REFUGIES : COMMUNIQUE CONJOINT AMDH - SOS Esclaves



La situation des déportés et réfugiés mauritaniens constitue une donnée structurelle de la crise et de l’instabilité dans notre pays. En effet, au lendemain des événements douloureux survenus avec le Sénégal en avril 1989, plus de 70.000 négros africains de Mauritanie ont été contraints à se déplacer vers ce pays et 30.000 au Mali.

Le Haut Commissariat au Réfugiés (HCR), qui les avait pris en charge dés leur installation dans des camps de fortune, s’est désengagé, le 31 Décembre 1995, les abandonnant au désarroi. Toutes les tentatives des Associations de réfugiés, pour obtenir un retour organisé sous l’égide des Nations Unies (HCR), sont restées vaines. A ce jour, seuls 10% d’entre eux ont une pièce d’identification (Carte d’identité de réfugié ou CI). La majorité ne possède que le récépissé fourni, à l’arrivée, ce qui remet en question leurs droits les plus élémentaires et les fixe dans la précarité, depuis bientôt 15 ans.

Nos organisations rappellent que la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, dans sa décision d’Alger, en date du 11 mai 2000, a recommandé, aux autorités mauritaniennes : « de prendre des mesures diligentes, en vue de la restitution de leurs pièces nationales d’identité, aux ressortissants mauritaniens, auxquelles celles-ci ont été retirées au moment de leur expulsion, d’assurer le retour de ces derniers en Mauritanie, ainsi que la restitution des biens dont ils ont été spoliés au moment de ladite expulsion et de prendre des dispositions nécessaires en vue de la réparation des dommages subis par les victimes des événements susmentionnés ».

Nos organisations invitent les autorités sénégalaises et le HCR à prendre des mesures urgentes, afin d’attribuer, aux réfugiés mauritaniens, des pièces d’identification qui permettent de définir, clairement, leur statut juridique et un minimum de prise en charge, en attendant le retour.

A cet égard, nos organisations engagent les autorités mauritaniennes à mettre en oeuvre les décisions et recommandations de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples et celles du Comité des Nations Unies pour l’Elimination de toutes les Formes de Discrimination Raciale (CERD).

Sans quoi, le pourrissement de cette situation aggravera les sources de violence aux frontières des 3 Etats ; celles-ci relèvent, donc, de la problématique de la paix et de la prévention des conflits en Afrique de l’Ouest.



SOS Esclaves et Association Mauritanienne des Droits de l’Homme (AMDH)

Nouakchott, 19 février 2005

Annexes :

SUD QUOTIDIEN (Sénégal) du 17 février 2005

VISITE D’ETAT DU PRESIDENT OULD SID’HAMED TAYA
Les réfugiés mauritaniens « sacrifiés »
Le sort des réfugiés mauritaniens déportés au Sénégal depuis les événements de 1989, n’a pas semblé préoccuper outre mesure les autorités des deux pays lors de la visite d’Etat de 48 heures du président mauritanien au Sénégal. Il n’a pas du moins été évoqué dans le communiqué final sanctionnant la visite. Rappelant les deux pays, à leur responsabilité vis-à-vis d’eux, les réfugiés ont tôt fait de réagir. Par la voix d’un des leurs, Amadou Samba Bâ, ils refusent « d’être les agneaux de sacrifice » du « raffermissement et du renforcement des relations d’amitié et de fraternelle coopération qui existent entre les deux pays ».
Ould Sid’Hamed Taya, président de la République islamique de Mauritanie s’en est retourné hier, mercredi 16 février après un séjour de 48 heures au Sénégal. L’hôte de Me Wade à la tête « d’une importante délégation a effectué une visite de travail du 14 au 16 février ». A cette occasion, les deux chefs d’Etat ont abordé entre autres questions, celle de la sécurité, pour dire dans le communiqué conjoint sanctionnant la visite, qu’ils « se sont félicités des résultats obtenus et ont convenu d'élargir et de renforcer la coopération entre les forces de sécurité des deux pays, afin de prévenir et de lutter efficacement contre la criminalité transnationale organisée sous toutes ses formes, notamment le terrorisme ».
Mais nullement, fait remarquer Amadou Samba Bâ qui nous a rendu visite hier, mercredi 16 février, « de la question importante des réfugiés mauritaniens déportés au Sénégal depuis 1989 ». Pourtant, poursuit-il, « c’est là, le véritable problème qui existe entre les deux pays. La question des déportations massives de 1989 devait être au centre de toutes discussions avec les autorités mauritaniennes, parce que c’est une question qui par-delà son aspect droit de l’homme, et condition humaine, pose la question de la stabilité sous-régionale ».

En effet, argumente-t-il, « plusieurs officiers, sous-officiers et simples soldats mauritaniens sont éparpillés un peu partout, dans la sous-région et ailleurs. Persécutés, chassés de leur pays, ils sont une source non négligeable de déstabilisation, non seulement pour la Mauritanie, mais pour toute la sous-région, entendue que tout ce qui touche à un pays a forcément des répercussions chez les voisins. Il s’y ajoute que l’on affirme que la Mauritanie a du pétrole. Avec Taya à la tête de l’Etat, lui qui depuis son coup d’Etat de 1984, est source chaque année de troubles en Mauritanie. Il a trahi tous les officiers supérieurs, officiers avec qui, il avait fait le coup. C’est le cas du colonel Baby Housseinou et du Lieutenant-colonel Diop Moustapha en exil en France. Il est vrai que les gouvernements antérieurs n’ont pas manqué d’avoir des imperfections au plan de la démocratie et du respect des droits de l’Homme, que ce soit celui de Ould Dada, le premier, de Ould Saleck, de Louli Ahmed Mohammed Ould Louli ou de Khouna Ould Haïdala, mais celui de Maaouya Ould Sid'Ahmed Taya dépasse tous les autres ».
Selon le réfugié négro-mauritanien, Amadou Samba Bâ, « Taya a commencé à utiliser les mauritaniens blancs contre les noirs et d’inverser le pôle actuellement. Il cherche à utiliser les négro-mauritaniens contre les blancs. C’est ça nouvelle tactique. En vérité, il est arrivé depuis qu’il est au pouvoir à déstructurer le pays, à susciter au sein de toutes les ethnies et de toutes les tribus, des dissensions internes ou inter-ethniques pour se maintenir au pouvoir ».
La crise sénégalo-mauritanienne : un prétexte
Revenant sur la question des réfugiés mauritaniens au Sénégal, Amadou Samba Bâ assure que les événements de 1989 ont été en fait, « conçus et froidement programmés par le régime de Taya. Parce que la communauté négro-mauritanienne entre Haratine, Soninké, Hal pular, Wolof était devenue largement majoritaire dans le pays. Elle représentait plus 58%de la population. Un recensement de 1988 financé par les Etats-Unis qui n’a jamais été publié en fait foi. On voit donc, que c’est pour inverser une telle tendance que le régime de Taya qui à l’époque s’appuyait sur les blancs-mauritaniens, avait planifié cette déportation massive de négro-mauritaniens. Les événements de 1989 n’ont servi que de prétexte. Il fallait stopper le gonflement démographique des négro-mauritaniens. Et un arrêté du ministre de l’Intérieur N° R 100 du 1er décembre 1982 s’y employa. Et malgré la loi 61.112 du 12 6 1961, modifiée par l’ordonnance n 82-028 du 1er décembre 1982 qui stipulait que « tout mauritanien sous réserve de remplir les conditions édictées par l’ordonnance précitée, détenait la possession d’Etat, le régime de Taya passa outre ».
Aujourd’hui, face à la douloureuse question des réfugiés mauritaniens, ils sont une population de 70.000 au Sénégal « dans la Vallée, de Bakel à Saint-Louis en passant par Dakar, répartis sur 283 sites d’hébergements provisoires », affirme Amadou Samba Bâ, « le Sénégal qui est une référence en matière de démocratie et de respect des Droits de l’Homme devrait réagir vigoureusement. Nous ne comprenons même pas pourquoi, il traite avec des régimes dictatoriaux. En tout cas, le Sénégal se doit d’influencer le régime de Taya pour un meilleur respect des Droits de l’Homme dans son pays ». Et en outre, souligne-t-il, « Le Sénégal doit revoir également sa politique vis-à-vis des réfugiés. Nos requêtes auprès des autorités du pays sont restées jusqu’ici lettre morte. On ne nous donne que des récépissés valables pour trois pour nos cartes d’identité. Et nous désespérons de trouver interlocuteurs face aux autorités sénégalaises. Tantôt c’est la Primature, parfois le ministre de l’Intérieur, dès fois, le Haut commissariat aux réfugiés. On nous fait valser. Depuis 1996, nous ne recevons plus d’aide digne de ce nom. Il est grand temps que la question des réfugiés mauritaniens soit sérieusement abordée par les autorités des deux pays et de la sous-région », martèle-t-il. Selon lui, les déportés mauritaniens au Sénégal qui s’étaient éparpillés dans une multitude de structures, sont en train de regrouper au sein d’une seule et homogène organisation de défense de leurs intérêts.
En attendant, tout va dans le meilleur des mondes entre la Mauritanie et le Sénégal. Les deux chefs d’Etats ont des relations au beau fixe. Et comme le souligne le communiqué final sanctionnant la visite d’Etat de Maaouya Ould Sid'Ahmed Taya, « plusieurs autres points liés à la coopération sous régionale, la situation politique au Togo, la persistance des conflits au Darfour (Soudan), en République Démocratique du Congo, dans la région des Grands Lacs et dans la Corne de l'Afrique ont été aussi évoqués » par les deux délégations. Lu par le ministre mauritanien des Affaires étrangères et de la Coopération, le communiqué conjoint fait état de leur parfaite identité de vue sur toutes les questions soulevées. En oubliant la question des réfugiés mauritaniens. Sujet qui fâche certainement.

Madior FALL-SUD QUOTIDIEN du 17 fevrier 2005