ENLEVEMENT D'OPPOSANTS MAURITANIENS EN GAMBIE
Alerte conjointe AMDH et SOS-Esclaves
Le 25 mai 2005, les services de sécurité de Gambie ont remis, aux services de l’Ambassade de Mauritanie à Banjul, deux mauritaniens, en résidence régulière dans ce pays. Sous la contrainte, Messieurs Abdallahi Ould Nafa et Mohamed Ould Lehbouss seront ensuite conduits, à destination de Nouakchott, dans un véhicule portant plaque diplomatique de la Mauritanie.

Parvenu aux frontières avec le Sénégal, le convoi est immobilisé, durant quelques heures, avant de poursuivre son trajet initial, via Dakar, par par avion !!! L’objection des autorités de l’Etat de transit finira par céder devant l’insistance et l’assurance des ravisseurs, sans doute aidés, en cela, par les diverses pressions de leur tutelle à Nouakchott.

Dans la nuit du jeudi à vendredi, les deux captifs arrivent, sous escorte, dans la capitale ; depuis, ils sont totalement isolés dans le centre d’interrogatoires de l’Ecole de Police.

Cet événement est d’autant alarmant que les deux personnes, dont l’une avait déjà été extradée de Gambie, en 2003, sur intervention de la Mauritanie, sont des détenus d’opinion, à travers l’enlèvement desquels le Pouvoir adresse un avertissement, sous forme d’intimidation, aux opposants en exil.

L’épisode, lourd de conséquences, démontre encore que les gouvernements de Gambie et du Sénégal, à des degrés certes inégaux, demeurent connivents, sur leurs propres territoires, de la politique de répression où le régime mauritanien se compromet, sans répit, depuis le printemps de 2003.

C’est l’occasion, pour l’AMDH et SOS Esclaves de lancer un appel pressant à la société civile de ces deux pays (Sénégal, Gambie) à la société civile mauritanienne et à la communauté internationale, pour quelles se mobilisent et dénoncent les pratiques anticonstitutionnelles des les lois dites « de lutte contre le terrorisme », dont l’usage réel, vise, en Afrique, à neutraliser les opposants, exilés ou non ; l’on se souvient que le gouvernement sénégalais avait livré, durant l’été 2003, le lieutenant présumé putschiste, Didi Ould Mhamed, aujourd’hui condamné à 15 ans d’emprisonnement ferme, cela malgré les risques crédible de torture et de mort à quoi il s’exposait alors.

De l’ensemble des acteurs oeuvrant pour la démocratie et les libertés essentielles en Mauritanie, nous sollicitons concours et solidarité, afin de sanctionner ce comportement et, surtout, d’éviter la réédition de tels abus, qui constituent une violation flagrante des fondamentaux, au moment où la Cour Africaine des Droits de l’Homme émerge de décennies d’arbitraire et cristallise les espérances d’un mieux être collectif sur le Continent.

Nouakchott, le 2 juin 2005
Fatimata Mbaye, Présidente de l’AMDH
Boubacar Messaoud, Président de SOS-Esclaves