PROCES DE ELY OULD DAH/ LA POSITION DU FONADH
En 1990, les autorités mauritaniennes procédèrent à l’arrestation de plusieurs centaines de militaires négro-africains accusés de complot contre la sûreté de l’Etat. Ces personnes ont subi toutes sortes de tortures, dans leurs différents lieux de détention. Plus de 500 victimes d’exécutions extra judiciaires ont été dénombrées. Parmi les rescapés, certains se sont réfugiés en France.
Le 2 juillet 1999, après une plainte déposée par des militaires négro-africains victimes de ces sévices et réfugiés politiques en France, le capitaine mauritanien, Ely Ould Dah, était écroué, en France, dans la ville de Montpellier où il suivait un stage de perfectionnement, au titre de la coopération militaire, entre Paris et Nouakchott.
Le 28 septembre, il sortait de prison pour être placé en liberté conditionnelle, avec interdiction de quitter le Département de sa résidence.
Le 5 avril 2000, curieusement, il « fuyait » la France, à bord d’un vol régulier et débarquait à Nouakchott, où la Télévision de Mauritanie l’accueillira en héros. Le même soir, le Chef d’Etat-Major National, le Colonel Moulaye Ould Boukhreiss offre une réception imposante en son honneur. Le Président de la République lui adressera ses félicitations. Les relations entre les deux pays, à cause de cette affaire, resteront empreintes de méfiance.
Aujourd’hui, Ely Ould Dah exerce, à F’derrick, dans le nord, de la Mauritanie, en sa qualité d’officier administratif, auprès du Commandant de la 2ème région militaire. Sans doute, pour s’être substitué à la justice française, il est élevé, désormais, au grade de Commandant.
Des dizaines d’autres militaires - officiers et hommes de troupes – qui devaient être poursuivis pour des actes de disparitions, de torture et de déportations, de populations négro-africaines entre 1989 et 1991, demeurent totalement au dessus du droit; ils vivent, tous, sous le régime d’une loi d’ « amnistie », en date de 1993. Auparavant, aucun d’entre eux, ne sera poursuivi par les tribunaux du pays, les plaintes ayant, toutes, été classées sans suite.
En Mauritanie, à tous les niveaux où s’exerce l’autorité de l’Etat, l’impunité règne.
Aussi, au moment où la Cour d’Assises de Nîmes consacre ses audiences, au jugement, par contumace, de Ely Ould Dah, le Forum des Organisations Nationales de Droits de l’Homme ( FONADH ) , assume les position qui suivent :
- Les faits examinés à Nîmes, les 30 juin et 1er juillet 2005, relèvent du présent de la Mauritanie, où, jamais, sans doute, la pratique de la torture, par les agents de la force publique n’aura été plus systématique, ni moins sujette à sanction.
- Nous exprimons, publiquement, notre sympathie envers les plaignants et la solidarité active, de notre Forum, avec les ONG parties civiles, à savoir la Ligue des Droits de l’Homme ( France ), la Fédération Internationale des Droits de l’Homme ( FIDH ) et Agir Ensemble pour les Droits de l’Homme.
- Nous engageons les intellectuels, hommes politiques et acteurs du devenir national, d’exprimer, en de telles circonstances - lorsque l’arbitraire tente de contraindre la vérité - leur attachement au droit à la vie et à l’intégrité du corps, par dessus toutes autres considération.
- Rappelons que la souveraineté de la Mauritanie s’apprécie au respect dont elle entoure les droits et l’égalité de ses citoyens, deux conditions hors desquelles, il n’est de patriotisme, ni de légitimité.
Pour le Le FONADH, le Secrétaire Exécutif, Mamaoud Sarr
Nouakchott, le 29 juin 2005