LA POLICE MALMENE UNE FAMILLE
Note d’observation de SOS Esclaves Mauritanie
L’Association a été saisie par les citoyennes mauritaniennes suivantes :
· Falimetou Mint M’Bareck, sœur du détenu,
· Meïnétou Mint M’Bareck, sœur du détenu,
· Maimouna Mint Mahmoud, épouse du détenu Ramdane Ould M’Bareck
Les plaignantes se sont présentées au siège de SOS-Esclaves, le jeudi 14
octobre 2004, où elles ont rencontré le Secrétaire Général.
Le dimanche 17 octobre 2004, les plaignantes ont répondu aux questions
posées par SOS-Esclaves.
Meïmouna,épouse du détenu a informé SOS-Esclaves de ce qui suit :
- Le Mardi 27/09/2004, notre maison a été encerclée par la police,
laquelle a ordonné à mon mari de leur donner les clefs de l’une des
chambres ; il ne les avait pas ; les agents ont alors démoli la porte
et perquisissionné toutes les pièces. Par la suite, la police nous a
embarqués, mon mari et moi, à destination du commissariat de Ryad, sans
rien nous dire. Au commissariat, nous sommes séparés sans raison
exprimée. Après 3 jours de détention, le commissaire vient pour nous
interroger, chacun, à son tour ; je lui ai demandé de me dire les
raisons de notre arrestation ; il me répond : vous êtes arrêtés parce
que, dans la maison que vous habitez, il y a une cache d’armes. Je n’ai
jamais vu ni entendu parler de ces armes que la fouille n’a permis de
trouver.
Le mercredi 13/10/2004, le commissaire m’a appellé et m’a demandé de
signer le procès-verbal de mon interrogatoire ; je lui ai demandé de me
le faire lire avant le paraphe ; il s’est mis à le lire ; après sa
lecture, j’ai signé et j’ai été libérée.
Il faut préciser ceci : pendant l’interrogatoire, le commissaire m’a dit
que des armes étaient à la maison depuis 15 jours et que nous sommes
dans cette maison depuis plus d’un mois ; par conséquent, nous devions,
selon lui, savoir qui les avait entreposées là. J’ai répondu n’avoir
aucune conssaissance et ne pas comprendre que des armes puissent se
trouver chez nous alors quer la police ne les y pas trouvées. Les
questions, durant l’interrogatoire, tournaient autour de :
· Qui ce qui vous a loué la maison ?
- Je ne le connais pas, c’est mon mari qui signé le contrat.
· Est ce que le propriétaire de la maison a été arrêté ?
- Je ne sais pas.
· Où as-tu connu ton mari ?
- Je l’ai connu dans le domaine de l’enseignement.
Avant de me libérer, le policier qui prenait ma déclaration m’a demandé
de reconnaître les accusations, pour retrouver ma liberté, proposition
que je n’ai pas acceptée.
Après l’arrestation, notre maison est surveillée par la police ; durant
notre détention, les boutiques des environs ont été fermées.
Maintenant, 4 policiers montent la garde à la porte de la maison et me
refusent l’accès, même pour prendre quelques habits.
Nous avons détenus arbitrairement ; les armes que l’on nous accuse de
cacher, nous ne les avons jamais vues, ni avant l’arrivée de la police
chez nous, ni pendant la perquission, ni ensuite. Le plus surprenant,
c’est qu’au commissariat, l’interrogatoire n’a porté, à aucun moment,
sur la question des armes. Les interrogations ne se rapportaient qu’à
la location de la maison, auprès de qui nous l’avons louée, depuis
quand je me suis mariée et comment j’ai connu mon mari.
SOS-Esclaves poursuit son questionnaire :
· Est ce que vous avez été torturées ?
Non, nous n’avons pas été torturés physiquement mais l’on nous a privés
de changer d’habits et, durant 2 jours, nous sommes restés sans manger;
quand j’ai commencé à sentir des douleurs d’estomac, l’on ne m’a pas
laissée consulter un médecin. C’est après que l’on nous a permis de
payer, sur nos moyens propres, de quoi nous alimenter. Nous n’avions
que 1.500 UM ; 2 jours après, nous sommes enfin autorisés à recevoir de
la nourriture de nos familles ; nos parents déposaient les repas dans
une station d’essence que la police leur avait indiquée ; ensuite, les
agents nous les ramenaient au commissariat de Ryad.
· Où se trouve ton mari, actuellement ?
Je ne sais pas ; ce qui est certain c’est qu’il n’est plus au
commissariat de Ryad ; à ma libération, j’ai vu mon mari, une fois, le
même jour, pour lui apporter à manger ; le soir, on l’a transféré dans
un lieu tenu secret. Lorsque j’ai demandé, le commissaire de Ryad me
dit d’aller à la Direction de la Sureté de l’Etat mais, arrivée là,
l’on me répond qu’il n’y est pas mais qu’il se porte bien, dans un lieu
sûr.
· Votre maison contient combien de chambres ?
Il y a 4 chambres mais le bailleur ( propriétaire ) a réservé une
chambre pour lui ; c’est celle-ci que la police a cassée et accuse
d’être la cache d’armes.
Après cet entretien, SOS-Esclaves a fait des investigations et a
localisé Mr. Ramdane Ould M’Bareck à l’Ecole de Police, avec les autres
détenus ; il se porte bien et n’a pas subi de sévices physiques.
Il est a signaler que les détenus devaient être entendus, depuis le
mercredi 13/10/2004 ; cette audience n’a pas eu lieu, jusqu’à présent.
Ce retard est dû, d’après les rumeurs, au fait que certains détenus ont
été chauvagement torturés et sont incapables de pouvoir répondre aux
questions ou de se déplacer.
SOS-Esclaves
- Réclame que les détenus soient immédiatement visités par des médecins,
des ONGs des Droits de l’Homme et leurs familles ; nous exigeons la
libération immédiate de Monsieur. Ramdane Ould M’Bareck et la
restitution des biens saisis à son domicile.
- Encourage les proches des victimes à lui apporter tous témoignages
utiles et unir leurs efforts afin de combattre l’impunité et le silence
face devant l’arbitraire.
Nouakchott, le 21 octobre 2004
Le Bureau Exécutif