D’UN CAS D’ESCLAVAGE A UNE AFFAIRE D’ETAT : RADIOSCOPIE D’UN MONTAGE AMATEUR
Communiqué de presse de SOS Esclaves Mauritanie
Le cas d’esclavage révélé par notre association, le 14 mars 2005, devient un
enjeu politique majeur en Mauritanie.
Après l’arrestation des témoins et leur inculpation, pour « atteinte et
complicité d’atteinte à la sûreté de l’Etat », la seule télévision du pays (TVM)
a diffusé, le soir du 16 mars, les images de la victime et de son mari, qui
récitent la thèse officielle, selon un scénario conçu en toute précipitation.
Tous deux prétendent avoir été harcelés par le journaliste Mohamed Lemine Ould
Mahmoudi, les deux femmes aujourd’hui en prison et d’autres inconnus ; les
visiteurs les auraient incités à signer de faux témoignages, sur leur propre
situation, cela en contrepartie de la somme de 30.000 ouguiya (80 euros). Le
plus étonnant reste l’exposé des détails :
Ils ajoutent, toujours sur la TVM, que l’équipe de SOS Esclaves a demandé au
mari d’enlever son boubou et la femme son voile, afin de ne garder que sa robe.
Elle s’en serait abstenue ; les visiteurs leur auraient ensuite enduits « d’un
produit qui rend le cou rouge », avant de les photographier. Cette dernière
précision tend à expliquer, au public, pourquoi, sur l’image prise par nos
militants, le portrait - ci-joint - de la victime apparaît, avec un reflet
orange, dû à l’effet du flash, sur sa robe de même couleur, sous la lumière
d’une lampe domestique ; il est à retenir qu’à cause de la clandestinité,
qu’impose l’interdiction de SOS Esclaves, l’entrevue en question a eu lieu,
devant quelques témoins et de nuit, dans le village de Mederdra.
Cette manœuvre, mal préparée et exécutée avec si peu de professionnalisme, aura
pourtant mobilisé la Gendarmerie, le Ministère de l’Information et les plus
hautes autorité administratives de la région du Trarza, sans oublier des
notables locaux du parti au Pouvoir et d’autres milieux moins visibles au sein
du régime mauritanien.
La thèse officielle ne peut non plus éluder le fond du problème : Jabhallah,
l’esclave libérée n’est pas la fille adoptive de la famille Ehl Bejidiane ; et
si tel serait le cas, pourquoi, à sa fuite, le 2 mars, s’est-elle adressée à la
Gendarmerie de Mederdra, laquelle l’a accompagnée chez ses anciens maîtres, afin
de leur signifier que l’esclavage était aboli ? Pourquoi la gendarmerie les
a-t-elle aidé à déménager, ses enfants et elle, pour les mettre hors d’atteinte
d’Ehl Bejediane. Ces faits, eux, sont incontestables et n’importe quel procès
public en apporterait la démonstration. Aussi, notre association considère la
perspective judiciaire, en toute sérénité.
En attendant, les deux prisonnières - l’enseignante Aïchetou Mint El Hadar et
Moya Mint Boyah, épouse du sénateur de l’opposition, Oumar Ould Yali- viennent
d’être transférées, à la prison des femmes de Nouakchott. La seconde est
enceinte de 7 mois, selon sa famille. Leur deuxième comparution est prévue,
probablement, le matin du 20 mars, à 10 heures.
Les autorités ont décidé d’organiser, rapidement, une visite « d’information »,
pour la presse, dans la localité de Mederdra.
Selon sa famille, Mohamed Lemine Ould Mahmoudi, se trouve encore dans la prison
civile de Rosso.
Le détenu se trouve dans une cellule de 3 mètres carrés, en compagnie de 6
délinquants de droit commun, dont quelques un sont classés « très violents » et
menottés, en conséquence. L’un est tuberculeux contagieux.
La température de cet endroit au plafond bas, dépasse, de jour, 40 degrés. La
nuit, les moustiques y sévissent.
Mohamed Lemine Ould Mahmoudi est isolé des siens. Il souffre de migraine et n’a
pas droit aux soins, ni même à la visite médicale.
SOS Esclaves prie l’ensemble des démocrates et anti-esclavagistes mauritaniens,
d’exprimer, où qu’ils se trouvent, leur soutien actif aux trois détenus et leur
refus d’accepter que la Mauritanie s’enfonce encore davantage dans l’arbitraire,
l’impunité et le mensonge d’Etat.
Ces manœuvres sont d’autant plus vaines que la marche du pays, vers l’Egalité
des droits, suivra son cours naturel, que ni l’intimidation ni les montages
infantiles des services de sécurité n’entraveront. Il s’agit d’une nécessité
historique.
Nouakchott le 17 mars 2005