SEQUESTRATION, AU GUIDIMAKHA, D’UNE FRANCO-MAURITANIENNE

Monsieur Demba Cissé vit à Paris, depuis plus de trente ans ; il y a fondé une famille nombreuse, dont deux filles : Marième, Oury et Bambi âgées, respectivement, d’environ 20, 18 et 17 ans. Jugeant le comportement de ces filles « peu conforme aux valeurs et à la culture de sa communauté », le père a décidé du retour des trois filles et de leur mère, dans son village, à Hassi Bagra, dans la Wilaya du Guidimakha, au Sud Est de la Mauritnie, avec la ferme décision de les y maintenir, contre leur volonté. Après quelques mois passés au village, celles-ci ont décidé de revenir à Nouakchott, au motif apparent de suivre des soins médicaux. A partir de Sélibaby et de Nouakchott, Marième est entrée en relation téléphonique avec Monsieur Boubacar Messaoud, Président de SOS Esclaves, pour lui dire qu’elles sont nées en France et détentrices de cette nationalité ; elles lui demandèrent de les aider à revenir en Europe; il répondit n’avoir aucun moyen de les faire venir à Nouakchott, encore moins de les rapatrier hors de Mauritanie. Il leur a conseillé de saisir les services consulaires de l’Ambassade France à Nouakchott. Parallèlement, il informa quelques partenaires extérieurs de SOS Esclaves.

Le vendredi 15 avril, Monsieur Boubacar Messaoud reçoit un appel téléphonique d’un jeune homme qui se présente comme frère de Marième. Ces sœurs et lui le prient de les aider à retourner en France. N’ayant jamais vu l’interlocuteur et trouvant sa demande singulière, le Président de SOS Esclaves l’invita, à son domicile, où le garçon, accompagné d’un autre, se présenta, deux heures de temps plus tard. Les jeunes gens ont déclaré avoir obtenu le numéro de téléphone de Boubacar, par Marième ; ils disent que celle-ci aurait disparu, depuis le 13 avril ; se trouvant dans la même situation qu’elle - leurs papiers français ont été retirés et confisqués par leurs familles – et désormais sans ressources, ils sollicitent une aide au retour en France, comme Boubacar l’aurait fait pour leur sœur Marième. Le Président de SOS Esclaves les a interrompus, pour leur dire qu’il n’a jamais vu leur sœur et n’est en rien mêlé à sa disparition ; il leur recommanda de se rapprocher des services compétents à l’Ambassade de France.

Le lendemain, de nouveau, le même garçon appela le président de SOS Esclaves, pour lui demander, une fois de plus, de l’aider comme il l’a fait pour sa sœur. Le Président lui rétorqua qu’il n’en a pas la possibilité et précise n’avoir ni aidé ni vu sa sœur, Marieme ; en revanche, il l’invitait - si cela l’intéressait - à se mettre en relation avec d’autres responsables d’organisation de défense des droits de l’homme.


Qu’elle ne fût pas la surprise, du Président de SOS Esclaves, de voir le jeune homme arriver, une heure plus tard, accompagné d’un inspecteur et d’un agent de police, pour l’interpeller et le conduire, dans une voiture de service, au commissariat N°1 de Sebkha, où il sera entendu dans cette affaire.

C’est ainsi que Mr Boubacar Messaoud, sans aucun mandat d’amener, s’est rendu au commissariat et y sera soumis, à un interrogatoire, sur la disparition de Marième ; l’interrogatoire a été conduit par le même inspecteur de police, qui dit se nommer Ahmed Ould Salem ; il a précisé avoir agi, suite à la plainte déposée contre Boubacar, par la famille de Marième Cissé, qui aurait présenté l’agenda de celle-ci, où elle avait consigné le prénom du Président de SOS Esclaves et son numéro de téléphone portable, avec la mention qu’il est le seul à pouvoir l’aider. S’ensuivit une demie heure d’interrogatoire autour des rapports de Boubacar Messaoud avec Marième Cissé, de comment elle a pu se procurer son numéro de téléphone et de leur rencontre éventuelle. L’interrogatoire été entre coupé par des va et vient de l’inspecteur qui, pour se concerter avec son commissaire, l’a appelé, deux fois, au téléphone portable et est sorti, dans le couloir, pour s’entretenir avec lui.

Après 45 minutes, l’inspecteur n’avait rien noté de tout ce qui a été dit; il présenta ses excuses et raccompagna le Président de SOS à l’extérieur du commissariat et insista pour régler la facture du taxi qui ramena, chez lui, Monsieur Boubacar Messaoud. Deux jours plus tard, alors que commençait , à Nouakchott, l’effervescence en milieu Soninké du Guidimagha, que d’autres personnes proches de la filles avaient été interpellées, l’on apprend que Marième est à Paris, depuis le mercredi, 13 avril 2005.

SOS Esclaves, consciente et préoccupée des problèmes sérieux d’identité, auxquels sont exposés les émigrés mauritaniens, en Europe, notamment les bi-nationnaux de France :

- se félicite que Marième Cissé ait pu recouvrer ses droits légitimes, en regagnant la France, après plus d’une année de séjour forcé en Mauritanie.
- tient à rappeler que Marième Cissé n’est pas la seule dans cette situation. En effet, il y aurait, en Mauritanie, plusieurs jeunes gens, qui ont été forcées, par leurs familles, à regagner le pays d’origine, qu’ils n’ont souvent pas connu ; elles ou ils y sont confiées à des proches, cela sans tenir compte des droits qu’ils détiennent, de leur nationalité française et de leur consentement personnel.
- lance un appel, à toutes les familles, ayant des mineurs dans cette situation, de s’approcher des ONG des droits de l’homme, pour se faire clarifier l’obligation de respecter les droits des enfants de nationalités européennes.
- exhorte les autorités consulaires françaises, à mener une enquête permanente, afin de s’assurer de la situation dans laquelle vivent les enfants détenteurs de cette citoyenneté, au sein des communautés mauritaniennes.
- demande aux autorités de notre pays d’accompagner et de faciliter cette enquête, sur l’ensemble du territoire mauritanien, où pourraient se trouver ces enfants, afin de les aider à recouvrer leurs droits, loin de toutes surenchères politiques et sociales.


SOS Esclaves Mauritanie, Secrétariat à la Communication
Nouakchott, le 25 avril 2005…