Déclaration du FONADH sur une affaire d'esclavage en Mauritanie
Le Forum des Organisations Nationales des Droits de l’Homme (FONADH Mauritanie)
COMMUNIQUE DE PRESSE
Le mercredi, 2 mars 2005, une dénommée Jabhallah arrive, à Mederdra, pour se
rendre durant le week-end, à la brigade de gendarmerie ; celle-ci, finalement,
l’accompagne, dés les premiers jours ouvrables de la semaine, pour lui faire
récupérer, auprès de son maître, ses enfants et ses effets personnels. La
nouvelle fut et demeure le sujet privilégié des salons, d’abord à Mederdra,
ensuite à Nouakchott. Ainsi, les mauritaniens défenseurs des droits de l’homme
sont, naturellement, alertés et se trouvèrent dans l’obligation de se rendre,
sur les lieux, afin de vérifier l’authenticité de l’événement.
Et contrairement à toute attente, les médias publics et leurs relais
commencèrent une campagne de désinformation et de dénigrement, à l’encontre des
militants anti-esclavagistes ; ils présentèrent l’affaire comme un montage
éhonté de SOS Esclaves, dont Jabhallah serait la victime. Sous les pressions et
les promesses des autorités, cette dernière et son époux furent alors retournés
et durent se dédire, à la télévision; la mise en scène médiatique a abouti, par
voie d’une certaine presse, à un procès des défenseurs de droit de l’homme, où
le droit et la déontologie firent les frais du mensonge. Quant à la
désinformation, celle-ci dépassa les limites concevables, lorsque des journaux
« indépendants » - NOUAKCHOTT INFO en particulier - font déplacer, à Mederdra et
tenir des propos favorables aux thèse du pouvoir, à M. David Brown, Premier
Conseiller et Attaché de presse de l’ambassade des USA ; or, le diplomate en
question n’a pas effectué les déplacements, ni rencontré les personnes citées ;
par conséquent, il n’a exprimé, à ce sujet, la moindre impression.
Il est utile de rappeler, à l’opinion, que l’affaire Jabhallah est de notoriété
publique et que ses propos concordants et ses témoignages sont connus de toute
la localité de Mederdra ; l’opinion n’ignore, non plus, que la gendarmerie a
effectué le voyage, pour récupérer les enfants restés chez le maître, démarche
qui n’aurait pas été entreprise, s’il ne s’agissait pas d’une situation
incontestable d’esclavage. La surprise a été encore plus grande, lorsque la
gendarmerie arrêta, arbitrairement, deux femmes proches de l’APP (parti
d’opposition) et un journaliste qui s’est entretenu avec Jabhallah : Moya Mint
Boyah, Aïchetou Mint Abdellatif et Mohamed Lemine Ould Mahmoudi. Depuis le 13
mars, ces trois personnes sont arbitrairement détenues à Nouakchott et Rosso.
Leur demande de liberté provisoire est rejetée.
Le FONADH saisit cette occasion pour :
- dénoncer toutes les formes d’esclavage, ainsi que les campagnes de presse
d’intimidation et de dénigrement, visant à masquer cette triste réalité devant
l’opinion internationale mais, aussi, à décourager les militants et militantes
de témoigner sur ce genre de pratiques ;
- Réclamer la libération immédiate et inconditionnelle des personnes
arbitrairement arrêtées dans ce contexte.
- Exiger le rétablissement public de la vérité, par une commission d’enquête
indépendante, comprenant des experts, agréés par des instances compétentes
auxquelles la Mauritanie est partie, telle la Commission des Droits de l’Homme
de l’ONU, la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples ou
l’Organisation Internationale de la Francophonie.
Le Secrétariat Exécutif
Nouakchott le 4 avril 2005