Torture, encore et toujours !
Communiqué de Presse
Les cas de sévices carcéraux se multiplient dans notre pays ; les langues se délient et en décrivent les scènes les plus horribles et odieuses ; le dernier cas en date est celui du citoyen algérien, Ismael Issa et de ses compagnons de captivité.
En l’espèce, cet étranger, résidant en Mauritanie depuis plus d’une décennie, a été arrêté, vers la fin du mois de mai et déféré le jeudi 14 juillet, à cause de son rôle présumé dans le recrutement de volontaires mauritaniens, pour le compte de mouvements terroristes, en l’occurrence le Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC) ; il serait, aussi, proche des milieux de renseignements algériens. Des dizaines d’autres nationaux, dont des notables religieux se trouvent impliqués, dans le même dossier.
Selon des sources proches de la prison civile - où il est déposé depuis sa première comparution - Monsieur Ismael Issa, aurait subi des scènes de tortures, particulièrement atroces, notamment l’extinction des cigarettes sur son corps, avec une insistance sur les organes génitaux et jusqu’à l’usage d’une scie tranchante, pour simuler la section de ses jambes causant de profondes blessures. Quelques jours auparavant, deux autres détenus du même lieu – Mohamed Mahmoud Ould Idoumou et Sidiya Ould Souleymane Ould Jdoud, dit « Nawawi » - étaient reconduits dans des commissariats de police et soumis à des pressions tout aussi inhumaines, pour les amener aux aveux attendus, par des policiers, dont les noms et grades sont connus aujourd’hui. Le procès des putschistes dans la garnison de Ouad Naga révélait, au début de l’année, l’ampleur et la gravité du recours à de telles violations de la dignité humaine.
La torture est, en effet, devenue, en Mauritanie, une pratique banale et, pour certains, assez normale, malgré ses graves conséquences sur la vie des victimes ; souvent, il nous est arrivé d’alerter l’opinion sur les décès très suspects, au cours des interrogatoires, lors des arrestations ou pendant la garde à vue.
Cette pratique demeure le moyen privilégié de la police, aussi bien politique qu’ordinaire, pour extorquer des aveux, de surcroît admis par les magistrats, lesquels auraient dû, non seulement rejeter les Procès Verbaux ainsi réalisés mais, plutôt, engager des poursuites contre les auteurs des sévices physiques.
La parfaite illustration en a été faite, durant le procès de Ouad Naga où les suppliciés se succédèrent à la barre, devant la Cour, pour dire le détail de leur calvaire, traces corporelles à l’appui, sans que cette instance n’en tînt jamais compte ; pourtant, des plaintes furent déposées, séance tenante, par les prévenus et leurs avocats ; en vain.
L’impunité règne en Mauritanie et les tortionnaires y récidivent, forts de leur protection, fort du silence complice des plus hautes autorités.
Au delà de la dénonciation de cet usage devenu conventionnel dans le pays, SOS Esclaves :
- Prie, avec insistance, les autorités mauritaniennes, d’insérer, rapidement, dans l’arsenal de la législation interne, tous les instruments, internationaux, qui répriment l’atteinte à l’intégrité du corps.
- Appelle, les citoyens et les partenaires extérieurs, à manifester leur désapprobation, active et sans ambiguïté, de cette forme d’autoritarisme qui nourrit l’esprit de vengeance et aggrave les risques de violence.
Nouakchott, le 2 août 2005
Boubacar Messaoud, Président
Exterieur: Exterieur@sosesclaves.org
Afrique: Afrique@sosesclaves.org