Lettre au Ministre de l'Intérieur pour la libération de Matalla

COMMUNIQUE DE PRESSE


Le 18 / 01 /04 un cas d’esclavage dans la ville de Zouérate a été signalé à notre organisation, SOS-Esclaves. La victime est un jeune homme répondant au nom MATALLA, âgé d’environ une vingtaine d’années. Matalla se trouvait dans la localité de Lemghaïty, située à environ 650 km de la ville de Zouérate à la frontière nord de la Mauritanie où il gardait un troupeau de chamelles appartenant à ses maîtres de la tribu de Rgueïbatt, fraction Selama. Fuyant ses maîtres qui menaçaient sa vie pour velléité de fuite à l’exemple de son grand frère qui a réussi à échapper à sa condition, il fut recueilli et protégé par des militaires en service, en accord avec le commandement.

Arrivé à Zouérate les militaires l’auraient confié sur instruction du gouverneur, le colonel Sidi Mohamed Ould Cheikh Ould Alem, à la gendarmerie où il est resté jusqu’au 20 janvier, date à laquelle il aurait été remis au commandant de la brigade de Bir Mogreine pour des raisons qui nous échappent toujours sur instruction du gouverneur. Mais le renvoi de Matalla à Bir Mogreine laisse à craindre qu’il soit remis à ses maîtres, au risque, pour lui, de subir des représailles pouvant entraîner des sévices irréparables. D’ailleurs redoutant de repartir avec ses maîtres, Matalla disait aux militaires auxquels ils s’était confié : « qu’il préfère mourir en leur présence pour qu’ils l’enterrent correctement, ce que ne ferons pas ses maîtres ».

Selon les informations que nous avons pu recueillir ce jeune homme a laissé derrière lui une famille de onze membres : sa mère, ses trois sœurs et ses sept frères dont la plupart est en bas âge. Il indique en fait que toute sa famille est soumise à l’esclavage dans ses formes les plus horribles (aucun enfant n’a un père, aucune instruction ne leur est donnée, ils sont soumis au travail forcé et à l’exploitation des enfants…). Il ajoute que son frère Ethmane a fui il y a deux ou trois ans et qu’il espère le retrouver à Zouérate.

Depuis que le jeune Matalla est renvoyé à Bir Mogreine toutes les tentatives de SOS Esclaves pour entrer en contact avec le gouverneur du Tiris Zemour sont demeurées vaines.

SOS-Esclaves :

-exprime ses vives préoccupations sur le sort de Matalla et les onze autres membres de sa famille, surtout que notre pays vient d’adopter une loi interdisant la traite des personnes pour assurer la répression de telles pratiques, il s’agit de la loi N° 2003-025 en date du 17 juillet 2003 ;
-demande aux autorités administratives et militaires d’intervenir afin que Matalla et les siens retrouvent immédiatement leur liberté et qu’ils bénéficient d’une assistance permettant leur insertion dans la société et l’exercice de leurs droits civiques.

Nouakchott le 31 janvier 2004
Pour le Bureau Exécutif le Président,
Boubacar Messaoud

Organisation anti – esclavagiste, pour la Défense et la Promotion des Droits Humains.
Observateur auprès de la Commission Africaine des Droits de l'Homme et des peuples.