Le cas de de la jeune fille esclaves El Bettoule
Communiqué de presse conjoint
Nous avons été saisis d’un cas d’exploitation de mineure, par une famille résidant à Teyarett, arrondissement
nord de Nouakchott. Après l’écoute de la victime âgée d’environs de 13 ans (voir photo jointe), nous l’avons
rencontrée en présence de la presse et de la famille qui l’a recueillie.
Voici le résumé des faits :
« Je m’appelle Bétoul, je ne sais pas Mint ( fille de ) qui ? Et ne connais pas non plus le nom de ma mère dont
je n’ai aucun souvenir; depuis ma tendre enfance, je ne connais que la famille avec laquelle je vivais
jusqu’aujourd’hui. La mère de famille s’appelle MAIMOUNA Mint ZAOUI ; elle est de la tribu des Tajakant.
Je suis partie de chez elle, de moi-même, car elle m’a frappée à l’œil avec un bol, parce que j’ai versé,
sans le vouloir, un peu de lait sur la moquette. Elle me frappe souvent, pour un oui ou pour un non et même
quand je fais une bonne action, elle ne m’encourage jamais ; elle m’injurie aussi.
Je ne sais pas à quel âge je suis venue chez elle ; nous parlons, elle et moi, la langue Tamashek ;
chaque fois que je lui demande où se trouve ma mère, elle me répond : « elle est au Mali ! ». Je m’occupe,
à la maison, de tous les travaux domestiques et sans salaire ; je ne mange jamais avec elle, je mange seule.
Elle m’habille en jupe, avec un Tee-shirt et un foulard sur la tête. Je ne reçois d’habit neuf qu’à l’occasion
des fêtes (généralement une robe ou une jupe avec tee-shirt).
Je n’ai jamais été à l’école publique, encore moins à l’école coranique. Elle ne m’a pas appris à prier ;
je réciter la Fatiha, que j’ai apprise de moi-même, regardant les gens prier. Maintenant, je fais la prière
grâce à Salma, qui m’a recueillie ; elle m’a donné le voile que je porte et m’a appris à faire les ablutions.
Je n’ai jamais eu de copine ; aussi, je ne joue pas comme les filles de mon âge ; ma seule occupation,
ce sont les commissions à la boutique et au marché, la cuisine et les autres taches ménagères dans la maison.
Maïmouna ne recrute de domestique pour m’aider à la maison que lorsque ses filles qui vivent aux Emirats
viennent la voir. Elle ne s’est jamais occupée de moi comme une mère de sa fille. J’ai appris à me peigner
toute petite ; pour me tresser, elle me disait de m’adresser à notre voisine qui s’appelle Oumoulkhaïri.
Je ne veux pas revenir chez Maïmouna, mais je voudrais pouvoir retrouver mes parents. »
Salma, la dame qui a recueilli la petite fugitive nous déclare, ensuite, ce qui suit :
« Je suis vendeuse de légumes au marché de Teyarett et la petite Bétoul a l’habitude de m’en d’acheter ;
elle venait parfois accompagnée d’une dame d’un certain âge ; elle était souvent mal habillée ; d’autres fois,
elle venait seule et s’asseyait à côté de moi et en papotant ; je demandais au vendeur de beignets de lui en donner.
Le mardi, 17 février de cette année, j’ai été surprise de la voir venir s’asseoir, à côté de moi, silencieuse ;
alors je l’ai regardée, elle m’a aussitôt posé la question : - Est-ce que tu n’as pas vu des gens qui cherchent
une bonne ? Je lui ai demandé : -Qui cherche du travail ? Elle répondit : -Moi ! Interloquée,
je lui dis : - A ton âge, où sont tes parents ? Elle me répondit : Je ne connais pas mon père et je ne connais
pas ma mère et je viens de fuir de la famille où je me trouvais, car ils m’ont frappée. En regardant de plus
près, je me suis rendu compte qu’elle avait l’œil droit abîmé ; elle était habillée presque en haillons,
d’une jupe, d’un Tee-shirt et d’un pull-over et foulard rouge sur la tête.
Je l’ai amenée chez moi à Dar Naïm ( quartier populaire de la capitale Nouakchott ) et au moment où j’ai
voulu la faire changer d’habit, mes parents m’ont demandé de la déclarer au commissariat de police, au cas
où il y aurait quelqu’un qui la réclamerait. Je me suis rendue avec elle au commissariat de police de Dar
Naïm-II ; les policiers que j’ai trouvés au poste, après m’avoir écouté et pris ma déclaration, m’ont demandé
de la garder avec moi ; ils ont ajouté qu’ils vont me rappeler.
Le lendemain la police m’a téléphoné me demandant de venir avec la petite ; à notre arrivée, nous avons trouvée
une famille qui déclare avoir perdu leur fille depuis fort longtemps et que cette dernière serait née en 1981.
Par la suite, les policiers m’ont demandé de renter chez moi avec Bétoul et de revenir dimanche 22 février.
Et aujourd’hui, samedi, je me suis rendue au commissariat, afin de savoir si je devais revenir le dimanche,
puisque ce jour est férié ; ils m’ont alors dit de revenir lundi. Voilà tout ce que je sais de cette histoire. »
Le cas de cette petite fille, qui ne sait même pas d’où elle vient ( elle parle tantôt du Niger, tantôt du Mali )
met à l’épreuve les autorités administratives Mauritaniennes, quant à la mise en application de la loi contre la
traite des personnes mais aussi la convention sur les droits de l’enfant, texte international que la Mauritanie a
ratifié depuis 1990. En l’état des informations recueillies, la petite Bétoul est aujourd’hui victime de mauvais
traitements, d’exploitation, de déni de parenté et ne jouit pas de ses droits élémentaires (l’éducation,
l’épanouissement, l’identité, etc...)
Son histoire illustre la situation des autres enfants, vivant le même scandale et qui restent maintenus dans
l’ombre.
Au moment où nous écrivons ce communiqué, nous avons été informés que la victime Bétoul a été remise par la police,
ce jour, lundi 23 février 2004, à Madame Maïmouna Mint Zaoui.
Devant cette situation SOS-Esclaves et l’Association Mauritanienne des Droits de l’Homme:
- Interpellent les autorités policières, judiciaires et administratives, afin de mener une enquête sur cette
affaire et d’aider Bétoul à retrouver ses parents légitimes.
- Demandent que la famille qui exploitait impunément cette enfant soit traduite en justice, pour réparer le préjudice
subi par l’enfant et dissuader tous ceux ou celles qui continuent encore à pratiquer ce genre d’exploitation contre
le genre humain.
- Recommandent, enfin, aux autorités politiques, d’user de tout leur pouvoir, afin de rendre effective, par une
large diffusion, l’application de la loi contre la traite des personnes.
Pour l’A M D H Me Fatimata M’Baye , Présidente
Pour SOS-Esclaves, Boubacar Messaoud, Président
Nouakchott, le 23 février 2004