FORUM DES ORGANISATIONS NATIONALES DES DROITS DE L’HOMME
(FONADH)
TROP C’EST TROP !
MENACES SUR L’INTEGRITE DU CORPS HUMAIN EN MAURITANIE
Ce jour, 26 juin 2005, la communauté internationale célèbre la Journée Mondiale contre la Torture. En solidarité avec cet élan mondial, les ONG membres du Forum des Organisations Nationales des Droits de l’Homme, dénoncent le regain exceptionnel des sévices sur les prisonniers d’opinion et de droit commun, parfois mortels et devenus systématique sur l’ensemble du territoire mauritanien. Il s’agit d’une situation préoccupante, qu’aggravent la multiplication des cas, l’impunité totale des tortionnaires et l’obstination des autorités à couvrir les actes suspects, par le mensonge et la banalisation .
La non ratification, par la Mauritanie, de la convention internationale contre la torture et son abstention au Protocole Optionnel sont une caution à l’usage de la torture, cette pratique, qui constitue une perpétuelle atteinte à la dignité humaine, en conséquence un crime prémédité.
Ces dernières semaines, davantage que par les années écoulées, les abus se succèdent à un rythme inquiétant, dans, les commissariats de police et les lieux de détention plus ou moins légaux ; la police n’hésite pas à recourir aux formes de torture les plus bestiales et odieuses, pour extorquer des aveux ou des informations, ouvrant largement la porte au crime gratuit, cela au moment où les contrepouvoirs et les recours restent de pure forme.
Depuis septembre 2003, les organisations de défense de droits de l’homme ont recensé plus de 4 morts, suite à une bavure, dans les commissariats de police :
1- Amadou Mamadou Kane, 16 ans à Riyad ; le parquet conclu à un homicide involontaire mais retire le dossier du rôle des audiences ;
2- Oumar Diallo, 25 ans au commissariat de Kaédi ; l’autopsie demandée par la famille est refusée par le parquet et le dossier classé sans suite.
3- Cheikh Bocoum, 21 ans au commissariat de Tevrag Zeina , dont le corps a été découvert à la plage de Nouakchott ligoté ; il entretenait une liaison avec la nièce du chef de l’Etat ; le parquet joint son dossier à un autre, crapuleux, et l’y dissout.
4- Daouda Sow, 21 ans et marin, tué, à bout portant, par un policier de la brigade mobile du commissariat d’Arafat , le jour de la fête de l’Aid El kebir ; le juge d’instruction conclut un non lieu.
5- Mamadou Saliou Diallo un Guinéen, 58 ans et père de plusieurs enfants, le 21 juin 2005, au commissariat de Dar-Naïm ; le 24, la police, avec un cynisme écoeurant, déclare, par la voix de son porte-parole, que le défunt s’est suicidé, en jetant sa tête contre un mur du commissariat, quelques heures après son arrestation, dans le cadre d’une enquête sur un différend privé !!!
Tous sont négro-africains, communauté, déjà victimes de déportations et de purges sanglantes, entre 1989 et 1991.
- Khadijetou Mint Mohamed , arrêtée en avril 2003, pour délit d’opinion, avortera après avoir été battue dans le commissariat N°2 et conduite au dispensaire de Sebkha .
-Quelques jours auparavant, Zeinabou Mint Youssouf , une femme enceinte, avortait puis décédait, selon certaines sources de presse, suite à des coups et blessures, infligés par la police, parce qu’elle portait le hijab.
Il ne s’agit, ici, que de Nouakchott, la capitale ; dans les autres localités du pays, la situation empire, loin de toute alerte, au milieu d’une population en proie à la peur des représailles, de la part représentants du pouvoir. Pire, encore, les victimes doivent souvent se dédire, sous les pressions ; les témoignages du démenti sont toujours fabriqués par les autorités judiciaires et policières pour accréditer leur thèse ; des menaces, interventions tribales, promesses, tout l’arsenal de la dissuasion y passe, pour que la vérité la plus manifeste sombre sous l’arbitraire et que l’opinion publique reste passive.
Les tortures, deviennent aussi systématiques, lors d’une interpellation, de la garde à vue et parfois même sans aucun acte administratif de la police ; il faudra retenir le cas de Mohamed Mahmoud Ould Mohamed El Hacen , un taximan qui se fait écraser le nez, sur la voie publique, par un policier du commissariat d’Arafat , en mars 2005. Il importe, de même, de ne pas oublier ces fameuses rafles de nuit, dans les quartiers périphériques, où résident beaucoup d’étrangers, notamment des ressortissants d’Afrique Noire, qu’aucune appartenance tribale ni socio professionnelle ne protège, en Mauritanie.
- Durant le procès des putschistes V en 2004 et 2005, les militaires et civils exposèrent, durant les audiences, une éloquente liste des sévices qui leurs furent infligés le long de l’instruction, à la Base Marine . Selon les familles et les avocats, de tels excès se sont poursuivis, après le prononcé du verdict.
- Plus récemment encore la nuit du 17 au 18 juin, des détenus réformistes musulmans, imams et homme de foi, sont arrachés de la prison civile de Nouakchott, conduits au Commissariat N° 2 de El Mina d'abord puis, avec les yeux bandés, placés dans à un lieu qu'ils n'ont pas pu identifier ; ils y furent torturés, aux fins d’extorsion d’aveux, que des semaines d’enquête, au niveau de la police, n’avaient pu établir ; ils ont été ramenés, à la prison civile, au petit matin du 19 juin; les deux principales victimes, MM. Mohamed Mahfoud Ould Idoumou et Mohamed Sidiya Ould J’doud , ont informé leurs avocats et point hésité, à décrire, avec force détails, les supplices subis par eux. Leurs défenseurs, lors d’une conférence de presse tenue le 21 juin, ont démontré le scandale et réclamé une commission d’enquête.
Suite à ce constat, le FONADH :
- Attire, avec une insistance alarmée, l’attention de l’opinion nationale, internationale et des bailleurs de fonds de la bonne gouvernance, sur la dégradation des libertés élémentaires en Mauritanie, surtout le non respect du droit à la vie et de l’intégrité corporelle, respectivement consacrés par les article 3 et 5 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Le dispositif de répression jouit, à contrario, d’une impunité toute mécanique.
- Déclare qu’en l’état où les autorités judiciaires ne lèvent l’immunité de fait du personnel de la police, celle-ci continuera à constituer, sur le sol mauritanien, la principale menace à la tranquillité des gens.
- - Encourage les autorités politiques à ratifier, urgemment, la Convention internationale contre la Torture, ainsi que son protocole optionnel, afin d’abolir l’usage de la torture et de l’impunité, par la poursuite et la sanction disciplinaire et judiciaire des auteurs des ces châtiments inhumains.
La lutte contre les violations des droits de l’homme est un combat pour tous et toutes, qu’aucun prétexte ne saurait différer !!!
Nouakchott, le 26 juin 2005
Organisations membres signataires:
1. Association Mauritanienne de Défense des Droits de l’Homme (AMDH), observateur à la CADHP
2. SOS-Esclaves, observateur à la CADHP;
3. Groupe d’Etudes et de Recherche pour la Démocratie et le Développement Economique et Social (GERDDES), observateur à la CADHP;
4. Comite de Solidarité avec les Victimes de la Répression (CSVR), observateur à la CADHP;
5. Collectif des Rescapés Anciens Détenus Politiques Civils Torturés (CRADPOCIT), observateur à la CADHP ;
6. Collectif des Veuves ;
7. Collectif des Rescapés Militaires ;
8. Collectif Aide et Partage (CAP) ;
9. Collectif Enfance Sans Partage ;
10. Collectif des Fonctionnaires et Travailleurs victimes des Evénements de 89-91 ;
11. Collectif des Familles Séparées par la Déportation ;
12. Collectif des familles des Anciens Détenus Politiques ;
13. Ligue Africaines des Droits de l’Homme (section de Mauritanie), observateur à la CADHP;
14 Collectif des anciens Fonctionnaires de la police.