AFFAIRE D'ESCLAVAGE EN MAURITANIE: REACTION DU FONADH

FORUM DES ORGANISATIONS NATIONALES DES DROITS HUMAINS EN MAURITANIE (FONADH)

Déclaration

Depuis le 14 Mars 2005, la brigade de la gendarmerie de Mederdra a procédé à l'interpellation et à l'arrestation de trois personnes:

- Mohamed Lemine Ould Mahmoudi journaliste
- Aichettou Mint Abdel Latif enseignante
- Moya Mint Boyah épouse du Sénateur Oumar Ould Yali

Ces arrestations ont été opérées, semble t- il, à la suite d'une plainte déposée par Jabhallah, la victime de l'esclavage. En fait, cette femme a été l'objet de manipulation manifeste. Ces personnes après leur garde à vue à Méderdra ont été déférées le 15 Mars à Rosso.

Le 16 Mars après leur première comparution, Mohamed Lemine a été emprisonné à Rosso quant aux deux femmes , elles ont été transférées et incarcérées à la prison des femmes de Nouakchott.

Il est quand même surprenant que des personnes qui ont eu le mérite d'assister une victime en détresse puissent faire l'objet d'une plainte de la part de cette dernière.

Que reprocherait la victime, à ces personnes, pour porter plainte contre, alors qu'elles ne sont que de simples témoins des déclarations faites, par Jabhallah, sur sa vie d'esclave et sur laquelle elles n'ont aucune emprise.

En réalité, les autorités visent, par cette machination, à décourager toute personne qui prêterait assistance à un esclave ou révélerait l'existence du phénomène d'une part, profiter de l'occasion pour décrédibiliser l'action des militants des droits de l'homme qui luttent contre cette pratique d'un autre âge.

Comment interpréter l'arrestation des témoins et leur inculpation pour « atteinte et complicité d'atteinte à la sûreté de l'Etat": un journaliste accusé de ternir l'image du pays, alors qu'il n'a fait que son travail, des femmes qui ne sont que de simples témoins.

Tout ce scénario monté de toutes pièces ( envoi de journalistes à Mederdra, tapage médiatique à la télévision) n'a pour finalité que l'intimidation et dénote, par ailleurs, la volonté manifeste du pouvoir d'occulter la pratique de l'esclavage.

Le FONADH, préoccupé par cette situation anachronique:
- dénonce et condamne ces arrestations arbitraires,
- exige la libération immédiate et inconditionnelle des personnes détenues illégalement,
- demande des poursuites judiciaires contre toutes les personnes impliquées dans cette affaire,
- lance un appel à l'opinion nationale et internationale, pour soutenir ces personnes victimes de l'arbitraire.

Nouakchott, le18 Mars 2005
Le Secrétariat Exécutif


Signataires, membres du FONADH :
Association Mauritanienne des Droits de l’Homme (AMDH) ;
Groupe d’Etudes et de Recherche pour la Démocratie et le Développement Economique et Social (GERDDES);
Comite de Solidarité avec les Victimes de la Répression (CSVR) ;
Collectif des Rescapés Anciens Détenus Politiques Civils Torturés (CRADPOCIT) ;
SOS Esclaves ;
Collectif des Veuves ;
Collectif des Rescapés Militaires ;
Collectif Aide et Partage (CAP) ;
Collectif Enfance Sans Partage ;
Collectif des Fonctionnaires et Travailleurs victimes des Evênements de 89-91 ;
Collectif des Familles Séparées par la Déportation ;
Collectif des familles des Anciens Détenus Politiques ;
Ligue Africaine des Droits de l’Homme (Section Mauritanie).