La persistance massive et banalisée de l’esclavage en Mauritanie: le cas de Cheikhna Ould Beilil et Klézima

Communiqué de Presse

La non-exécution d’une décision judiciaire conforte la persistance de pratiques esclavagistes dans le pays
Chaque jour, si tant est qu’il y prête attention, l’observateur peut découvrir, la persistance massive et banalisée de l’esclavage en Mauritanie, avec ce qu’elle comporte de drames inaudibles.

Monsieur Cheikhna Ould Beilil - détenteur de la carte d’identité nationale n° 01020101170599 établie le 24/09/2001 à Aïoun - en donne ainsi une illustration vivante après la tragédie qu’il vit depuis sa séparation arbitraire d’avec son épouse et ses enfants, par le fait de ceux qui se considèrent leurs maîtres; en effet, sa femme Klézima et la progéniture commune, sont contraints à demeurer avec les maîtres, au moment où Cheïkhna Ould Beilil les préparait à vivre à l’abri de cette proximité humiliante.

La séparation du couple continue, en violation du droit, puisqu’un arrêt du tribunal souverain de Guerou, réconforte le demandeur dans sa volonté de récupérer son épouse et ses enfants, afin de vivre, ensemble, loin des maîtres de Klézima . L'aînée de Cheikhna est décédée ; elle devait être agée, aujourd’hui, six ans et demi. Haïna, la deuxième a quatre ans et la dernière, Lalla, à peine 8 mois. D’avant ce foyer, Klézima vivait avec trois autres enfants qui sont : N’Thaïmed 15 ans, Souélma 12 ans, Lakhouère 9 ans. Aucun n’a reçu d’instruction.

Après des va-et-vient entre les différentes autorités administratives et judiciaires, départementales et régionales, l’acte de justice ne sera pas exécuté, parce qu’il heurte la volonté des maîtres de Klézima, qui tiennent à la séparer de son époux ; ainsi, se poursuivra l’exploitation de toute la famille : la mère et les filles sont affectées aux tâches domestiques, le garçon à la garde des troupeaux. Depuis sa séparation forcée avec sa famille, Cheikhna ne peut approcher ses enfants ; à son approche, sa fille Haïna est empêchée d'aller vers lui ; elle est souvent frappée par sa mère ou par la maîtresse, quand elle contrevient à cette défense.

Les maîtres de Klézima Mint Bota sont les Ehel Bahab ; elle et ses rejetons sont la propriété de Madame Roukaya dite Houéja Mint Bahab, tribu Tajakant, fraction Tchfaghat. Son cousin Mahmoud Neuh Ould Bahab l’assiste dans l’exercice de l’autorité sur les esclaves. Il est d’ailleurs symptomatique que le tribunal de Guerou, en sa décision N° 03/4, du 25/6/2003, ne se soit guère ému, ni préoccupé, par la situation de fond, qui constitue un cas avéré de servitude, par contrainte et hors salaire. Statuant sur un litige conjugal, il a délibérément ignoré un scandale plus grave, pourtant cause immédiate de la plainte.

Hélas, l’esclavage mauritanien se diversifie et s’adapte aux fluctuations de l’environnement mais sa réalité essentielle, qui est faite de discriminations et déni de droits, reste inchangée, faute de volonté politique forte et sincère.

SOS-Esclaves :

- s’indigne que la souveraineté nationale ne puisse s’exercer pleinement sur l’ensemble du territoire, à cause de certaines mentalités rétrogrades, toujours imperméables à la culture du droit et de l’égalité.
- observe qu’une meilleure application des textes et une exécution scrupuleuse des décisions judiciaire sont de nature à faire reculer les pratiques esclavagistes dans le pays.
- demande que des mesures appropriées soient prises, rapidement, pour prévenir de telles souffrances humaines et y remédier, en vue de garantir le respect de l’exercice des droits du citoyen.
- engage les autorités administratives et judiciaires de l’Assaba, à prendre, d’urgence, les mesures requises pour exécuter l’injonction faite à Klézima de rejoindre son époux.


Boubacar Messaoud, Président

Nouakchott, le 16 février 2004