ESCALAVAGE EN MAURITANIE/ SOS ESCLAVES PERSISTE ET SIGNE
Suite à la découverte, par notre association, du nouveau cas d’esclavage traditionnel d’une jeune femme et de ses deux enfants mineurs, un journaliste et deux militantes de l’opposition ont été arrêtés, en mars 2005, par les autorités mauritaniennes ; en vain, les trois témoins furent soumis à des pressions multiformes, afin qu’elles adoptent le déni officiel. Jabhlalla - la victime - et son époux, déclarèrent, devant la télévision et à la radio d’Etat, avoir été induits en erreur et manipulés par SOS Esclaves.
L’opération de dénégation avait mobilisé tous les moyens de propagande du régime, y compris des publications généralement réputées pour leur proximité avec les Services de sécurité. Ainsi, Nouakchott Info, le plus audacieux, osa prêter, à Monsieur David Brown, le Premier Conseiller de l’Ambassade des USA, des déplacements infondés et des propos favorables, sur cette affaire, aux thèses du gouvernement mauritanien. Confondu par nos soins, le journal présente alors ses excuses au diplomate mais, dans son édition suivante, il s’empresse d’imputer ses assertions, à Monsieur Justin Crévier, le second conseiller de la même chancellerie.
Pire encore et jamais vu dans la domaine du faux intentionnel, le dernier numéro de Nouakchott Info, en première page, titre, en se référant au Ministre mauritanien de la communication : « Boubacar Ould Messaoud reconnaît s'être trompé en ce qui concerne Jabhallah » ; toujours selon la même source, le Président de SOS Esclaves aurait fait cet aveu, en privé, à l’un de ses amis, jamais cité d’ailleurs !!!
Or, Boubacar Messaoud n’a jamais émis un tel avis et n’en n’a pas l’intention ; il reste convaincu que Jabhallah est une esclave en rupture de ban, ainsi qu’elle l’a déclaré, elle-même, devant divers témoins et à la gendarmerie de Méderdra. Ses dénégations, suscités sous la contrainte, n’y changeront rien. Notre association n’abandonnera pas l’enquête sur cette affaire, jusqu’à ce que la vérité soit établie, d’une manière incontestable. Ni l’Ambassade des Etats-Unis, ni Nouakchott Info, encore moins les émissaires chargés de compromis, de menaces ou de cadeaux, n’auront raison de notre lutte pour l’Egalité en Mauritanie.
Que la chose soit bien entendue : SOS Esclaves ne cèdera pas sur la cas de Jabhallah, pas plus que sur toute autre atteinte à la dignité humaine dans notre pays. Certes, nous sommes faibles, sans ressources, désarmés face à l’arbitraire et l’incompréhension des cercles conservateurs mais nous incarnons la fatalité historique. La position confère certaines forces.
Si les montages des média d’Etat ont été diligentés à l’insu du Président de la République, Il y va de la crédibilité du pays, dans un dossier dont les développements dépassent, désormais, les frontières de la Mauritanie ; il faut que le premier magistrat du pays se saisisse d’une affaire aussi cruciale, pour ordonner une contre-enquête et faire sanctionner les contrefacteurs ; d’ailleurs, il apparaît, aujourd’hui, que Jabhalla et ses enfants incarnent un cas d’esclavage typique, pour le traitement duquel, les gendarmes - informés par la victime elle-même - s’étaient astreints, en tout honneur, à rétablir la légalité.
Le 14 avril 2005, les trois détenus obtiennent, enfin, la liberté provisoire, pourtant refusée, dans un premier temps.
SOS Esclaves se félicite de cette issue et y trouve encouragement à sa détermination.
Nouakchott, le 15 avril 2005
Pour le Bureau Exécutif, Boubacar Messaoud, Président