LE PRESIDENT DE SOS ESCLAVES INTERDIT D’ACCES A OUAD NAGA
Note d’information
Ce matin, 21 décembre 2004, avant la reprise du procès des présumés putschistes, Monsieur Boubacar Messaoud, Président de SOS Esclaves Mauritanie, a pris la route vers ce lieu, très tôt. A 7 heures 25 minutes, sa voiture se gare au PK 25, devant le poste de contrôle de la gendarmerie, qui procédait aux vérifications d’identité. L’un des hommes de faction remarque, sur le tableau de bord, une copie des images de trois chefs islamistes réformistes, actuellement en prison ; il demande à Boubacar Messaoud de la leur remettre, avec tout le paquet de papiers, en dessous. Celui-là obtempère ; dans le tas de documents, hormis la photo qui a été distribuée partout dans Nouakchott et ses environs - dont fait partie le village de Ouad Naga - il y avait quelques exemplaires de l’Appel du 10 décembre, signé par Maître Fatimata M’Baye Présidente de l’AMDH et lui-même, en sa qualité dessus ; s’y trouvait aussi un carnet, dans lequel, il consignait ses notes d’observation des audience du procès.
Paradoxalement, le gendarme rend aussitôt le carnet qui ne l’intéressait pas et reprend, des mains de Boubacar Messaoud, son permis de conduire qu’il venait juste de lui remettre ; le gendarme s’en va vers la voiture de gendarmerie qui venait de se garer à une vingtaine de mètres, conduite par le Lieutenant-colonel commandant la compagnie du Trarza. Ce dernier, après avoir examiné les documents, les emporta avec lui, en donnant instruction au chef de poste, de retenir sur place, le Président de SOS Esclaves, jusqu’à ce qu’il reçoive de nouvelles instructions sur la conduite à tenir.
Alors, Monsieur Boubacar Messaoud informe, par téléphone, Maître El Hadj Sidi, l’un des défenseurs durant le procès - déjà arrêté, il y a quelques jours, dans des circonstances presque comparables - par ailleurs membre et conseil de l’association interdite. C’est ainsi que, de son lieu d’interpellation, le Président de SOS Esclaves a pu voir, tous ses amis avocats, défiler et franchir le contrôle d’identité, obligatoire aux voyageurs en direction de Ouad Naga.
Il est resté ainsi assis, dans sa voiture, pendant près de trois heures. Vers 10 heures du matin, le chef de poste est venu lui retirer les clés du véhicule ; au moment de les lui remettre, Boubacar Messaoud prend la précaution de dire : « j’espère que vous ne confisquez pas mes clés, parce que vous craignez pas que je veuille m’en aller, m’enfuir en quelque sorte ! » Le gendarme répond : « Nous avons reçu instruction de vous retirer les clés, j’ignore le pourquoi, peut-être une réaction à quelques interventions que vous avez faites. »
Une demi-heure plus tard, le chef de poste lui rend son permis de conduire et les clés de la voiture, en lui précisant avoir eu l’ordre de le laisser partir. L’incident semblait clos.
Bouabcar Messaoud se rend, immédiatement, au poste de visite, situé à environ 1,5 Km de la garnison de Ouad Naga, d’où le public, les citoyens non pourvus d’autorisation spéciale (presse, observateurs agréés, etc), doivent faire la queue, pour se faire inscrire et prendre place dans les camions de la gendarmerie, qui les déposent à l’intérieur de la caserne, devant la salle d’audience ; à la fin de chaque audience, tout ce monde doit retourner, à pieds, sous le soleil, en traversant les dunes, pour retrouver leurs propres véhicules, parqués devant ce poste de gendarmerie.
Au bout d’une trentaine de minutes, alors qu’il se trouvait dans le groupe le plus avancé, pour se faire enregistrer et se hisser dans un camion, un gendarme est venu lui demander, très gentiment, de sortir du rang et de le suivre ; après quelques pas, il confie, embarrassé, à Boubacar Messaoud : « nous venons de recevoir un coup de fil de notre commandant, qui est actuellement au tribunal ; il nous dit que le responsable de la sécurité dans la salle d’audience vous en interdit l’accès. »
Alors, le Président de SOS Esclaves remonte, dans sa voiture, pour rentrer à Nouakchott.
Voici bientôt un mois qu’il sollicite l’attention du juge d’instruction du premier cabinet, lequel suit le dossier des trois islamistes réformistes ; ce dernier a toujours refusé les requêtes formulées par SOS Esclaves, de leur rendre visite.
Depuis quelques jours et en dépit d’une présence tolérée jusque là dans la salle d’audience de Ouad Naga, Boubacar Messaoud se présente, au ministère de la justice, pour obtenir, en vain, une réponse à sa demande d’une carte d’observateur au procès. Ces démarches, écrites, ont été transmises, par lettre, au ministre de la justice; d’abord, le Président de SOS Esclaves s’est présenté ès qualité, puis faute de réponse, en tant que citoyen mauritanien, désireux d’accéder au prétoire.
Il faut rappeler que SOS Esclaves, au même titre que l’AMDH et le GERRDES, est l’une des ONG jamais reconnues et interdites, dès 1998, par décision de justice, dans le cadre du délit d’opinion implicite que constitue la dénonciation des discriminations de caste et de naissance en Mauritanie.
Ceux qui souhaitent avoir accès aux 3 comptes-rendus du procès de Ouad Naga, publiés jusqu’ici par SOS Esclaves, peuvent consulter les archives disponibles par ce lien :
http://www.sosesclaves.org/Pagecentrale.htm
Les 14 associations de défense et de promotion des droits fondamentaux de la personne, toutes non autorisées, se rassemblent au sein du Forum des Organisations Nationales des Droits de l’Homme (FONADH) ; elles :
- s’inquiètent de cette obstruction à la liberté de témoigner, en silence, lors d’un évènement public ;
- prient, les autorités mauritaniennes, de rétablir Monsieur Boubacar Messaoud, dans la faculté d’observer, sans entraves, le déroulement du procès des présumés putschistes, l’un des évènements majeurs de l’histoire judiciaire de la Mauritanie ;
- attirent l’attention des partenaires sur l’extrême vulnérabilité des défenseurs des droits humains sur notre territoire.
Nouakchott le 21 décembre 2004
Signataires, membres du FONADH :
Association Mauritanienne des Droits de l’Homme (AMDH) ;
Groupe d’Etudes et de Recherche pour la Démocratie et le Développement Economique et Social (GERDDES);
Comite de Solidarité avec les Victimes de la Répression (CSVR) ;
Collectif des Rescapés Anciens Détenus Politiques Civils Torturés (CRADPOCIT) ;
SOS-Esclaves ;
Collectif des Veuves ;
Collectif des Rescapés Militaires ;
Collectif Aide et Partage (CAP) ;
Collectif Enfance Sans Partage ;
Collectif des Fonctionnaires et Travailleurs victimes des Evênements de 89-91 ;
Collectif des Familles Séparées par la Déportation ;
Collectif des familles des Anciens Détenus Politiques ;
Ligue Africaine des Droits de l’Homme ( Section Mauritanie );
Collectif des Policiers Victimes des Evénements de 89 - 91