Une famille maintenue en esclavage en Mauritanie (SOS-Esclaves)
DAKAR, 1er fév (AFP) - L'ONG mauritanienne SOS-Esclaves se
déclare "vivement préoccupée" par le sort d'une famille maintenue en
esclavage dans une localité de la région de Tiris Zemmour, au nord de
la Mauritanie, selon un communiqué reçu dimanche par l'AFP à Dakar.
Matalla, un Mauritanien d'environ 20 ans, sa mère, ses trois soeurs
et ses sept frères sont "soumis à l'esclavage dans ses formes les
plus horribles" par des membres de "la tribu de Rgueïbatt, fraction
Selama", affirme l'ONG dans ce texte signé de son président, Boubacar
Messaoud.
La situation a été découverte lorsque le jeune homme, qui "gardait un
troupeau de chamelles appartenant à ses maîtres", s'est enfui pour
échapper aux menaces de la tribu. Il a été recueilli le 18 janvier
dernier par des militaires en service à Lemghaïty, localité située à
environ 650 km de Zouérate (nord-ouest), et protégé "en accord avec
le commandement", explique le communiqué.
Zouérate est une cité minière à 600 km à l'est de Nouakchott, la
capitale.
Selon le texte, Matalla a été conduit par les militaires dans cette
ville et confié à la gendarmerie. Il y est "resté jusqu'au 20
janvier", avant d'être renvoyé à Bir Moghrein (300 km au nord de
Zouérate).
Cette décision "laisse craindre qu'il (le jeune Homme) ne soit remis
à ses maîtres, au risque, pour lui, de subir des représailles pouvant
entraîner des sévices irréparables", indique l'ONG.
SOS-Esclaves, se basant sur son témoignage, précise qu'il a confié
aux militaires l'ayant recueilli qu'il préférait "mourir en (leur)
présence", avec l'espoir d'être "enterré correctement, ce que ne
feront pas ses maîtres" s'il repartait chez eux.
Matalla espérait par ailleurs retrouver à Zouérate un treizième
membre de sa famille, son frère aîné "Ethmane (qui) a fui il y a deux
ou trois ans" et "réussi à échapper à sa condition", selon l'ONG.
Tous ses autres frères et soeurs "sont soumis au travail forcé et à
l'exploitation des enfants", "aucune instruction ne leur est donnée",
dénonce-t-elle.
SOS-Esclaves "exprime ses vives préoccupations sur le sort de Matalla
et les onze autres membres de sa famille". Elle "demande aux
autorités administratives et militaires (mauritaniennes) d'intervenir
pour qu'(ils) retrouvent immédiatement leur liberté, et bénéficient
d'une assistance permettant leur insertion dans la société et
l'exercice de leurs droits civiques".
En Mauritanie, l'esclavage a été officiellement aboli en 1981 et
reste prohibé par la Constitution et la législation du pays, selon
l'organisation de défense des droits de l'Homme Amnesty International.
En novembre 2002, Amnesty avait publié un rapport dans lequel elle
dénonçait de "multiples atteintes aux droits humains liées à
l'esclavage (et) commises en toute impunité" dans le pays où,
ajoutait-elle, les personnes affranchies "continuent d'être victimes
de discrimination".
Le gouvernement mauritanien avait démenti ces allégations et qualifié
le rapport de "mensonge grossier".