur toute l’étendue du territoire de la Mauritanie, qu’en conséquence elle et ses enfants, sans exception, ont droit d’hériter. La mission a convaincu Mijriya et l’a décidée d’aller auprès des autorités judiciaires officielles du département, pour contester cette exclusion illégale.

 

Mijriya, accompagnée des militants de SOS-Esclaves, a rencontré le Président du tribunal départemental de Magta Lahjar, un juge qui serait à ce poste depuis huit ans. Tout de suite après le récit des faits, Mijriya a posé au magistrat la question de savoir si, oui ou non, elle et ses enfants ont des droits sur l’héritage. Dans un entretien d’une vingtaine de minutes, pendant lequel Mijriya insistait pour obtenir une réponse, il a tenté de la convaincre d’accepter ce qui est fait ; sans en avoir l’air, il a fait la remarque suivante qui se passe de commentaire : «pour que nous soyons corrects, nous devons respecter ce que Dieu a dit», traduction libre de «Iyak e n’oudou mwothgha nahtarmou zaak elgal moulana». Sans jamais dire que l’esclavage est légal, il a rendu hommage à la famille de Ehel Mohamed Lemine (dont est issu le juge traditionnel qui a légalisé l’usurpation ) ses grandes connaissances et la valeur de ses avis, indiscutables selon lui, sur les problèmes de droit. D’ailleurs, il recommanda à ses interlocuteurs de retourner voir ce fameux cadi, qui, toujours selon lui, saura donner les éclaircissements nécessaires. Enfin, au moment où il s’apprêtait à leur dire au revoir, Mijriya réussit à obtenir de lui cette réponse, vraiment arrachée : «vous avez, en effet, droit à l’héritage» !

 

La mission se rendit chez El Hassen pour lui demander de corriger le partage de l’héritage, de manière à respecter les intérêts de la veuve et des enfants esclaves. El Hassen s’y refusa au début puis accepta et promit de s’en occuper.

 

De retour à Nouakchott quelque temps après, nos militants apprirent que rien n’a changé après leur départ. Une nouvelle mission composée des même militants, auxquels se joignit le président de SOS-Esclaves, arriva à Magta Lahjar le 18 juillet 2001. Le19 juillet, Moilida Mint Sen’Vaa, sœur de Mijriya, assistée du Président de SOS-Esclaves exposa les faits au Préfet au cour de l’audience qu’il leur accorda. Celui-ci décida de dépêcher immédiatement à Louass’a, le lieu du litige, des éléments de la gendarmerie qui ramenèrent El Hassen Ould Baboya et Mijriya, les deux principales parties. Le Préfet précisa, devant tout le monde, que l’esclavage est aboli et qu’aucune personne n’est esclave sur le territoire mauritanien. Il somma El Hassen de faire restituer tous les biens usurpés et de procéder à un nouveau partage, conforme au statut des hommes libres en droit musulman, tenant ainsi compte des principaux héritiers, c’est à dire la veuve et toutes les filles du défunt Abdi Ould Baboya.

 

Cinq jours plus tard, en présence de Joumoua Ould Maissara chargé de mission de SOS-Esclaves, la succession est refaite, suivant une nouvelle répartition établie à Ouneidje, par Mohamed Lemine Ould Mohamed Lemine, Cadi traditionnel et neveu de Mohamed Cheikhna Ould Mohamed Lemine ( l’auteur du premier jugement ) déclaré «malade».

 

Les biens légués par feu Abdi Ould Baboya se composent de 48 unités comprenant :

 

5 ânes

43 moutons et chèvres

1 concession sur laquelle est édifiée une maison de 2 pièces en banco

1 barrage en terre

1 parcelle dans un grand barrage collectif.

 

L’ensemble est évalué à la somme totale de 466.000 ouguiyas, ainsi répartie entre les héritiers : ont obtenu :

 

la veuve et les 7 filles: 31 têtes de bétail, le barrage en terre, une part dans la parcelle du barrage collectif, le tout correspondant à la valeur de 347.000 ouguiyas.

la mère du défunt : 10 têtes de bétail, correspondant à la valeur de 70.000 ouguiyas.

les trois frères et la sœur du défunt : 7 têtes de bétail, correspondant à la valeur de 49.000 ouguiyas.

 

Au cours de la mission effectuée dans la wilaya du Brakna, département de Magta Lahjar, notre mission a recueilli plusieurs témoignages d’autres cas de captation d’héritage, dont les victimes et les auteurs sont de la même localité que Mijriya Mint Sen’Vaa.

 

Voici quelques cas identiques, relevant de témoignages recueillis auprès des victimes lors de la mission du 18 au 24 juillet 2001, dans la Wilaya du Brakna.

 

 

f – 2 ) Neina Mint AHBOU

 

Dans le village de Louass’a, au décès de Ousmane Ould Mahmoud survenu en 1994, sa veuve Neina Mint Ahbou et ses cinq enfants, Marième, Mohamed, Khadijetou, El Yali, Nebghouha ont été totalement exclus de l’héritage, récupéré intégralement par le frère libre du défunt, Mohamed Ould Mahmoud ; la raison invoquée est que Neina, ses trois enfants et les deux enfants du défunt issus d’un premier mariage, sont tous de statut esclave.

 

Ousmane avait laissé, à son décès, les biens suivants :

 

-un champ de mil prêt à la moisson, dont le produit, récolté par la suite, était de 950 mouds, soit 3800 kg, à raison de 4kg le moud.

 

-trois champs de céréales.

 

-une parcelle dans l’exploitation d’un grand barrage collectif.

 

-une concession avec une maison d’une pièce en banco.

 

-quelques têtes de bétail, moutons et chèvres.

 

Les témoignages attestent que, sur le montant à la vente des 3800 kg de mil, Mohamed Ould Mahmoud s’est acheté quelques vaches, lesquelles ont augmenté en se reproduisant. Avec le prix de la vente des vaches, Mohamed a pu acheter la camionnette, type Peugeot, modèle 404, avec laquelle il tient, pour son propre compte, le transport en commun, dans la zone de Louass’a, Amricha, Achram et Ouneidje. Ce véhicule circule sous l’immatriculation N° 0243 AA05 RIM.

 

 

f – 3 ) Moulkhère Mint LAGDAF

 

Moukhère Mint Lagdaf a perdu son mari, Amar Ould Mohamd’El Abd, décédé en 1995. Leur unique enfant, alors âgé de 3 ans, est dénommé Mohamed Abderrahmane. A son décès, Amar a laissé :

-         une maison de plusieurs pièces dans le département de Sebkha à Nouakchott.

-         deux barrages en terre à Louass’a.

 

Tous ces biens ont été prix par les trois sœurs libres de Amar, Khadija, Mahjouba et S’haba, excluant ainsi de l’héritage, Moulkhère et son fils parce qu’il sont de statut esclave.

 

 

g ) répression spécifique et torture

 

g – 1 ) Abida et Brahim

 

A Ghaira, localité située près de Guérou ( Wilaya de l’Assaba ) deux frères h’ratines, Abida Ould Abdallahi et Brahim Ould Tmane, furent attaqués et battus par des maures blancs (six personnes au total, sic Rapport 2000) qui, se prétendant être propriétaires d’un terrain litigieux. Les agresseurs, en représailles à l’insoumission des h’ratines, les avaient, à coup de pioche et de bâton, chassés de leur terre, pour la mettre en location au profit d’autres. Abida a failli perdre un œil et s’en tira avec une profonde blessure sur la joue. Quant à Brahim, qui était malade au moment des faits, il eut une fracture du bras et a été évacué à l’hôpital régional de Kiffa. Lorsque Mohamed Brahim, l’autre frère des victimes, apprit la nouvelle, il appela les gendarmes qui constatèrent les faits et envoyèrent le dossier au procureur de la république ; ce dernier le confia, à son tour, à un juge d’instruction. Celui-ci envoya les victimes en prison pendant quelques jours puis les libéra, sans qu’elles ne sachent les raisons.

 

Les frères Abida et Brahim demandèrent réparation, pour coups et blessures et le dédommagement de tous les autres préjudices subis à cause de la non exploitation de leur terre.

 

Convoqués le 15 août 2000, Abida et Brahim ont comparu devant la Chambre Correctionnelle du Tribunal de Kiffa ( capitale de la Wilaya de l’Assaba ). le Président du Tribunal déclara qu’il était interdit de parler devant lui, de la terre ou de l’esclavage. Il leur proposa de faire un arrangement avec leurs agresseurs. Les deux parties en ont accepté le principe mais n’ont pu se retrouver pour discuter des dommages et intérêts, des blessures et autres préjudices par Abida et Brahim qui réclament 5 millions d’ouguiyas de réparation globale. Les agresseurs, depuis, n’ont jamais voulu revenir à la négociation. SOS Esclaves a recommandé aux victimes de constituer un avocat.

 

Ils n’ont pas cultivé les champs en l’an 2000 ni en 2001, à cause de l’interdiction par les autorités régionales.

 

Quelques jours après les incidents, le Président de SOS Esclaves a accompagné Abida, à un entretien avec le Ministre de l’Intérieur mais sans résultat ; deux autres entretiens ont eu lieu avec le Ministre de la Justice, dont le dernier en date, au mois de décembre, s’est conclu par des promesses de faire activer le dossier pour que justice soit rendue. Sur place, pourtant, rien n’a encore changé.

 

 

g – 2 ) Les paysans h’ratines de Dar el barka : cas des populations de N’gourdiane

 

A la suite des graves incidents survenus, le 18/06/2000, dans le centre administratif de Dar El Barka ( wilaya du Brakna ) les personnes dont les noms suivent ont été torturées et maltraitées physiquement et moralement, par les forces de police obéissant au gouvernement mauritanien. C'est pourquoi les victimes demandent à être indemnisées et réclament des dommages et intérêts. D'autre part, elles estiment que les autorités administratives de l’époque, notamment le Wali de M. El Hassen Ould Maouloud et le Commissaire de Police de Dar El Barka M. Mohamed El Kori Ould El Jiyid sont responsables des tortures et pillages auxquels elles ont été soumises par des forces de l'ordre.

Ces violences ont eu lieu, lorsque le Wali de la Région Brakna (centre du pays) a accordé, à son propre frère, une grande concession agricole sur les terres des paysans h’ratines du village de N’Gourdiane. Ceux-ci ont manifesté, pacifiquement, leur hostilité à cet acte de népotisme, provoquant ainsi l'intervention des forces de l'ordre et la destruction de plusieurs habitations. La répression a été particulièrement brutale. Le Wali et son frère sont, il faut le souligner, les cousins du Président de la République, le Colonel Ould Sid'Ahmed Taya. Voici la liste des victimes et des dommages subis par chacune des victimes :

  1. Marieme Mint Mamlouk : emprisonnée pendant quatre jours, torturée, elle en porte toujours les traces sur son corps.
  2. El Moumna Mint Mousse : elle a été frappée chez elle à Zem-Zem et malmenée ; elle est paralysée actuellement.
  3. Mahjouba Mint El Marsa : torturée avec violence et traînée dans le sable.
  4. Khyarhoum Mint Mamlouk : emprisonnée pendant quatre jours et torturée par des cordes, elle en porte toujours les traces de la torture.
  5. Khadejetou Mint Thioulèye : emprisonnée pendant quatre jours et torturée, elle porte des blessures jusqu'à présent.
  6. Kebadi Ould N'Deya : toujours emprisonné, est fracturé au bras droit, il a été torturé chez lui, au lieudit « Zem-Zem » et ses papiers civils déchirés.
  7. Khdeija Mint N'Deya (une vielle dame, handicapée, âgée de 65 ans) : elle a été molestée et torturée, impitoyablement.
  8. M'Sekem Ould Thioulèye : il a été frappé en prison et attaché par des chaînes, actuellement malade, s'est fait subtiliser par les policiers la somme de 27 000 UM.
  9. Taama Mint N'deye : elle a été frappée, torturée et traînée dans le sable.
  10. Chaara Mint El Marsa (allaite un enfant) : elle a été torturée et maltraitée .
  11. Brahim Ould Mousse : prisonnier en liberté provisoire, gravement torturé, son équilibre psychologique est préoccupant.
  12. Mohamed El Moctar Ould Ahmed : il a été torturé dans la prison, est toujours sous le choc mental : hallucinations en éveil, insomnies, cauchemars.
  13. Mohamed Ould Abdallahi : il a été frappé et torturé.
  14. Abdallahi Ould Memlouk : torturé et frappé de façon cruelle, a dû subir une opération chirurgicale.
  15. Kebadi Ould Blal : il a été torturé violemment en prison.
  16. Moulemnine Mint Memlouk : frappée et torturée, contrainte à manger du sable.
  17. Mahjouba Mint El Marsa : torturée, sa bouche a été remplie de sable.
  18. Mouah Mint Memlouk : elle a été torturée et frappée avec violence.
  19. Guejmoule Mint Ndeya (épouse de Kebadi Ould N'deya) : elle a été frappée et chassée de sa maison au lieudit «Zem-Zem .»
  20. Zeinebou Mint Abdallahi : elle a été frappée, maltraitée et couverte de sable.
  21. Mouh Mint Mahamdjibi : elle a été frappée violemment, encore sous le choc : troubles de la perception, maux de tête, insomnies.
  22. Khdeija Mint Mahamdjibi : frappée et traînée dans le sable.
  23. Mohamed Ould Boïbou : frappé, emprisonné, sa maison a été pillée et ses biens confisqués ; il aurait perdu 13 têtes de bétail, ayant servi à l'alimentation des forces de polices durant les journées de la répression.
  24. El Hassen Ould Boïbou (handicapé mental) : il a été frappé, sa maison pillée ; il aurait perdu 20 000 UM.
  25. Mohamed Ould Sneiba : commerçant, il a été torturé et ses biens pillés ; il aurait perdu 1.000.000 UM et 12 têtes de bétail.
  26. N'diaye : il aurait perdu 220.000 UM et les bijoux de sa femme.
  27. Barka Ould Boïbou : il a été torturé violemment, aurait perdu 6 moutons.
  28. Fatimetou Mint Boïbou : elle a été torturée et son matériel pillé.
  29. Fatimetou Mint Mahmoud (enceinte ) : elle a été torturée, traînée dans le sable, ses bijoux enlevés; souffre encore des suites traumatiques de ce traitement.
  30. Oumrana Mint Boïbou : torturée, sa maison pillée, aurait perdu 6 moutons.
  31. Mohamed Ould Abeid Moulana ( âgé de 80 ans ) : prisonnier en liberté provisoire, torturé, sa maison pillée; il aurait perdu 3 moutons.
  32. Cheïnoune Ould Dal'gha : sa maison a été pillée, il aurait perdu 150.000 UM et 6 moutons.
  33. Yahya Ould Sneiba : torturé, sa maison pillée, il aurait perdu 5 moutons.
  34. Alioune Ould Sneiba : a été torturé, enchaîné en prison prison, sable dans la bouche; sa maison a été pillée; il aurait perdu 4 moutons.
  35. Cheïbani Ould Sneiba : torturé et frappé jusqu'à perdre connaissance, tous ses biens ont été confisqués.
  36. Barka Ould Sneiba : torturé et sa maison pillée.
  37. Barrak Mint Moïsse : torturée violemment et ses bijoux confisqués.
  38. Fatimetou Mint Amoïgine : torturée, bijoux confisqués, maison pillée.
  39. Loueïne mint Nagi : torturée, traînée dans le sable, elle a subi un avortement.
  40. Nagia Mint Sneïba : violemment torturée, elle est toujours sous le choc : divers troubles du comportement.
  41. Salma Mint Mohamed : torturée, violemment, elle souffre toujours de traumatismes divers.
  42. Neina Mint Boïbe (enceinte, à son 9ème mois) : torturée, sable dans la bouche, bijoux confisqués, maison pillée; se trouvait dans un état grave quelques jours après la répression.
  43. Boubacar Ould Moïma : (âgé de 85 ans) : torturé, attaché et battu , maison pillée.
  44. Cheikh Ould N'deye; (âgé de 80 ans ) : frappé, maison pillée, il aurait perdu 9000 UM.
  45. Mohamed Ould Yargue (handicapé mental) : molesté, traîné dans le sable.
  46. Ahmed Abdou Ould Amar : sa demeure pillée, battu au point de ne pouvoir, pendant plusieurs jours, se lever de lui-même; il ne parvenait toujours pas à marcher plusieurs semaines après la répression.
  47. Moïlik Ould M'Bareck : frappé et ses biens pillés.
  48. Youma Mint Boubacar : elle venait d'accoucher, a été torturée, actuellement elle en est toujours malade.
  49. Neïssane Mint Mohamed : frappée, ses bijoux confisqués et sa maison pillée.
  50. Aminetou Mint Dal'gha : aveugle, elle a été frappée au point de perdre la mémoire.
  51. Marième Mint Dal'gha : elle a été frappée, torturée, et traînée dans le sable.
  52. Bombi : frappée violemment et ses bijoux confisqués.
  53. Alioune Ould Dal'gha : emprisonné, torturé et sa maison pillée.
  54. Khadjetou Mint Belkhère : maltraitée, torturée et ses bijoux confisqués.
  55. Hamdout Ould Oumheine : ligoté, frappée, il aurait perdu 27.000 UM.
  56. Hadou Ould Moïssa : emprisonné, frappé, sa maison pillée, il aurait perdu 12 moutons.
  57. Barrak Mint Boubacar (enceinte) : ils ont frappé son mari devant elle, ce qui l'a mise dans un état de dépression grave.
  58. Barka Ould Boïbou : prisonnier, frappé, torturé; souffrait de tuberculose, ils lui ont fait manger le sable.
  59. Jibril Ould Moïssa : prisonnier, blessé à l'œil, maison pillée.
  60. Moïssa Ould Barrak : (âgé de 90 ans ) prisonnier, frappé, enchaîné, maison pillée.
  61. Alioune Ould Ekhdeïja : il a été violemment torturé ; il a subi une opération chirurgicale qui l'a fait souffrir à cause des séquelles de la torture.
  62. El Mamy : il a été longuement torturé et sa maison pillée.
  63. Sidi Ahmed Ould Mouateya : (aveugle) enchaîné dans la prison, torturé, blessé.
  64. Mohamed Ould Sid'Ahmed : frappé et torturé dans la prison, il est actuellement en liberté provisoire.
  65. Mohamed Mahmoud Ould Ebhoum : longuement torturé, emprisonné, il est toujours sous le choc : troubles de la vue, de l'audition, pertes de mémoire.
  66. Ekhdeïja Mint Abdaallahi : (vielle dame), frappée et torturée avec zèle; ils lui ont fait manger du sable.
  67. Youba Ould Marsa : ( âgé de 80 ans), prisonnier, enchaîné, il a été frappé et traîné dans le sable.
  68. El Khalil Ould Marsa : toujours en prison, blessé par balle.
  69. Kebad Ould Marsa : gardé quelques jours en prison, frappé, torturé, couvert de sable.
  70. Mohamed Abdel Jelil Ould Marsa : torturé avec zèle, il est malade actuellement.
  71. El Moctar Ould Marsa : en liberté provisoire, il a été torturé, a perdu ses dents et sa main droite est cassée.
  72. Cheikh Ould Marsa : gardé quelques jours en prison, il a été torturé et traîné dans le sable.
  73. Hamenna Ould Marsa (âgé de 90 ans) : il a été torturé physiquement et moralement.
  74. Kebadi Ould Memlouk : en liberté provisoire, son bras gauche a été cassé mais sa fracture n'a pas été soignée.
  75. Mohamed Ould Memlouk (âgé de 80 ans) : enchaîné dans la prison et frappé violemment.
  76. Brahim Ould Memlouk : gardé quelques jours en prison, torturé physiquement et moralement.
  77. El Hadj Ould Mohamd Djibi : torturé, toujours sous le choc : délires, troubles du comportement et de la mémoire.
  78. Hammena Ould N'deye : torturé jusqu'à tomber malade en prison, toujours sous le choc.
  79. Boyah Ould N'deye : il a été torturé de différentes façons et obligé à manger le sable.
  80. Mohamed Ould Boïbou Ould Hammadi : torturé, frappé et malmené.
  81. Hadou Ould Abdallahi : exposé à différentes tortures et maltraité moralement.
  82. Abdallahi Ould Abdallahi : frappé et torturé, toujours sur le choc.
  83. Daane Ould Mousse : torturé, frappé et blessé à la tête.

De même, 13 d’entre eux ont été arrêtés et transférés vers la prison civile d’Aleg (capitale du Brakna). Dans un premier temps, sur les 13 détenus, 6 ont été relaxés. Les 7 autres ont été inculpés pour « rébellion contre l'administration » et maintenus en prison, jusqu'au 27 juillet 2000, date à laquelle leurs avocats, Maîtres Moctar Ould Ely et Ghali Ould Mahmoud, ont enfin pu obtenir leur mise en liberté provisoire, dès 12 heures.

Les 7 inculpés sont :

  1. Mouzdaf Ould Ahmed
  2. Khalil Ould Marsa
  3. Kebad Ould N'Deya
  4. Kebad Ould Marsa
  5. Housseine Ould Moïssa
  6. Cheikh Ould Marsa
  7. Ethmane Ould Mamlouk

Le 15 août 2000, messieurs Mouzdaf Ould Ahmed, Khalil Ould Marsa, Mohamed Abdallahi et Khadou Ould Abdallahi, délégués par la communauté, sont venus informer le Président de SOS Esclaves de l’évolution de leur situation :

L'attributaire des terres, frère du Wali a repris les travaux sur le terrain. Il a notamment engagé la construction d'une réserve d'eau (les travaux sont menés de nuit). La communauté a adressé une lettre de protestation dénonçant cette reprise au Préfet de Boghé, au Ministre de l'Intérieur, aux Présidents de l'Assemblée Nationale et du Sénat. Ils ont indiqué que les médecins refusent toujours d'examiner les blessures consécutives aux violences policières subies par eux. Ils exigent encore la présentation de l’acte d’accusation établi contre eux, ce que le commissaire de police, le Procureur et le Juge d'instruction refusent toujours.

La communauté réclame la réparation des préjudices subis et la restitution des terres qui lui ont été léguées, de père en fils, depuis plusieurs générations.

Indépendamment des attaques opérées par les forces de police sur les différents villages, voici quelques autres précisions sur les incidents et le processus qui abouti à l’inculpation des 13 victimes :

 

Parmi les habitants des localités impliquées ( Zem-Zem, N’Gourdiane, Leleib et Dadou ), 57 personnes, dont 3 femmes, ont été arrêtées le vendredi 16 juin 2000, et transportées à Dar El Barka où elles furent enfermées, certaines au commissariat de police, les autres dans les locaux de la mairie, spécialement aménagés pour cela ; neuf individus, dont les sept futurs inculpés, ont été enfermés dans un box d’environ 3,5 m sur 2m, dont le sol avait préalablement été recouvert d’une épaisse couche de crotte de chèvre arrosée à l’eau . Elles ont été battues, torturées systématiquement, sans exception, y compris femmes et vieillards. Même Sid’Ahmed Ould Mouateya, un aveugle âgé d’environ 65 ans, n’a pas été épargné ; les arrestations de ces pauvres h’ratines, commencées le vendredi à 15 heures30, se sont poursuivies trois jours durant .

 

Le 22 juin 2000, 44 personnes ont été relâchées. Le 24 juin, le commissariat de police de Dar El Barka renvoie, devant le procureur de la République d’Aleg, les 13 accusés. Le procureur relaxe immédiatement Brahim Ould Moussa, Moctar Ould Marsa et Kebad Ould Mamlouk, puis renvoya les dix autres détenus à l’instruction, devant le juge. Ce dernier, à son tour, libéra Ethman Ould Abeid Moulana, Mohamed Mahmoud Ould Ebhoum, Ahmed Ould Sid’Ahmed ; ensuite, il engagea l’instruction des sept inculpés dont les auditions ont duré trois jours.

 

Rappelons, qu’au début de cette affaire, les autorités avaient demandé, aux populations rassemblées sur les terres objet du litige, de leur désigner huit représentants en vue de trouver un accord amiable ; ces délégués, dès qu’ils s’étaient présentés devant l’autorité, avaient été arrêtés par les forces de police qui engagèrent aussitôt la répression des villages. Notons enfin que les sept accusés et inculpés par le juge d’instruction d’Aleg, sont dans leur quasi totalité des représentants désignés par la communauté h’ratine.

 

Ils rapportent, non sans amertume, que les propos tenus, à leur endroit, soit par le commissaire de police soit par le Préfet de Boghé, révèlent le mépris des esclavagistes pour les h’ratines et les négro-africains :

 

Le Préfet de Bogué leur a déclaré «votre terre ? vous n’avez aucun droit sur la terre ; vous n’êtes que des esclaves qui méritent d’être déshabillés et battus copieusement comme vous l’avez été». 

 

Le commissaire de police de Dar El Barka, M. Mohamed El Kori Ould Jiyid, quant à lui, leur a tenu un propos semblable : «vous êtes des esclaves et des flamistes8 qui n’ont aucun droit sur les terres ; nous allons vous redresser comme il a été fait avec les négro-africains : aujourd’hui, quand je leur envoie un simple agent de police, il peut me conduire jusqu’ici tout un village avec ses chefs ! Aujourd’hui, ils sont tous soumis à notre volonté».

 

En fin août 2000, le wali, Monsieur El Hassen Ould Maouloud, a été relevé de ses fonctions de gouverneur du Brakna ; le Commissaire de Police de Dar El Barka, Monsieur Mohamed El Kori Ould El Jiyid, le chef tortionnaire, a été affecté à Kaédi ( wilaya du Gorgol ) où il est actuellement en service.

 

Les sept inculpés sont tous mis en liberté provisoire. Ceci a été obtenu, sans doute, en grande partie, grâce à la campagne de dénonciation menée par les organisations mauritaniennes des Droits Humains de l’intérieur comme à l’extérieur du pays. La tentative d’expropriation de terres, soutenue et couverte par le Pouvoir, avec les instruments officiels de l’Etat, illustre à quel point la problématique de l’esclavage et du racisme marque encore la société mauritanienne. Voilà toute une communauté, expropriée au profit d’une famille, d’une personne, de surcroît le frère d’un gouverneur, lequel n’hésite pas à utiliser les forces de l’ordre pour soumettre des paysans, sans défense, à la torture physique et morale !!!

 

Le cas de ces populations de N’Gourdiane est suivi avec attention par SOS-Esclaves, en étroite collaboration avec les avocats, Maîtres Moctar Ould Ely et Ghali Ould Mahmoud. Les deux s’étaient constitués, bénévolement, pour défendre les intérêts des victimes ; cependant, le litige demeure encore suspendu devant la justice qui ne semble pas se précipiter pour son règlement, malgré les tentatives ( restées infructueuses ) des avocats.

 

Du coté de l’Administration, l’on considère que le départ forcé du gouverneur de son poste constitue la sanction minimale pour un comportement peu orthodoxe d’un Administrateur peu scrupuleux.

 

En tout état de cause, l’opinion publique continue d’estimer la sanction, jusque là administrée à cet administrateur, comme très en deçà de ce qui devrait être l’exemplaire, tant ces populations ont été meurtries par l’intervention destructrice des forces de l’ordre, intervention qui a pratiquement tout saccagé, de la récolte au bétail.

 

Il est à rappeler que les populations, victimes de cette intervention digne de forces étrangères en territoire ennemi , n’ont pas été aidées par l’Etat pour réparer, ne serait-ce qu’en partie, les pertes subies. Elles vivent désormais dans la précarité et la misère, en plus du préjudice que leur occasionne la confiscation des terres de culture, leur principal capital.

 

La seule sanction qui avait été prise fut la démission forcée du Wali du Brakna, M. El Hassen Ould Maouloud ; en revanche, le préfet de Boghé d'alors est toujours en place; il vient de recevoir, au début de l’année 2001, les félicitations du Ministère de l'Intérieur; l'inspecteur de police tortionnaire qui assurait les fonctions de commissaire de Dar El Barka a également été muté aux fonctions de commissaire central de Kaédi, capitale de la wilaya du Gorgol. Ce poste constitue une double promotion, à la fois de grade et de fonction.

 

Concernant le problème spécifique des terres, le nouveau Wali ( gouverneur ) les a reçu à leur demande et leur a dit, oralement, que les terres sont les leurs et qu'ils peuvent continuer à les exploiter. Cependant leur reste une crainte à l’égard de ces dispositions verbales : pour eux, demain, en l’absence d’un acte écrit et solennel, un autre responsable politique pourrait prendre des mesures contraires, d’autant que l’Administration dispose d’assez de moyens pour diviser les paysans ou acheter le silence de certains parmi eux.

 

 

g – 3 ) Yero Ould Oumar

 

Audition de Yéro Dicko, dit Yero Ould Oumar

 

Ayant été informé, d’urgence, par l’appel téléphonique d’un sympathisant de l’Organisation, M. Henoune Diko, réfugié résident en France ( à l’adresse du 142, Rue Joliot Curie 69160 Dassin La Demie Lune, Lyon ) et frère de la victime, le Président de SOS Esclaves s’est rendu auprès de Yéro Ould Oumar, qui arrivait à Nouakchott, en provenance de Dara-Doussou (Wilaya du Guidimaka ). Le Président a réussi, à le faire venir chez lui, pour un entretien auquel ont assisté Messieurs Ladji Traoré, Ahmed Samba O. Abdallahi  et Mme Malouma Mint Bilal, tous membres de l’Organisation. La substance du récit fait par la victime est consignée ci-dessous :

 

Yéro Ould Oumar ( nom maure, dit Yéro Dicko chez les peulhs ) est un garçon métis, de père esclave et de mère négro-africaine, âgé d’environ 22 ans. Il a raconté, de manière assez poignante et dramatique, le conflit qui les oppose, leur mère, lui-même, ses frères et sœurs, à leur père. Dans cet entretien, enregistré sur cassette audio, le récit de Yéro a été relativement vague et plein de répétitions. Il semble marqué, traumatisé par l’attitude de leur père et sa soumission totale à son maître, Mouhamedou Ould Ahmed Abdallah, de la tribu des Oulad M’bareck. Cette sujétion est telle que les enfants accusent le père de préférer le maître, à sa propre famille. A différentes questions, pour avoir d’avantage de précisions sur des dates, les circonstances, les faits et les suites de l’incident de Dara-Doussou, nous n’avons pu être suffisamment édifiés.

 

Selon les dires de Yéro, son père Oumar Ould M’Bareck, de statut esclave, est entièrement aliéné à son prétendu maître, auquel il a toujours rendu service en nature ou en liquide. Il aurait voulu lui donner une partie du petit cheptel, d’une quarantaine de têtes, que la famille a constitué, grâce, surtout, aux sommes envoyées par l’autre fils, Henoune, émigré en France depuis 4 ans. S’étant opposé, avec ses frères, à cette décision, Yéro a été agressé par son père, qui l’a blessé, à coups de hache. Sur les conseils de son maître, Oumar se serait alors précipité chez les gendarmes et porta plainte, accusant ses enfants de l’avoir agressé. Suite à cette démarche, les gendarmes Ahmed Vall, Housseine et Sidi Mohamed ont fait une descente au village, dans la maison des protagonistes, ont malmené les enfants et les ont menacé des pires choses, s’ils s’avisaient encore de manquer de respect à leur père. Les gendarmes auraient ainsi ignoré sciemment le fond même de l’incident dont Yéro est la seule victime.

 

Après cet entretien, nous avons tenté, mais en vain, de maintenir le contact avec Yéro. Nous l’avions invité à revenir pour une visite médicale complète et faire voir, de plus près à un médecin, les blessures cicatrisées qu’il affirme provenir de coups de hache reçus de son père. Il nous avait montré la cicatrice d’une blessure de cinq centimètres nettement au dessus du genou gauche.

 

A l’analyse, si tout ce que Yéro nous a relaté est vrai, on est en présence d’un cas de révolte de jeunes, issus de famille mixte (une mère peulh et un père esclave de maure), qui ne veulent plus subir l’exploitation et aussi le mépris lié au statut servile de leur père. Alors que celui-ci s’identifierait totalement à son maître et à la tribu de ce dernier, les enfants ont choisi, naturellement, d’adopter la culture et la communauté d’origine de leur mère qui leur permet de se prévaloir d’une extraction «noble».

 

Auparavant, l’affaire avait mobilisé les moyens spécifiques de l’Organisation. Ainsi, M. Ladji Traoré, membre du Bureau Exécutif, s’est-il chargé, du 5 mai au 2 juin 2001, d’une longue et difficile mission d’enquête, dans la wilaya du Guidimaka. Sur demande du Président, il s’est rendu sur les lieux de l’incident, à Dara-Doussou près du village de Gori Laqqe, commune de Dafor, département de Ould Yengé. Il y a interrogé divers témoins, tous contradictoires, et constaté le mutisme gêné et distant des services de la gendarmerie, qui n’ont voulu lui accorder aucune assistance. Les victimes, elles-mêmes, encore aujourd’hui, ne semblent plus tenir à se manifester devant la justice, ni auprès de notre ONG. Cette attitude, assez courante, signifie, selon toute probabilité, que les victimes subissent des pressions visant à leur faire accepter un «arrangement amiable» avec le père et le maître.

 

Face à ce genre d’évolution, certains cas échappent à l’influence de notre ONG, laquelle est alors contrainte à constater son impuissance devant la force des pesanteurs sociales du système de domination.

 

 

III - Violations ponctuelles des Droits de l’homme

 

 

III - 1. Discrimination pénale 

 

Dans une affaire de règlement de comptes mortels, entre fils de grandes tentes de la tribu des Ehel Sidi Mahmoud où El Am Ould Bouverra fut tué et mutilé, Dhehbi Ould Sid’Elémine, Ahmed Ould Bouh, Mohamd’Saleck Ould Mahmoud et Saleck Ould Brahim, ont été utilisés comme hommes de main du crime. Ils furent condamnés à mort le 21 décembre 1994. Le seul protagoniste maure blanc, à avoir eu la même peine, est avec Mohamed Cherif Ould Sid’Elemine, cousin du principal commanditaire, Zeine Ould Sid’Elemine, lequel "s’en est tiré" seulement avec une condamnation à payer une amende de 208 000 UM, en réparation de dégâts matériels. Après quelques années d’incarcération, Cherif Ould Sid’Elemine s’est évadé de la Maison d’Arrêt de Nouakchott et n’a jamais plus été retrouvé. La complicité de Zeine, dans l’organisation de cette évasion fut prouvée et il fut condamné à une année de prison. Les autres condamnés demeurent en détention et attendent d’être exécutés.

 

Depuis le 2 mai 2000, les détenus, dont deux anciens esclaves, regrettent avec amertume d’avoir été de simples instruments dans un conflit qui ne les concerne pas. Après avoir saisi toutes les autorités de justice et demandé au Ministre le réexamen de leur affaire, ils en sont venus à engager la seule forme de protestation à leur portée, la grève de la faim illimitée. Durant cette épreuve, qui s’est poursuivie sans résultat, SOS Esclaves a pu établir que les personnes incriminées n’étaient suivies que par l’infirmier de service. Finalement, sans résultat, la grève de la faim a été suspendue mais la révision du procès n’a pas encore eu lieu.

 

 

 

III – 2. Délit d’opinion et détention arbitraire

 

A Ahmed Ould Daddah :

 

Le lundi 24 avril 2000, à 13 heures, au siège de l’Union des Forces Démocratiques/ Ere nouvelle ( UFD/EN ), Monsieur Ahmed Ould Daddah, le Secrétaire Général de ce parti d’opposition, est enlevé, sans explications, par des officiers de la police politique, la Direction de la Sûreté de l’Etat. Pendant quelques jours, il sera interrogé, gardé au secret, puis libéré. Ahmed Ould Daddah est devenu un habitué de ces actes d’intimidation mais sa notoriété internationale et sa stature d’homme d’Etat le protègent de la torture et autres traitements de base dans les prisons de Mauritanie.

 

Cette interpellation, intervient dans un contexte de profonde crispation politique, caractérisée par les manifestations d’étudiants et le retour aux méthodes de contestation clandestine, notamment les graffitis hostiles au pouvoir. Rappelons que plusieurs opposants, dont les partis étaient reconnus, ont été arrêtés en 1995 ( TALI’A et UDP ), 1996 ( l’APP et AC ), 1997 ( UFD/EN), 1998 ( dirigeants d’associations de défense des Droits de l’Homme, dirigeants de AC, étudiants et syndicalistes ) et 1999 ( UFD /EN ).

 

 

B Dirigeants et membres de l’UFD/EN

 

Dans le quotidien de la répression, de l’arbitraire et des violations des libertés collectives et individuelles, les autorités mauritaniennes, après avoir réprimé sauvagement une marche pacifique organisée par la Confédération Libre des Travailleurs de Mauritanie (CLTM), dissout sans motif valable l’UFD/EN le 28 octobre, et viole l’enceinte de l’Université de Nouakchott pour molester les étudiants, avant de procéder à une série d’arrestations de citoyens, sans mandat judiciaire, à leur domicile ou sur les lieux de travail.

 

Pendant quelques jours, les six victimes recensées, toutes membres dirigeants de l’UFD/EN, ont été maintenues au secret par la police politique, puis libérées sans jugement :

 

- le 9 novembre, sont arrêtés à leur domicile Messieurs Ahmed Ould LAVDAL, Mohamed Ould  Haroune Ould CHEIKH SIDYA, Ahmed Ould BAH et Ahmed Ould WEDIAA

 

- le 11 novembre M. Sidi Ould SALEM, professeur à l’Université est à son tour arrêté en plein cours ;

 

- le 16 novembre, arrestation à son domicile de M. Mohamed Lemine Ould MOUNIR.

 

Tous seront relâchés après quelques jours de détention au secret. Par la suite, notamment après la dissolution de l’UFD/EN, de nombreux autres militants de ce parti choisissent de s’exiler hors du pays.

 

Ces arrestations, la censure fréquente des journaux indépendants, de même que les nombreuses autres violations enregistrées cette année sont d’autant plus graves et préoccupantes pour l’avenir des libertés en Mauritanie qu’elles sont les manifestations fébriles de la volonté du pouvoir d’anéantir toutes formes d’expression et d’organisation pluralistes. Elles constituent un signal fort du retour au règne des pouvoirs d’exception et de parti unique que l’on veut imposer en violation de notre constitution et des engagements de nos gouvernants vis à vis de la Communauté Internationale aux termes desquels la Mauritanie est engagée à respecter la Démocratie et les Droits de l’Homme.

 

 

C. Ahmed Ould Daddah et Ahmedou Ould Babana

 

Depuis quelques semaines, le pays est plongé dans un cycle de répression et de violations systématiques des libertés publiques. Après la dissolution, sans motif valable, de leur parti, des cadres et dirigeants de l’UFD/EN ont fait l’objet d’arrestations dans différentes localités. Le samedi 9 décembre 2000, Monsieur Ahmed Ould Daddah, Secrétaire Général, a été arrêté, à sa descente d’avion, en provenance de Paris.

 

Nous apprenons en même temps, de source sûre, que Monsieur  Ahmedou Ould  Bebana vice-président de At-talia Al Watanya, parti également dissout, a été arrêté à Rosso le mercredi 6 décembre.

 

Les deux seront relâchés, sans jugement, après quelques jours de détention.

 

 

D. Les étudiants

 

Un groupe de plus d’une trentaine de jeunes a fait l’objet d’arrestations arbitraires, le lundi 4 décembre 2000. Après quatre jours, la plupart furent libérés, non sans avoir subi de sévères passages à tabac dans les commissariats de police de Nouakchott. Seuls restèrent en prison,

 

Sidi Ould Ethmane Sid’Ahmed Yessa, Mouvid Ould Hassen Ould Taleb et Mohamd’El Hassen Ould Lebatt, soupçonnés d’appartenance à une organisation clandestine. 

 

Inculpés d’atteinte à la sûreté de l’Etat et d’instigation de sabotages, ils transitèrent par la Prison Civile de Nouakchott, avant d’être transférés à Kaédi ( capitale de la Wilaya du Gorgol ) où leur procès devait avoir lieu.

 

Après de longues semaines de détention et une brève grève de la faim, ils obtinrent une liberté provisoire et restent, encore, sous le coup d’une instruction judiciaire.

 

 

E. Mohamed Lemine Chbih Ould Cheikh Melaïnine et ses camarades

 

Le 08 avril 2001, M. Mohamed Lemine Chbih Ould Cheikh Melaïnine, Président du Front Populaire, parti de l’opposition légale, a été arrêté à son domicile, à Nouakchott. Suite à un interrogatoire controversé, au cours duquel des aveux auraient été obtenus sous l’effet de psychotropes absorbés par la contrainte ( thèse de la famille ), il a été accusé d’ourdir des actes de violence contre l’Etat. Moctar Ould Haibitna et Bouha Ould Hassana, ses camarades de détention, membres du même parti, ont été soumis à la même procédure judiciaire. Après avoir séjourné, pendant de longues semaines parmi les détenus de droit commun de la prison civile de Nouakchott, les trois détenus ont été transférés à la prison civile d’Aïoun ( capitale de la wilaya du Hodh El Gharbi ) où ils sont encore détenus, également, avec des prisonniers de droit commun.

 

Le jeudi 14 juin 2001, la Cour Criminelle d’ Aïoun a rendu un verdict sévère de cinq ans d’emprisonnement ferme, à l’encontre de messieurs Mohamed Lemine Chbih Ould Cheikh Melaïnine, Président du Front Populaire, Moctar Ould Haïbitna et Bouha Ould Hassana, ses co-accusés .

 

Après des arrestations et perquisitions sans mandat, des interrogatoires musclés, des aveux arrachés sous la contrainte, d’autres irrégularités ont marqué la procédure, parmi lesquelles, le recours non fondé au flagrant délit, abus devenu habituel pour les détenus d’opinion mauritaniens.

 

Comme pour les détenus de Kaédi, l’atteinte au droit fondamental de la défense et la soustraction des accusés à leur juge naturel est ici manifeste : Ils résident à Nouakchott mais se trouvent jugés à Aïoun, lieu où ils n’ont aucune attache.

 

Au regard de l’inconsistance du dossier, où les témoins à charge ont été disqualifiés en audience publique, la rigueur du verdict a surpris tous les observateurs et provoqué une grande indignation dans l’opinion. De même, des avocats étrangers venus défendre l’accusé, furent interdits d’accès au territoire mauritanien, sinon refoulés aux frontières.

 

SOS-Esclaves ayant suivi dès le début cette affaire jusqu’au verdict témoigne des nombreuses irrégularités qui ont émaillé la procédure et le déroulement même du procès qui illustre :

 

-La non transparence dans le fonctionnement de la justice

 

-La gravité de la condamnation sur la base d’une simple présomption

 

-La dépendance de la justice à l’égard des instances exécutives

 

-Le remplacement au pied levé d’un assesseur

 

-La sortie des deux assesseurs de la salle pendant les délibérations, l’un d’entre eux étant même sorti de l’enceinte où se tenait le procès et s’est absenté près d’une heure.

 

 -Le Président de la Cour se concertait et s’entretenait avec les membres des forces de sécurité tel le commandant du groupement N° 2 de la garde nationale, alors que la loi fait obligation aux membres de la Cour Criminelle, une fois entrés en salle, de délibérer sans désemparer, jusqu’à rendre publique leur décision.

 

Le 27 juin 2001, avec plusieurs autres Organisations et personnalités membres de la société civile mauritanienne, SOS-Esclaves a créé, à Nouakchott, le Comité dénommé «Pour la libération immédiate de Chbih». Parmi d’autres actions de sensibilisation et d’information sur le caractère injuste de sa condamnation, ce Comité a obtenu de près d’un millier de personnes, la signature de la pétition demandant la fin de cette détention arbitraire. Il a, entre autres initiatives, procédé à des visites d’information des chancelleries établies à Nouakchott.

 

III – 3. Atteintes aux libertés d’expression et d’association

 

A Répression d’un rassemblement syndical

 

La Confédération Libre des Travailleurs de Mauritanie ( CLTM ) a prévu une marche pacifique pour dénoncer la hausse des prix et défendre les droits des travailleurs. Celle-ci a été interdite par les autorités. Dés le rassemblement des premiers manifestants, le 16 octobre 2000, les forces de l’ordre ont fait recours à la force. Plusieurs syndicalistes ont été blessés.

 

B Interdiction définitive d’un parti politique

 

L’accusant d’appeler à la violence, le Conseil des Ministres, adopte, le 28 octobre 2000, le décret portant dissolution de l’Union des Forces Démocratiques - Ere Nouvelle (UFD/EN). Cette décision a provoqué un émoi considérable dans l’opinion mauritanienne et à l’étranger. Elle provoqua de nombreuses protestation intérieures, suivies d’arrestations généralement brèves.

 

Cette décision encore courante, constitue un acte grave de violation du droit aux libertés publiques, contraire aux conventions internationales ratifiées par notre pays ; notamment la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, la Charte africaine des droits de l’Homme et des Peuples et le Pacte International relatif aux Droits civils et politiques.

 

 

C Interdiction d’un séminaire sur le travail servile.

 

Les autorités mauritaniennes ont d’interdit la tenue d’un séminaire sur le travail servile qui était prévu à Kiffa ( wilaya de l’Assaba ), du 15 au 18 septembre 2001, par la Confédération Libre des Travailleurs de Mauritanie, CLTM. Cette interdiction est d’autant plus incompréhensible que l’objet du séminaire était la sensibilisation sur les conventions internationales ratifiées par la Mauritanie, séminaire auquel étaient conviés des personnes ressources et des participants acheminés de Nouakchott ,auxquels devaient s’adjoindre d’autres venant de différentes régions limitrophes de l’Assaba : des deux Hodh, du Tagant, du Guidimakha, du Brakna et du Gorgol.

 

Pourtant, cette année à Nouakchott, sur le même thème, un séminaire avait connu une affluence remarquable, avec la participation de nombreux syndicalistes, d’experts internationaux et nationaux, de dirigeants d’associations de la société civile dont l’Association Mauritanienne des Droits de L’Homme et S.O.S.-Esclaves (bien qu’illégales toutes les deux). Nous avions, alors, espéré qu’un pas décisif venait d’être franchi enfin, pour un débat libre et franc sur les problèmes du travail servile, une pratique esclavagiste comme l’exploitation des enfants, sujets jusqu’ici tabous dans le pays.

 

Par cette interdiction, le gouvernement mauritanien vient de violer ouvertement les conventions N° 29, 105, 138, et 182 de l’Organisation Internationale du Travail, relatives au travail forcé ou obligatoire et aux pires formes du travail des enfants, textes qu’il a librement ratifiées. Est-il une preuve plus flagrante que les autorités mauritaniennes pratiquent sur ces questions une politique pour la consommation extérieure et une autre pour l’intérieur ?

 

Le gouvernement, en interdisant un séminaire sur le travail servile tente de neutraliser l’incontournable radicalisation de la lutte contre les mentalités et les forces rétrogrades. Ce faisant, il retarde la déconstruction de l’idéologie esclavagiste et tolère la condition servile.

 

 

III - 4 Solidarité internationale et lutte contre l’impunité

 

A Hissène Habré

 

L’organisation prenant position sur le grave problème de l’impunité en Mauritanie ainsi que dans toute l’Afrique a publié, le 1e mai 2001 à Nouakchott, la déclaration suivante dénonçant l’octroi possible du droit d’asile politique à Hissène Habré, ancien Président Tchadien, par le Gouvernement Mauritanien :

 

Au début du mois de mai 2001, des organisations internationales, africaines, notamment tchadiennes et sénégalaises de défense des Droits de l’Homme, ont révélé l’existence de négociations entre le gouvernement mauritanien et Hissène Habré, ex-dictateur tchadien, réfugié au Sénégal mais sommé de le quitter. Le gouvernement mauritanien aurait décidé d’accueillir l’intéressé. A l’initiative des parents de victimes, Hissène Habré est poursuivi pour avoir ordonné des actes de tortures et des crimes contre l’humanité, durant sa période d’exercice à la tête de l’Etat tchadien, c’est à dire entre 1982 et 1990. Il aurait ainsi provoqué 40.000 assassinats, dont campagnes de purges ethniques, contre les populations Sara (1984), Hadjérai (1987) et Zaghawa (1989).

 

En février 2000, Hissène Habré a été inculpé de torture sur la base de la Convention des Nations Unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains et dégradants.

 

La Mauritanie a démenti vouloir l’accueillir.

 

 

B Déclaration de Gaborone

 

70 Organisations Non-Gouvernementales africaines et autres acteurs de la société civile réunies à Gaborone, capitale du Botswana, du 8 au 12 janvier 2001, pour discuter des problèmes de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et d’intolérance qui y sont associées ont publié une importante déclaration sur l’esclavage en Mauritanie, dont voici les principaux extraits :

 

«-Observant qu'il est plus que nécessaire de faire la distinction entre les formes traditionnelles et les formes contemporaines de l'esclavage ;

 

-Notant que l'esclave est une propriété que l’on peut exploiter, vendre, louer et léguer. C’est une condition et un statut héréditaires très répandus qui font de l’esclavage traditionnel une pandémie en Afrique où il existe sous toutes les formes qui rappellent encore la traite négrière. Aujourd'hui des hommes, des femmes et des enfants sont maintenus en otages dans l'indifférence totale des pouvoirs publics, par les sociétés esclavagistes. Des actes tels que la privation de liberté, le travail servile, l'enlèvement, le rapt, la vente de personnes, la captation d'héritage, le concubinage forcé, l'exploitation sexuelle, la torture, traitement inhumain et dégradant démontrent l'existence à l'heure actuelle de la forme traditionnelle.

 

-Considérant la pratique de l'esclavage traditionnel, qui est un crime contre l'humanité tout entière, qui perdure depuis des siècles et que malgré les lois d'abolition existantes dans certains États, des milliers et des milliers de personnes continuent à être victimes de cet abominable fléau.

 

-Considérant les formes contemporaines de l'esclavage et leur développement qui constituent une exploitation inhumaine de l'homme par l'homme;

 

-Considérant le devoir moral et légal que chaque État a de garantir à tous ses citoyens d'être traités sur le même pied d'égalité et avec le respect de la dignité humaine dévolue à chacun,

 

·        Dénonçons la sécularisation de l'esclavage sous toutes ses formes.

 

·        Condamnons l'attitude et l'indifférence de la communauté internationale et des gouvernements africains qui continuent d'ignorer les pratiques de l'esclavage qui sont encore présentes en Mauritanie, au Soudan, au Niger et au Cameroun.

 

·        Demandons à ces États d'élaborer et de mettre en oeuvre une loi criminalisant et sanctionnant toutes pratiques de l'esclavage sur leur territoire.

 

·        Exigeons des États qui restent encore les derniers bastions de ces abominables pratiques, de procéder à l'éradication totale de l'esclavage traditionnel et à la compensation de ses victimes.

 

·        Demandons aux États et à la Communauté Internationale d'exiger la compensation aux descendants des victimes de la traite négrière en Afrique et dans le monde.»

 

 

IV - Missions

 

IV - 1. A l’intérieur du pays

 

SOS-Esclaves :

 

-          a effectué des missions pour s’informer de la situation à l’intérieur du pays, assister des victimes désireuses de porter plainte et développer des actions de sensibilisation dans les localités suivantes : Rosso, Aleg, Boghé,  Kaédi, Maghta Lahjar, Louass’a, Ouneidje, Chegar Gadel, Aioun.

 

-          a créé et mis en place, au mois de novembre 2000, avec 12 autres ONG de défense des libertés fondamentales, le Forum des Organisations Nationales des Droits de l’Homme (FONADH), toujours non reconnu par les autorités.

 

 

IV - 2. à l’extérieur du pays

 

SOS-Esclaves :

 

- a réalisé une tournée d’information en Europe (France, Allemagne, Belgique, Pays Bas, Italie) où, elle a tenu des conférences et participé à des manifestations pacifiques dénonçant l’esclavage, la discrimination et l’impunité des crimes en Mauritanie ;

 

- a participé à la Conférence Informelle Régionale Africaine Contre le Racisme, la Xénophobie et les Intolérances qui y sont Associées, tenue à Gaborone ;

 

- a mis en place à Paris, suite au séjour de son Président en France,                    une Section Européenne, en mars-avril 2001, qui regroupe des militants résidant dans plusieurs pays de la Communauté Européenne

 

- a été représentée à la Conférence Régionale Préparatoire à la Conférence mondiale contre le racisme, la xénophobie et les formes d’intolérances qui y sont associées.

 

- a publié, au mois de juillet 2000, son rapport pour l’année 1999. 

 

 

V Les contraintes

 

V - 1 Intimidation

 

L’organisation n’est toujours pas reconnue officiellement, cela en violation de l’article 10 de la Constitution. Ce blocage empêche toute possibilité de collaboration directe et constructive avec l’administration. En effet, l’Etat Mauritanien continue à soutenir que l’esclavage n’existe pas dans le pays. Les militants actifs de l’Organisation sont toujours étroitement surveillés dans leurs déplacements à l’intérieur du pays comme à l’extérieur de la Mauritanie.

 

Le courrier du Président de SOS-Esclaves est visité et son téléphone mis sur table d’écoutes ; la ligne connaît souvent des pannes inexpliquées.

 

L’intimidation multiforme empêche toute collaboration entre l’Organisation et la presse indépendante laquelle sous le coup de la censure systématique, s’abstient de toute publication relative à l’esclavage.

 

 

V - 2 Rapports avec les autorités

 

SOS-Esclaves a remis son rapport d’activités 2000 au Commissariat des Droits de l’Homme, à la Lutte contre la Pauvreté et à l’Insertion. Comme pour le rapport précédent l’organisation n’a jamais reçu en retour ni commentaires ni observations.

 

Le Président de l’Organisation, Boubacar Messaoud s’est à plusieurs reprises rendu dans les bureaux des Ministères de l’Intérieur, de la Justice, des Wali, des préfectures, des tribunaux, des commissariats de police et des brigades de gendarmerie, pour accompagner des victimes d’abus et de pratiques esclavagistes, apparentes ou camouflées, et d’autres violations des Droits de l’Homme. C’est ainsi que l’Organisation, avec l’intervention des autorités, a pu empêcher des abus esclavagistes et même faire restituer les biens déjà spoliés. Dans ce cadre, l’Organisation souligne que les autorités s’abstiennent toujours de prendre des sanctions contre ceux qui violent la loi interdisant l’esclavage et le déplore. Elle déplore que les problèmes relatifs aux terres de cultures s’accumulent, de plus en plus, entre les anciens esclaves et leurs anciens maîtres mais ne trouvent toujours pas de solution juste. Les décisions judiciaires et administratives sont, systématiquement, en faveur de maîtres.

 

Avec la non pénalisation de pratique esclavagiste avérée l’organisation n’a aucun moyen de dissuasion pour combattre le phénomène.

 

L’Etat n’est pas grandi par la non sanction des actes de répression sauvage exercés par les anciens maîtres dans la région de l’Assaba. De même, le prestige de l’Etat a été entamé par le Wali du Brakna, lorsqu’il a usé de brutalités contre les populations paisibles de N’Gourdiane, pour les chasser de leur terres de culture, après avoir attribué celles-ci à son propre frère. 

 

 

VI Attitude des chancelleries et institutions étrangères accréditées en Mauritanie.

 

L’attitude des chancelleries n’a ni évolué sur la question de l’esclavage ou de l’impunité des crimes en Mauritanie, ni changé par rapport aux organisations non reconnues par le gouvernement, comme SOS-Esclaves ou les autres ONG membres du Forum des Organisations Nationales des Droits de l’Homme ( FONADH ). Aussi, l’extrait ici révisé du rapport de 1999, résume ce dilemme.

La plupart des chancelleries, plus soucieuses d’entretenir de bonnes relations avec les autorités mauritaniennes, se contentent de l’image de démocratie affichée, avec son multipartisme de façade, ses libertés syndicales, d’association et de presse, toutes de pure forme. Elles ne se préoccupent pas de la réalité vécue. Elles se montrent généralement dérangées par nos activités, nos démarches d’information, voire par notre existence. Elles s’évertuent, par souci de réalisme diplomatique, à nous décrédibiliser auprès des gouvernements et de l’opinion publique de leur pays respectif. En effet, il leur est bien difficile de justifier de bonnes relations avec un Etat et faire les éloges d’un gouvernement qui camouflent encore les pratiques de l’esclavage. Autant, alors, prétendre que l’esclavage, les discrimInations ethniques et les violations des libertés demeurent des manquements résiduels en Mauritanie.

 

Dans ce cadre, l’attitude de l’ambassade des Etats Unis d’Amérique ne cesse de nous étonner et de nous surprendre. C’est à croire que les diplomates de ce pays mettent un point d’honneur à démontrer que l’esclavage n’est plus pratiqué en Mauritanie depuis des siècles déjà !

 

Depuis 1998, date de la répression des militants anti-esclavagistes, l’Ambassade des USA ne nous a jamais conviés aux rencontres qu'elle organise, pendant le dernier trimestre de chaque année, avec le missionnaire du Département d'Etat chargé des Droits de l'Homme dans la sous région ; la rencontre prépare le Rapport Annuel relatif à ces questions. 

 

Enfin, la personne qui a réellement combattu notre Organisation, avec et après l’Ambassadrice Mme Sampas, est Mme Carole Colloton qui fut Premier Secrétaire, lors des trois dernières années. Elle a été rappelée, en juillet 2001, à Washington, pour y occuper d’autres fonctions. Elle a assuré, à plusieurs reprises, le rôle de Chargée d'Affaires à Nouakchott.

Elle s'était même opposé à la demande de visa de Monsieur Boubacar O/Messaoud, le Président de SOS Esclaves, lorsqu’il a voulu se rendre aux USA en 1999, pour y effectuer un voyage d’information. Il a fallu l'intervention énergique de Jerry Herman, le responsable invitant d’American Friends Service Committee ( AFSC ), pour que, deux jours après, le visa soit accordé. Mme Collotton, tout autant que Mme Sampas, défendaient ouvertement auprès des autres diplomates et de la presse, les thèses du Gouvernement mauritanien. Elles ne fréquentaient que les cercles dirigeants, et ne boudaient les réceptions privées du sérail. Mme Colloton s'est permis, lors de l’incident du visa, de confier à M. Hermann, sous le sceau de la confidence, que le Président de SOS-Esclaves est un charlatan et que l'AFSC aurait mieux fait d'inviter le professeur tel, jugé «plus crédible….»

 

Plus récemment encore, le fameux Rapport du Département d’Etat mentionne, sans égard pour un fait pourtant vérifiable et certain, que SOS-Esclaves n’a pas publié de Rapport Annuel en 2000. Or, celui-ci est pourtant archivé, sur le site http://www.sos-esclaves.org/   

 

Plus triste encore, le fameux Rapport du Département d’Etat, cite, parmi les organisations de défense des Droits Humains, l’Initiative de Soutien a l’Action du Président ( ISAD ) !!!! Il s’agit d’un association théorique que préside Breïka Ould M’bareck, un ancien colonel reconverti qui défend le passif humanitaire du régime et le fait explicitement, comme le laisse entendre le nom de son officine…..

 

L'officiel américain qui s’est déplacé cette année, à Nouakchott, est M. Douglas Dearborn. Son séjour, assez perturbé par les attentats terroristes, a pris fin le 16 septembre ; le soir de cette journée, où il serait parti précipitamment, une réception avait été organisée en son honneur par le chargé d'affaire à l'ambassade américaine. Le président de SOS-Esclaves y a été invité. C'est ainsi qu’il apprit, par divers témoins, que l’officiel américain a eu de nombreuses journées d’entretien avec les organisations reconnues par le Gouvernement, évidemment invitées par l’Ambassade. Rappelons que les ONG de Droits de l’Homme ayant reçu un agrément officiel servent généralement de relais aux Services de Sécurité mauritaniens, notamment la Direction de la Documentation ( DD, dite BED ), le contre-espionnage national. Aucune chancellerie nouakchottoise n’ignore cet usage. Le responsable américain a également tenu des séances de travail avec le staff du Commissariat aux Droits de l'Homme et à la Lutte Contre la Pauvreté.

 

De leur côté, les organisations internationales les plus concernées, telles que le PNUD et l’UNICEF, ramènent nos préoccupations à la seule problématique de la «pauvreté», sinon à des «anachronismes», qu’on ne nomme même plus «séquelles de l’esclavage», pour ne pas être discourtois envers le gouvernement. La solution réside, selon elles, dans la lutte générale contre la pauvreté, cette recette miracle des années 2000. Elles n’entretiennent réellement des relations et n’apportent un soutien qu’aux ONG reconnues par le gouvernement et listées par la direction du développement social du Ministère de l’Economie et des Finances (DDS). Les missions en provenance du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Droits de l’Homme, comme celles du Département d’Etat américain, ne nous accordent des entretiens que pour pouvoir mentionner, dans leur rapport, avoir écouté un point de vue discordant des thèses officielles et mentionner cette rencontre dans leur agenda de visite. C’est ainsi, qu’au mois de juillet 2000, lors de la rencontre avec une mission des Nations  Unies  venue au domicile du Président de SOS Esclaves, 3 victimes, Bilal et Mahjouba et leur mère, ont été présentées à l’expert, une consultante tunisienne, qui ne s’est même pas donné la peine de les interroger. Les enfants étaient disputés à la mère esclave, par le maître Ahmed Ould Nacer, qui prétendait en être le père. Sur le drame de cette famille enfin réunie après une lutte de quelque années, l’expert se contenta, tout simplement, de poser la question : pourquoi n’a t’on pas procédé au test ADN ?

 



1 terme arabe désignant le juge ou toute personne habilitée à trancher un différent de nature judiciaire. En Mauritanie, il existe un conflit de juridiction : les cadis traditionnels, non nommés par l’Etat, peuvent rendre des verdicts de droit musulman mais ceux-ci ne sont applicables que si les parties au procès sont d’accord. Les cadis officiels appliquent la loi de l’Etat et leurs décisions sont contraignantes, en théorie. Toutefois, la déliquescence du droit et des institutions modernes est telle, qu’en Mauritanie, les puissants ont souvent gain de cause. Il  faut y ajouter que la corruption gangrène le système judiciaire et que l’hégémonie des anciens maîtres sur l’appareil d’Etat rend illusoire toute égalité des citoyens devant la loi.

 

2 Le terme, pluriel de Hartani, désigne, à l’origine, les esclaves affranchis par leur maître. Aujourd’hui, il s’applique, par commodité, à toutes descendants d’esclaves.

 

3 Wali est la traduction de Gouverneur de région, la plus haute autorité administrative hors de la capitale. Le wali est le délégué du Gouvernement dans une région donnée. Il est subordonné au Ministre de l’Intérieur. La Mauritanie compte 12 régions.

 

4 Néma, à l’extrême Est du pays, la capitale de la région du Hodh El Chargui, frontalière du Mali, est très éloignée de Nouakchott, le centre du pouvoir politique.

 

5 Charia, terme générique définissant les «  Houdoud », c’est à dire la procédure et les lois pénale, civile et administrative en droit musulman. Les maîtres, au nom d’une reconnaissance de l’esclavage dans la Tradition islamique, se réfèrent à celle-ci pour légitimer les inégalités de naissance. Pourtant, la majorité écrasante des théologiens et jurisconsultes en Mauritanie et partout ailleurs en terre d’Islam ont décrété l’abolition. La société mauritanienne, à cause de la confusion historique entre la religion et les intérêts du groupe dominant, demeure marquée par l’amalgame entre esclavage et volonté de Dieu.

 

6 L’ouguiya est la monnaie nationale de la Mauritanie, désignée par l’abréviation UM. 280 UM = 1 dollar US

 

7 Jemaa, terme arabe désignant l’assemblée, la réunion, publiques en général. Ici, Jemaa est la plus importante instance où se règlent les problèmes de la communauté tribale ; c’est, habituellement, un groupe d’homme majeurs, qui décide, au nom de tous.

 

8 Flamistes, désigne les militants des FLAM, Forces de Libération Africaines de Mauritanie, un mouvement d’opposition non légal, majoritairement composé de négro-africains. Les FLAM dénoncent les discriminations et inégalités raciales dont elles accusent le gouvernement mauritanien. Plusieurs de leurs cadres sont morts en prison ou ont été exécutés entre 1987 et 1991.